BILLET | Prendre soin de soi : de l’évidence à la pratique

Prendre soin de soi. L’idée sonne juste, fait un petit tour dans l’esprit mais ne paraît jamais si bonne que le jour où l’on se rend compte qu’on ne le fait jamais. On ne parle pas de s’appliquer un masque d’argile verte un Dimanche sur trois ou de payer un supplément indécent pour un massage crânien chez le coiffeur. On parle du vrai bien-être, celui qui cogite et macère quelque part au fond et pour lequel il faut paradoxalement un peu bosser pour le faire émerger.

Prendre soin de soi, ça prend souvent du temps à faire sens et à devenir une nécessité. L’idée a longtemps été pour moi synonyme d’égoïsme ou de crise de la quarantaine parce que, comme tout le monde, j’étais jeune et les choses glissaient plus facilement sur moi qu’aujourd’hui, que mon corps se réparait tout seul et que ma tête avait encore un gros rouleau de bande adhésive à disposition pour planquer les fissures et contenir les fuites.

Prendre soin de soi, dans une société dont on nous répète pourtant avec irritation qu’elle est de plus en plus individualiste, n’est pas si évident et naturel. Une injonction à placer l’autre avant soi existe encore bel et bien chez la plupart d’entre nous, et si l’on prend souvent un grand plaisir à prêter attention à l’autre, qui ne s’est jamais senti trop bon, trop con ? Faire passer les désirs de sa famille, les envies ou les problèmes de ses amis, la pression du travail avant soi, avec les années, n’apporte plus l’épanouissement souhaité, tout juste une bonne conscience. La générosité peut devenir étouffante et contraignante et il m’a fallu parcourir un chemin un brin long avant de m’accorder à moi aussi un piédestal.

Après plusieurs années tête baissée, d’efforts, d’empathie et d’abnégation, l’idée de réellement prendre soin de moi a fait tilt. Peut-être que pour toi aussi l’idée a fait son chemin ou est en route ; quoiqu’il en soit, il est toujours temps de s’occuper de soi et voilà cinq idées pour débuter.

OUBLIER LES AUTRES

tumblr_mjf4ezkHcm1qcwl4no1_500

Cela semble logique et pourtant ça ne l’est pas. Je m’explique. Pour pouvoir se tourner sur soi et penser à soi, il paraît évident qu’il faut parvenir à se retrouver ce qui implique de réussir à mettre les autres entre parenthèses, même son entourage proche. Et pourtant, vous entendez déjà gronder en vous cette objection compréhensible : « Mais moi j’ai besoin de mes amis, ma famille, mon copain / ma copine pour me ressourcer ! Ils me font du bien !« . Il n’est évidemment pas question de snober son entourage pour vivre en ermite – quoiqu’on ne manque jamais d’un bonne occasion de faire du tri -, mais l’oublier pour un instant fait parfois autant de bien que les retrouver.

Nous avons beau adorer notre mère, idolâtrer notre moitié, se soustraire du regard de l’autre et lui refuser l’attention qu’il réclame sciemment ou inconsciemment lorsque l’on ne se sent pas capable de lui accorder, constitue un premier pas vers l’oasis rafraîchissante et ressourçante de la solitude bienfaitrice. Décider de se retirer de la vie sociale et de ne penser qu’à soi sur un certain laps de temps n’est nullement un affront au reste de l’humanité qui ne remarquera sans doute rien, à moins de prendre une retraite prolongée – et pourquoi pas ? Être face à soi-même, c’est vivre entièrement pour soi, penser pour soi, se détendre sans avoir à jouer le rôle de la compagnie charmante. Nous pouvons être totalement nous-mêmes, vivre quelques heures entièrement pour nous-mêmes, penser entièrement par nous-mêmes sans influence ou pression extérieure. Loin des autres, nous pouvons renouer avec nos aspirations et nos réflexions profondes, c’est ainsi peut-être l’occasion de prendre les bonnes et vraies décisions, conformes à nos désirs les plus chers et non à ce que l’opinion publique de l’entourage attend de nous. De manière plus légère et stupide – en apparence -, nous pouvons aussi renouer avec nos petites habitudes de traînard qui n’ont de réelle saveur que dans la solitude la plus totale : rester en pyjama, se plonger dans un livre ou un film absorbant, se perdre sur Internet, chanter, danser, prendre un bain, dormir à des heures surprenantes, bref, c’est selon.

