BILLET | Adopter un chat abandonné : un an après

Ce n’est pas un mystère ici, Merry et moi sommes des vieilles meufs à chats qui s’assument. On aime beaucoup – trop – nos chats et on en parle – un peu trop – souvent. Mais que voulez-vous ? Tous les parents-chats le savent : les enfants félins sont merveilleux.

Winona est entrée dans ma vie il y a maintenant un an. En 2017, je craquais sur une annonce émise par une association de ma région présentant une boule de poils tricolore d’un âge incertain (entre 1 et 2 ans) répondant au nom de Nymphéa. Un mail écrit avec passion et une semaine d’attente plus tard, Nymphéa était rebaptisée Winona et faisait sa première inspection des lieux dans mon appartement pour élire la meilleure cachette où se terrer pendant une semaine, à savoir, sous le canapé.

L’arrivée d’un animal dans son foyer est souvent vécu avec une espèce de modèle fantasmé du coup de foudre réciproque et des longues soirées à se lover l’un contre l’autre dès les premiers instants. Mais que nenni, l’animal, comme toi humain, n’apprécie pas nécessairement le changement, surtout quand ce dernier consiste à t’arracher à ta mère ou au seul environnement connu jusqu’alors. Adopter un chat, ou tout autre animal, demande de l’investissement, dans tous les sens  du terme, mais aussi et surtout, beaucoup de patience. C’est d’autant plus vrai si, comme moi, tu fais le choix de fondre pour un poilu au passé trouble, potentiellement traumatisé, mais tellement mignon.

LES DÉBUTS (QUI PIQUENT)

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Si la petite annonce de l’association décrivait un chat intelligent, câlin et facilement sociable – ce qui devait être certainement le cas au contact des bénévoles – je n’ai pas eu le plaisir facile d’observer ce portrait à son arrivée. Après une semaine à tâcher de se faire oublier sous mon canapé (en vain), la curiosité l’a emporté et Winona a commencé à prendre possession de son nouveau territoire et à fureter curieusement près de moi. Enfin de loin. Malgré ma douceur, elle était visiblement stressée et apeurée : elle n’émettait pas un son, sursautait au moindre bruit et hérissait le poil à la moindre crainte. Cette peur se muait souvent en agressivité, aussi, j’ai eu les pieds et les mains lacérés les premiers mois. Il ne m’était pas même possible de marcher à côté d’elle sans risquer ses foudres craintives ou ses feulements agacés. Quant aux caresses, il n’en était pas question, elle ne les voulait et ne les supportait tout simplement pas.

Je voulais un chat, j’avais un chat mais lui ne semblait pas vouloir de moi.

Mon cœur hypersensible et mon sens de la tragédie se sont emballés à tel point que j’ai douté de pouvoir rassurer et combler cet animal. Je savais que ça ne serait pas tout cuit mais je craignais qu’elle ne m’ait tout simplement pas senti au premier regard alors que moi je l’adorais déjà. Je m’interrogeais sur la qualité de l’environnement que je lui proposais, sans jardin, de la qualité de mes bonnes intentions et de ma qualité tout court à être une bonne maîtresse. J’étais résignée à l’idée d’avoir un chat solitaire, impossible à cajoler, mais pas à avoir un chat malheureux. Et puis, j’ai trouvé son point faible.

Dès les premiers jours, j’ai en réalité surpris Winona tenter de rapides excursions pour aller donner un coup de patte dans une balle ou un jouet laissé négligemment au milieu du salon, puis vite retourner se cacher. J’ai donc multiplié les jeux à son attention dans mon appartement pour titiller et forcer sa curiosité. Puis, j’ai commencé à jouer avec elle. Tous les jours. Sans faute. Au début – après quelques approches qui se sont soldées par de l’alcool à 90° et des pansements -, je me contentais de la faire courir en lui lançant des objets de loin. Petit à petit, je me suis rapprochée d’elle et, petit à petit, c’est elle qui s’est rapprochée de moi. Après plusieurs longues semaines, je n’étais plus la seule à réclamer la présence de mon chat, c’est lui qui venait me chercher pour jouer, à sa façon, en venant me mordre les mains – il y avait encore du travail. Ces moments de partage, même s’ils n’étaient pas fait de plaid, de ronrons et de caresses à n’en plus finir comme dans mes rêves les plus modestes de vieille fille, sont devenus des moments de pure complicité. J’ai gagné la confiance de mon chat un peu sauvage en la faisant courir et s’amuser, et je peux me vanter aujourd’hui d’être sa partenaire officielle de quarts d’heure de folie.

