BILLET | De la peur sans films d’horreur

A une époque où, à en croire Internet, le monde entier semble animé par le courage, l’esprit d’aventure, une détermination sans faille face aux obstacles, un intellect ambitieux et un désir d’entrepreneuriat aiguisé dès l’âge de douze ans; à une époque où les articles appelant à sortir de sa zone de confort fleurissent comme des pâquerettes sur une pelouse sauvage et où les vidéastes font la promotion du miracle du bulletjournal pour se forcer à foncer toujours plus en avant et braver ses appréhensions; à mon époque, je me sens, en comparaison, la pire des pétochardes.

Aussi loin que mes souvenirs remontent, je n’ai jamais été habitée par une âme guerrière, ni même aventurière. J’ai certes escaladé quelques arbres pour atteindre des cabanes en bois ou fait des parties de cache-cache dans des champs de maïs, pour autant, la nuit je craignais qu’un monstre sorte de mon livre de contes si je ne rangeais pas ce dernier en dehors de mon champ de vision. L’adrénaline et moi étions, et sommes toujours, de vagues connaissances. Alors non, je ne suis pas bien courageuse mais j’ai mes excuses !

Comme chacun, j’ai expérimenté les peurs primaires et enfantines que sont la peur de l’abandon, la peur du noir, la peur d’être dévorée par un monstre multicolore tapi sous mon petit lit, la peur de la mort de mon chien ou encore celle de ne pas savoir quand je pourrais me rendre aux toilettes durant la sortie scolaire. Ces peurs sont finalement celles auxquelles nous renvoient les films d’horreur – exceptée la pause pipi – et c’est en cela qu’elles nous parlent à tous, mais, même si j’angoisse toujours à l’idée qu’il n’y ait pas de WC quand j’en ai besoin, ces cauchemars m’ont quitté et je vis très bien la tombée de la nuit dans mon appartement si chaleureux qu’il est impossible d’y suspecter la présence du moindre monstre – hormis mon chat en plein quart d’heure de folie. Les films d’horreur sont un divertissement amusant depuis ma pré-adolescence, aussi, mon caractère poltron remonte, en réalité, à une époque bien plus récente.

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Les peurs d’enfant n’ont finalement peut-être pas disparu mais ont plutôt muté en quelque chose de bien plus insidieux : la peur du noir dans le couloir menant jusqu’à la chambre est devenue la peur de la rue sombre à 2h du matin qui mène jusqu’à l’appartement, la peur de l’abandon se transforme en peur d’être largué ou tenu à distance par ses amis, la peur de l’échec scolaire devient la peur de l’échec professionnel, et la peur de la proximité permanente de la mort se glisse derrière chaque nouvelle douleur expérimentée au fur et mesure que l’âge avance ou, personnellement, derrière mes deux accidents de voiture – et je n’étais jamais en tort au cas où vous en douteriez. Et puis, il y a toutes ces autres peurs qui apparaissent une fois soulevé le rideau dressé par les parents derrière lequel sont dissimulés les casseroles de la vie : les peurs de rater son destin, de manquer le bonheur, manquer l’amour, de ne pas devenir qui l’on est vraiment, de ne pas vivre tant qu’on est vivant. On comprend alors qu’il n’est nul besoin de films pour flipper, la vie se charge de tout. Les angoisses s’installent sans grand tapage, elles s’accumulent en silence au fond d’une pièce du cerveau, sans rien dire, sans vouloir déranger mais elles sont là. Je crois que chez moi, passée 18 ans, la pièce a été rapidement irrespirable, faisant de moi, une anxieuse.

Alors oui, je prends vite peur quand les choses ne s’annoncent pas au mieux et même quand elles se passent trop bien. J’ai peur de perdre les gens, de les blesser et je cogite bien trop sur ma vie, celle des autres, la satisfaction de vivre et la quête du bonheur. Non, je ne me lance pas à corps perdu dans des entreprises qui me paraissent trop folles, trop imprévues car je redoute l’avenir, les conséquences de chaque choix et que j’aime prévoir les choses. Oui, il m’arrive d’exagérer des situations et des émotions, mais non, je ne prends jamais de risques inconsidérés. Pour autant, l’anxiété n’est pas une fatalité. On vit même bien avec et on peut en faire une pote certes un peu toxique mais aussi très utile. Elle invite à la réflexion, à la sagesse, au raisonnable, tous ces concepts qui donnent envie de vomir quand on est jeune mais qui trouvent leur intérêt et leur beauté après quelques expériences. Et puis, l’anxiété ne demande qu’à être chassée et elle est donc une formidable invitation à travailler sur soi et à analyser et identifier ce qui la soulage et ce qui l’encourage. Elle est un indicateur précieux de bonheur sans lequel, je crois, je ne saurais plus faire tant je suis habituée.

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Batailler avec ses peurs, c’est finalement l’inverse de prendre des risques mais cela a tout autant de sens. On ne cherche pas à sortir de sa zone de confort, on cherche à y entrer ! Les angoisses nous maintiennent à côté de cette zone de satisfaction et c’est une forme de bravoure que de lutter pour forcer la porte. Anxieux et peureux du monde, osez accepter d’avoir peur et faites des allées et venues comme bon vous semble dans votre zone de confort.

1 Commentaire

  1. Je me retrouve un peu là dedans…

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