Le premier pas à faire vers son bien-être, c’est donc un pas à l’écart des autres qui prendront plaisir à vous retrouver ensuite plein de ressources, et vous aussi.

ARRÊTER DE CULPABILISER

Alors évidemment, quand on n’en a pas l’habitude, décliner l’énième invitation de Simon à une soirée prometteuse chez lui, ignorer la cagnotte Leetchi de votre cousine lointaine désireuse de s’enrichir pour faire son tour du monde et mettre son téléphone en mode “Avion” afin de ne pas voir les trois appels manqués de mamie ce week-end là, ça fout un peu la pression. Très vite, la bonne première intention de vouloir prendre un peu de temps pour soi quand la coupe est pleine peut se transformer en torture délirante à chaque coup de mâchoire de culpabilité dévorante. 

Pourtant, les autres ne semblent pas plus coupables que cela quand ils ne peuvent pas se rendre disponibles pour nous ou qu’ils n’ont pas pensé à nous, et nous leur en tenons rarement vigueur. Et bien, bonne nouvelle : dans l’autre sens, c’est pareil !

Nous sommes tous humains et chacun de nous est une part de l’humanité aussi légitime qu’une autre, alors, ne soyons pas trop durs avec nous-mêmes. On a le droit d’être fatigué, de ne pas avoir envie, de ne pas avoir assez de temps, pas assez d’argent, de ne pas avoir le moral, d’avoir envie d’être seul, de ne pas se sentir capable d’assurer ou d’assumer, ou de pouvoir compter sur les autres et leur compréhension. Dire “non” ou remettre à plus tard quand cela nous semble justifié, pour notre propre santé et bien-être physique et mental, ne fait pas de nous un monstre odieux.

Arrêter de culpabiliser, c’est la première étape vers l’amour de soi, en atteste le troisième conseil ci-dessous.

DEVENIR SA/SON MEILLEUR(E) AMI(E)

anigif_enhanced-buzz-30642-1362437509-1

S’il est communément admis que l’amour des autres est possible dès lors que l’on a appris à s’aimer soi-même, il est difficile, souvent, de s’apprécier à sa juste valeur dans une société qui s’attache à pointer nos défauts avant nos qualités dès notre plus jeune âge. Pourtant, nous sommes bien condamnés à passer toute notre vie avec nous-mêmes, alors autant que la cohabitation avec notre auto-appréciation soit symbiotique.

Se pardonner est un bon premier pas à faire vers soi-même. Nous avons tous des remords et des regrets, récent ou très vieux, parfois jusqu’à venir nous ronger de l’intérieur. Certes, nous pourrions estimer ne pas avoir toujours fait les bons choix, mais ces cassages de figure ponctuels ont au moins le mérite de nous faire progresser, si tant est qu’on comprenne les enseignements que l’on doit en tirer.

Connaître ses atouts est également essentiel : tout comme l’on serait séduit par les qualités d’un autre, il est tout à fait possible d’être surpris, conscient et même séduit par ses propres qualités. Elles sont là, en nous, forgées par nos expériences, notre culture et nos valeurs. Prendre conscience de ses atouts, c’est aussi se donner la possibilité de les améliorer et savoir que l’on peut se faire confiance sur ces points.

Se faire confiance est d’ailleurs un travail lent mais souvent bien payant. Sans aller jusqu’à prendre un boulard à ne plus pouvoir en passer les encadrements de portes, la confiance en soi s’acquiert avec le temps, de l’objectivité et peut-être un brin d’auto-persuasion et nous place dans une légitimité réconfortante d’être nous, individualité soulignée au milieu d’un tout, et de se valoriser en tant que tel. Se faire confiance s’apprend, et si vous ne savez pas par où commencer, une manière ludique de se mettre en jambes consiste à se lancer des petits défis dès que vous le pouvez. Une victoire, même modeste, est très gratifiante et vous permettra d’entrer dans un cercle vertueux de confiance en soi. Et si vous manquez d’idées, il existe même des petits livres de défis comme la collection Défi des 100 jours par exemple.

