BILLET ❄ | Pourquoi je n’aime pas les fêtes de fin d’année

Noël apporte chaque année son lot de magie et de petits rituels réconfortants mais aussi, il faut bien l’avouer, de contraintes étouffantes et de dommages collatéraux. J’ai longtemps détesté les fêtes de fin d’année, synonymes pour moi de l’ouverture d’un coffre secret plein à craquer de la mélancolie refoulée toute l’année. Après quelques années de maturation, je me suis réconciliée avec le mois de Décembre en lui refusant simplement l’importance que je lui donnais. Je sais même en goûter désormais l’heureuse attente de réveillonner avec ceux que j’aime. Mais même à Noël, les miracles n’existent pas : si aujourd’hui j’affectionne les cantiques et la décoration kitsch, quelques détails me chiffonnent toujours.

Serait-ce à cause de la surconsommation ?

Alors oui, je le concède, ce premier argument est aussi facile que cruel pour dénaturer la magie des petits lutins et du père Noël, mais quitte à passer pour une vieille tante aigrie, autant l’assumer d’emblée. Noël manque franchement de sincérité et spontanéité à cause du monstre commercial qu’il est devenu. C’est bien connu, nous avons hérité en Europe de l’image du père Noël inventée et popularisée par le géant américain Coca-Cola – bien loin d’être un bon samaritain -, et surtout, nous sommes nombreux à être spectateurs chaque année d’un étalement et d’un déballage d’argent conséquents, autant sous le sapin que sur la table de réveillon.

Même en oubliant l’origine religieuse de cette fête, Noël est symboliquement un moment de partage et de concentration de l’amour autour d’une table dans un foyer bien chaud. L’obligation sociale, difficile à ignorer, d’acheter et d’offrir ternit un peu le tableau. Au-delà du plaisir réel de faire plaisir à ses proches les plus chers, on se sent obligé de trouver le cadeau idéal, le « beau cadeau », facilement confondu avec le « cadeau un peu cher », et on est vite tracassé par la culpabilité de ne pas pouvoir offrir plus ou mieux. De même, j’ai vu ma mère me se ronger l’esprit des semaines entières sur la composition de son repas de réveillon, craignant toujours de ne pas prévoir assez ou d’élaborer un menu trop simple (comprendre : « pas assez cher »). En réalité, aucune personne aimante digne de ce nom n’attend de cadeau sublime ou repas exubérant, et quand la magie d’offrir se transforme en torture mentale du « Fais-je assez bien ? », alors Noël est fini.

Je crois simplement que j’apprécierais davantage les fêtes de fin d’année si elles se déroulaient avec la sobriété d’une soirée pizza en famille et la beauté d’un amour partagé qui emplit naturellement l’air. Lesté de toute attente et de toute pression, un instant a plus de chances de devenir inoubliable.

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Serait-ce à cause de la foule ?

Noël implique des achats de Noël qui impliquent des gens. Partout. A toute heure. En masse. Mon petit cœur de misanthrope loupe quelques battements à la seule idée de traverser une foule ou de m’engager dans une boutique bondée. Oui, je hais les gens même à Noël – surtout à Noël en fait -, ces troupeaux marchant à deux à l’heure, nez en l’air, ces amas de corps qui bouchent le passage et la vue, ces essaims qui bousculent et marchent sur les pieds. Quoi de moins magique qu’une armée d’enfants braillards, d’adolescents bruyants, de parents stressés et de personnes âgées désorientées entre les maisonnettes du marché de Noël ? Non vraiment, l’esprit de Noël s’arrête pour moi à la chaleur de mon foyer décoré et rempli d’amour, et aux rues vides de la ville à quelques rares heures de la journée.

Serait-ce à cause de l’année qui se termine ?

Indéniablement.