Bien sûr, il n’y a pas eu que le jeu pour amadouer et conforter mon chat : le choix d’une alimentation adaptée (j’ai écrit un article complet sur le sujet), la tendresse, le temps et la patience ont eu raison de la carapace grognonne de ma tricolore.

Et puis, un jour, Winona est montée sur le canapé, puis sur mes genoux, a patouné, s’est couchée, s’est laissée caresser et a ronronné. Ma vie de fille à chat débutait pour de bon, plusieurs mois après l’adoption.

CONSEILS DE BASE POUR ACCUEILLIR UN CHAT CHEZ SOI

  • Restreindre le territoire les premiers jours : un lieu inconnu est toujours synonyme de danger pour un chat. Plus ce nouveau territoire est petit, plus il sera facile à appréhender. Il est donc conseillé de laisser votre chat, sa gamelle et sa litière dans une seule pièce les premiers jours, puis d’ ouvrir les portes de votre logement petit à petit.
  • Mettre la litière et les gamelles de nourriture et eau en évidence, et à l’opposé les unes des autres : Il faut que votre chat sache où aller faire ses besoins et se nourrir, même s’il reste caché le reste du temps. Et bien sûr, il faut toujours penser à éloigner le coin WC et le coin cuisine, vous non plus vous n’aimeriez pas manger le nez près de vos crottes
  • Ne pas coller son chat : Le chat est un animal ultra-sensible qui est extrêmement perturbé et stressé par les changements d’environnement. En arrivant chez vous, il se peut qu’il soit bouleversé par le déménagement et il est peut-être encore sous le choc de traumatismes inconnus. S’il se cache sous un meuble, laissez-le y. En revanche, n’hésitez pas à vous pencher pour lui parler doucement, sans tendre les bras pour essayer de le caresser ou l’attraper. Il sortira tout seul. De même, s’il ne se cache pas, laissez-le vivre sa nouvelle vie et venir à vous. Plus on ignore un chat, plus il y a de chances qu’il vienne vous coller.
  • Attendre au moins un mois avant de laisser sortir son chat : Il faut qu’il connaisse et reconnaisse bien son nouveau territoire intérieur avant d’en sortir, sans quoi, il risque de se perdre ou de ne pas vouloir rentrer.
  • Faire les présentations avec les autres animaux de la maison dans les règles : Si vous avez d’autres animaux, organisez des rencontres soigneusement préparées à l’avance. Faites leur sentir l’odeur du nouvel arrivant avec un linge sur lequel il se serait couché, faites les s’écouter derrière une porte, puis présentez les face à face. Pas de panique si le premier contact n’est pas bon, cela peut tout à fait évoluer.
  • Enrichir son environnement : Assurez vous que son environnement soit suffisamment riche et stimulant pour plaire à votre chat, d’autant plus s’il n’a pas d’accès à l’extérieur : postes d’observation aux fenêtres, jouets de toutes formes et toutes matières, jeux d’intelligence, couchages moelleux. N’hésitez pas à lui cacher des friandises, cela le motivera à explorer tous les jours. Et bien sûr, prenez un peu de temps chaque jour pour jouer avec lui.

Mais n’oubliez pas surtout : PATIENCE & AMOUR sont les maîtres mots.

UN AN PLUS TARD : CA RONRONNE SEC

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Aujourd’hui, Winona et moi vivons et jouons ensemble depuis un an. Et si je pense être restée égale à moi-même, elle, est devenue un tout autre chat !

La transformation est assez radicale si l’on compare aux premiers mois de cette petite aventure. Elle est toujours un peu trouillarde et a la griffe encore un peu trop facile en jouant, mais elle se prélasse désormais dans tous les recoins de l’appartement, ronronne,  roucoule, rebondit sur tous les meubles et galope joyeusement un peu partout. Elle qui ne pipait pas un mot me gratifie désormais de quelques « Miaou » adorables quand elle a faim et parfois pour rien. Mais surtout, elle qui se la jouait grosse dure indépendante est maintenant un pot de colle exemplaire : elle se glisse sur les genoux dès qu’elle le peut, s’enroule avec moi dans le plaid, réclame à être câlinée dans tous les sens du poil, se laisse porter et s’arrange discrètement pour ne jamais être trop loin de moi. Un vrai chat d’intérieur !