Enfin, on peut prendre le temps de se découvrir et de se surprendre dans nos goûts. Nous évoluons et nous goûts avec. Un des meilleurs exemple est sûrement ce café amère dont on se demandait, petit, comment nos parents pouvaient se satisfaire de cette infâme décoction, avant de surprenamment se mettre à en apprécier la saveur quelques années plus tard. Oui, nos goûts et nos aspirations évoluent, et il est diablement agréable de partir à la découverte ou redécouverte de ce qui piquera notre curiosité, nos sens et notre coeur.

S’ADONNER A SES PASSIONS

A force de s’embourber dans une vie adulte pré-calculée, il peut être compliqué de se rappeler ou de se découvrir des passions. Il arrive même de finir par se dire qu’accorder du temps à son loisir, c’est « un truc pour les gamins » ou que « c’est pas pour moi ».

Pourtant, s’adonner à sa passion permet de se recentrer et surtout de se sentir vivre : c’est un rappel réconfortant que nous ne sommes pas qu’une denrée sociale dans une équation qui nous dépasse mais aussi un être avec ses aspiration et ses plaisirs propres. Accordez du temps à ce qui vous fait vibrer. De la peinture à la musique, du sport à la médiation : à vous de trouver ce qui fait du bien à votre corps et votre coeur, si vous ne le savez pas déjà.

Nos loisirs stimulent notre bien-être, mais aussi nos pensées et / ou notre créativité. Créer et ressentir permet de s’évader et de se construire en tant qu’individualité. En plus, s’adonner à sa passion permet de ressentir un plaisir et une satisfaction immédiats dont on a physiologiquement besoin, bref : c’est bien, dès lors qu’on entre pas dans l’abus de la pratique ou d’une procrastination du reste.

S’ENNUYER

giphy (3)

Ce conseil risque de ne pas emballer grand monde dit comme ça. Moi non plus, je ne suis pas la première à plongée tête la première dans les tréfonds de l’ennui.

Jusque là dans cet article, il était question de choix et de volonté, or, il arrive bien souvent aussi d’être contraint de se retrouver en tête à tête avec soi-même. Ce n’est pas une fatalité car si l’aventure, l’expérience et la nouveauté agitent fort le cerveau et construisent un peu plus notre personne, le vide fait aussi le job, de manière plus discrète et insidieuse. Les vertus de l’ennui sont vantées par les plus grands penseurs depuis des siècles. Ce sentiment de vague mélancolie permet d’opérer la coupure avec le temps qui défile sans fin et de perdre enfin cette sensation de contrôle qui nous anime et nous enchaîne aussi. Au fond de son trou d’ennui, le temps s’arrête enfin et nous n’avons plus prise sur rien, nous sommes hors temps et c’est un privilège sous-estimé. Si cela peut sembler parfaitement désagréable sur le moment à certains, des bienfaits s’ensuivront. Ces moments d’ennui deviennent rapidement des sortes de vieux souvenirs un peu honteux avec nous-mêmes, des parenthèses où, contraints de creuser pour avoir quelque chose à se mettre sous la dent, nous avons remué nos pensées les plus secrètes pour y faire face ou du moins,  constater quelque chose.

Et puis, bien évidemment, l’ennui est un merveilleux tremplin pour retrouver avec plaisir les autres sur le chemin de la vie en marche. Une dose d’ennui permet de mieux cerner nos envies et de mieux connaître ce qui nous fait réellement du bien pour mieux s’y précipiter quand l’occasion se présentera.

 

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

2 Commentaires

  1. Ronhin (kevinronhin sur twitch, Kevin Dubreucq sur Twitter) dit : Répondre

    Je vais faire lire ce billet à ma chérie et je reviendrai avec ses impressions. Il me semble que certains arguments sont juste ce qui lui manque pour elle se permettre de ne penser qu’à elle de temps en temps déjà.

    Perso, les gens m’ayant très vite fait comprendre qu’ils ne me feraient pas de cadeau, j’ai appris à vivre seul, peu entouré et maintenant quand je fréquente trop de gens trop longtemps, j’ai un besoin irrépressible de solitude, de Farniente.

    J’essaie désespérément d’apprendre à ma chérie que pour pouvoir être bien pour les autres, il faut l’être soi-même puis seulement envers ceux qui ne vont pas juste profiter de sa bonté.

    Merci donc pour ce billet 🙂

    1. J’espère que ta chérie appréciera le billet et s’accordera rapidement plus de temps et de soin 🙂

Laisser un commentaire