La fin de l’année est un des passages redoutés des cerveaux qui surchauffent vite à force de trop penser. Le mien se tient en alerte dès le début du mois de Décembre. Il sait qu’il va se laisser avoir par la tentation de se ressasser les échecs, les erreurs, les non-dits, les non-faits, les regrets et les rêves inachevés de l’année. Il sait qu’il va mettre un pied dans cette spirale que les bonnes odeurs de cannelle et de pain d’épice auront du mal à faire stopper totalement avant le 1er Janvier.

L’indécrottable pessimiste sommeillant au fond de moi voit la fin d’année comme ce qu’elle est en apparence, une fin, et les fins ont toujours raison de mon petit cœur : fin d’une époque, fin d’une relation, fin d’une soirée. Mon esprit fait donc une association d’idées évidente entre Noël, la fin de quelque chose et le bilan de la déprime. Ce n’est pas la faute des fêtes, c’est la mienne, et je n’ai toujours pas trouvé le moyen de contourner le problème.

Serait-ce parce que je ne suis plus une enfant ?

Cette question me taraude depuis plusieurs années maintenant : Noël peut-il encore être Noël après l’enfance ? Je n’ai pas cru bien longtemps au père Noël (jusqu’à l’âge de trois ans selon ma mère), mais comme toute enfant, j’ai cru à la magie qui s’étalait devant mes yeux : lumières de toutes les couleurs, catalogues de jouets révélant de nouveaux objets de désirs, chants de Noël, bonne humeur familiale, et excitation d’attendre minuit pour ouvrir mes cadeaux au pied du sapin. Dans la naïveté et l’innocence de l’enfance, Noël est une période magique riche de belles promesses toujours tenues.

Mais arrivé à la fin de l’adolescence, Noël a vraiment perdu de sa magie. Une fois grand, il est impossible de retrouver la féerie des Noëls anciens. Il ne s’agit plus que d’un repas de famille trop copieux après lequel on s’offre des cadeaux. La soirée est bonne mais n’est plus attendue avec fébrilité et ne laisse plus de souvenirs aussi ensorcelants. Mais il faut bien grandir…

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Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

6 Commentaires

  1. Coucou Kloé,
    Je ne suis pas une grande fana de Noël.
    Dans ma famille maternelle, Noël était le grand repas du soir où il fallait se rassembler chez les grands-parents avec mes cousins et mes oncles et tantes.
    Ma mère et moi étions toujours isolées car nous ne faisions pas les faux-jetons comme les autres à parler d’imbécillités.
    En plus, je me faisais insulter par mes propres cousines, donc une ambiance de fou.
    Je suis végétarienne depuis deux ans et cette fête ne correspond pas vraiment à mes choix de vie.

    1. Coucou Claire 🙂

      Je comprends parfaitement que la dimension familiale de la fête de Noël soit un très gros frein pour beaucoup de gens. Je ne me suis personnellement pas risquée à en parler dans l’article mais c’est évidemment une composante qui influence beaucoup notre amour ou désamour pour cette fête.
      Quant au végétarisme, surtout dans une ambiance comme celle que tu décris, j’imagine parfaitement que cela soit difficile d’adapter tes idéaux avec les « traditions » plus communément partagées.

      Mais à l’avenir, tu auras peut-être l’occasion d’organiser et préparer TON Noël. En tout cas, c’est tout ce que je te souhaite 🙂

      1. Oui, peut être. Je ne sais pas si cela va changer. En tout cas, je sais que pour le moment, j’ai toujours ce souvenir.
        J’aime plutôt être en retrait pour les fêtes car c’est toujours un poids imposé par le calendrier.
        Le pire pour moi est l’importance que mes parents donnent à cette fête et pareil pour le 31 décembre.

      2. Je vais t’avouer une chose, je n’ai jamais été fana de Noël, peut être que cela changera.

        1. Tu as parfaitement le droit de ne pas aimer Noël et ne pas aimer le fêter. Tant que tu es en harmonie avec toi-même et les personnes qui te sont chères, c’est tout ce qui compte et c’est peut-être finalement même plus significatif 😉

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