Avec le temps, j’ai appris à découvrir et bien connaître ce chat sur lequel l’association ne s’était pas trompée malgré les apparences : une intelligente capricieuse qui sait se faire aimer et qui le rend en retour. Aujourd’hui, elle aussi m’aide et m’apporte beaucoup au quotidien : vivre avec un animal permet de se détourner de soi, de ses tracas, de ses problèmes. C’est aussi un formidable compagnon de pauses réconfortantes et de séances de jeux qui n’amusent pas que le chat. J’ai conscience de confirmer le cliché de ces maîtres gaga de leurs animaux qui vous parlent de « bien plus qu’un animal mais un compagnon de vie », mais que voulez-vous, c’est tellement vrai. Ma vie chez moi n’a jamais été aussi plate que lorsque je vivais sans animal. L’arrivée de Winona m’a renvoyée à tous les bons souvenirs d’un quotidien partagé avec un chat et me permet d’en créer de nouveaux.

Accueillir un chat autrefois errant, c’est une aventure qui en vaut totalement la peine ! Si les débuts peuvent être un peu plus difficiles qu’avec un jeune chaton qui n’a connu que la chaleur de sa mère et d’un foyer, la suite peut être tout aussi douce, si ce n’est plus, avec ce nouveau compagnon qui sera très certainement reconnaissant de cette nouvelle vie à vos côtés. Un chat un peu sauvage ou agressif ne l’est pas forcément par nature, il peut tout simplement être stressé et perturbé par le changement et mérite qu’on lui laisse une chance, du temps et de la tendresse. Alors si faire entrer un compagnon à poils dans votre vie vous tente, pensez à ces animaux oubliés.

LES BONNES RAISONS D’ADOPTER UN CHAT (ou tout autre animal) VIA UNE ASSOCIATION 

  • Offrir une seconde chance à des animaux qui n’ont plus de famille ou n’en ont jamais connu : Quand on souhaite adopter, on a souvent l’habitude de se tourner vers les annonces de particuliers qui ont des portées de chatons à proposer à l’adoption, et c’est franchement tentant je comprends. Or, en association, des centaines de chats vous attendent aussi, pensez-y. Certains attendent depuis des années. Vous pouvez venir faire leur connaissance et attendre le coup de cœur. Certains chats peuvent paraître farouches ou de mauvais caractère au premier abord mais il y a fort à parier que dans le contexte d’un foyer chaleureux et aimant ils se détendront et deviendront des compagnons très sympathiques. Certains ont juste une personnalité plus sensible ou grognonne et pourront malgré tout vous faire craquer !
  • Adopter un chat en « parfaite » santé : Les animaux recueillis par les associations sont automatiquement soignés, vaccinés, déparasités et stérilisés. Aussi, tous les soins de base leur sont administrés. Il se peut qu’un animal ait une maladie particulière mais vous n’aurez pas de mauvaise surprise, vous serez tenu au courant. De plus, le montant des soins est souvent moins important lorsque l’on passe par une association que lorsqu’il faut s’en occuper soi-même.
  • Soutenir l’action des associations : Adopter un animal en refuge, c’est sortir un animal de l’abandon mais c’est aussi faire un don à celle-ci via les frais d’adoption. Grâce à ce don, vous contribuez à la vie de l’association, lui permettant de faire les dépenses nécessaires pour son maintien et pour bien s’occuper des animaux, mais vous soutenez également ses actions de sauvetage et de stérilisation, réellement importantes pour éviter la prolifération de chats errants.
  • Adopter un chaton : Nombre de portées finissent directement dans la nature, livrées à elles-mêmes. Vous trouverez à coup sûr, notamment au Printemps, bon nombre de jeunes chats à l’adoption dans les associations. En les adoptant, vous leur évitez une vie en refuge qui peut-être triste et mal supportée.
  • Adopter un chat adulte : Les chats adultes aussi sont mignons et dignes d’intérêt ! En vous tournant vers un animal adulte, vous faites la rencontre d’un chat qui a une personnalité mûrie et fixée, vous pouvez donc faire le choix d’un compagnon au caractère qui vous correspond. Les bénévoles peuvent souvent vous conseiller sur les chats les plus à même de se plaire chez vous et avec vous en fonction de leur tempérament et de leurs habitudes dans le refuge ou la famille d’accueil. Et ce n’est pas parce qu’un chat a déjà un peu vécu sans vous qu’il s’adaptera moins à sa nouvelle vie et qu’il vous aimera moins, parfois, c’est même tout le contraire.

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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