BD | « COMME UN FRISSON » à la lecture de la première BD d’Aniss El Hamouri

En bonne lectrice et consommatrice boulimique d’images et d’illustrations, il y a des tas de petits coups de cœur en puissance qui se cachent entre les rayons du coin BD de mes librairies préférées. Une petite pause régulière pour ouvrir un livre au hasard multiplie mes chances de dénicher une nouvelle perle rare à ajouter au précieux bijou qu’est ma bibliothèque. Et dernièrement, j’ai été extrêmement chanceuse en passant devant Comme un frisson et en prenant le temps de soulever cette couverture saumon.

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Aniss El Hamouri est un auteur-dessinateur belgo-marocain qui n’en est en réalité pas à sa première BD. Il écrit, dessine et s’auto-édite depuis quelques années, mais mon titre n’est pas mensonger car avec les éditions Vide Cocagne, il signe en 2018 sa première BD « officielle », du genre qu’on peut retrouver dans les rayons des librairies.

Comme un frisson nous présente Renata, une jeune femme visiblement pas au top de son existence. Coincée entre un manuscrit qu’elle n’ose jamais publier et l’éclat insoutenable des vies de sa sœur et de son ex, elle ne parvient pas à trouver sa place dans sa propre vie. De plus, elle ressent régulièrement des frissons, signes annonciateurs de menaces. Aussi, quand deux petites frappes lui volent son ordinateur dans le métro, son cœur s’emballe et les événements se précipitent, c’est la goutte de trop qui la pousse à suivre les deux hommes dans leur squat et leur monde à la fois épicurien et violent, et à y demeurer quelques temps…

UN PASSAGE A VIDE 

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Comme un frisson est une histoire de marginaux. Des marginaux qui souffrent et qui déconnent en conséquence en tentant de vivre malgré tout.

Renata, malgré un milieu confortable et bourgeois, ne se sent pas en phase avec son environnement social et les personnes qu’elle fréquente. Personne ne semble conscient de son malaise ce qui ne fait que le renforcer. Corbeau et Beluga, ces deux compagnons d’infortune, sont des marginaux confirmés : visiblement sans abri, sans liens familiaux, sans repères et sans lois, ils vivent de petits délits, de violence, de cigarettes, de bières à l’abri d’une zone industrielle abandonnée et de rêves de liberté absolue.

Comme un frisson illustre la solitude profonde et la mélancolie qui habitent ces personnages. Il interroge la possibilité d’une vie d’isolement au profit de son seul épanouissement personnel et du respect de ses valeurs profondes. C’est un récit du passage à vide, vide que les personnages tentent de combler en adoptant un mode de vie radical. On tremble avec Renata à travers ces pages, on retient sa respiration à plusieurs reprises en sentant le danger venir et, tout comme l’héroïne, on ne quitte pas indifférent cette parenthèse hors de la société et de ses lois. L’expérience parle et marque.

UN STYLE ET UNE MISE EN SCÈNE A L’OEUVRE 

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Je sais bien qu’il n’est pas toujours judicieux de juger la qualité d’une BD par son seul dessin. Mais je ne peux m’empêcher de me laisser dicter mes achats en librairie par mes yeux avides et admiratifs. Je fonctionne au coup de cœur esthétique, et ici, on peut même parler de petit coup de foudre. Le trait fin et nerveux d’Aniss El Hamouri traduit une fragilité et sensibilité à fleur de peau, très à propos avec son récit. Les ombrages et détails rose saumon contrebalancent avec douceur cette nervosité et donnent à l’univers de Comme un frisson une patte originale et unique.

La mise en scène est savamment travaillée, très confortable pour l’œil. Les cadres tantôt resserrés, tantôt distordus traduisent bien à la fois les tensions et les agitations de l’héroïne mais aussi son extrême solitude. C’est un vrai plaisir de parcourir Comme un frisson et on se laisse porter et surprendre par le talent d’Aniss El Hamouri de page en page.


Ma rencontre avec Aniss El Hamouri restera certainement un temps fort de ma vie de lectrice en 2018 ! Si la première lecture de Comme un frisson m’a laissée un premier temps perplexe, l’oeuvre m’a poursuivie durant plusieurs jours après sa lecture, signe qu’elle avait bien laissée quelque chose en moi, me poussant à re-parcourir ses pages. Le talent d’Aniss El Hamouri est indéniable, tant dans le trait que dans l’art de raconter, transporter et partager des émotions. Auteur à suivre.

 

 

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d'horreur.

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