CHRONIQUE | CE JEU : BioShock

2011. Ce printemps là j’étais partie m’enterrer dans le comté de Somerset. J’avais eu du mal à quitter ma Provence natale, bien que Bath se révéla finalement être une petite ville où il fait bon vivre. Mon kit de survie se résumait à mon MP3 et un café au Starbucks le plus proche dès que le manque de caféine se faisait trop présent. À Bath, il faisait souvent beau. Je me revois déambuler dans les rues, traversant des parcs, découvrant la ville au rythme des pistes de 10000Hz Legend de AIR dont je savourais le moindre accord.

Le jeu vidéo, c’était terminé. La fin de l’ère PS2 m’avait laissé la désagréable sensation d’avoir fait le tour et les nouvelles sorties —les rares fois où elles parvenaient à mes oreilles— me laissaient de marbre. Ce n’était pas plus mal. J’avais déjà assez de mal à me défaire de l’étiquette “geek” que je n’assumais pas encore à l’époque.

C’était sans compter le soir où j’allais replonger dedans à corps perdu.

Ce trailer m’a fait l’effet d’une bombe. Le titre était sorti depuis 2007, développé par Irrational Games et édité par 2K. Comment avais-je pu passer à côté ? La musique et les quelques images compilées me transportèrent instantanément. Le jeu promettait un scénario catastrophe sur fond de critique socio-politique dans une ambiance malsaine à souhait : il n’en fallait pas plus pour me mettre l’eau à la bouche. Inutile de lutter, c’est exactement pour ça que j’aime le jeu vidéo.

Voilà comment la fin de mon séjour dans le comté de Somerset tourna à la hâte puis à l’obsession.

Le lendemain de mon retour j’achetais une PlayStation 3. Le jeu, quant à lui, m’attendait déjà dans ma boîte aux lettres.

Rapture, ville de splendeur et de désolation.

Écoutez mon histoire, je vous prie

“Lorsque mes parents m’ont mis dans cet avion qui m’emmenait voir mes cousins d’Angleterre, ils m’ont dit ceci: mon garçon, tu es un être exceptionnel, tu es promis à un grand avenir. Et le plus beau, c’est qu’ils avaient raison.”

Cette introduction résonne encore en moi comme la promesse d’une grande aventure. La simplicité de ces quelques phrases qui n’appellent qu’à en découvrir davantage donne la sensation d’être directement happé par le jeu. Alors, que l’aventure commence.

BioShock est un jeu d’aventure type FPS avec un soupçon de RPG dans lequel Jack, le héros, se retrouve piégé bien malgré lui dans la ville sous-marine Rapture.

Rapture, littéralement “extase”, est le projet post-seconde guerre mondiale très idéaliste d’un certain Andrew Ryan promettant un lieu qui ne serait pas dirigé par le capitalisme, ni par le communisme, ni par la religion, mais par la seule ardeur des habitants à faire de ce lieu l’endroit de leurs rêves.

Sauf que voilà, comme dans tout scénario catastrophe, on se rend bien compte à l’ouverture de la bathysphère que tout ne s’est pas passé comme prévu et que le rêve semble même avoir tourné au cauchemar. Nous voilà donc à déambuler dans les ruines de cette cité restée figée dans les années 50.

Ce qui m’a avant tout séduite, c’est bien évidemment l’histoire. Cette plongée forcée au coeur d’un récit résolument dystopique reposant sur une critique socio-politique m’a mis une telle claque que je n’ai pas hésité à tendre l’autre joue. Le début du jeu m’a happée comme rarement. De cet avion qui s’abîme en pleine mer à cette entrée dans le phare, suivie de la découverte de la ville lors d’une courte balade complètement envoûtante dans la bathysphère qui nous emmène inexorablement vers notre destin : tout est amené magistralement et me laisse un très bon souvenir entre la madeleine de Proust d’une renaissance vidéoludique et un émerveillement impérissable.

Le rythme semble tout d’abord inexistant tant le scénario avance à pas de fourmi, mais c’est sans compter quelques twists scénaristiques bien placés qui font tout le sel du titre, pour peu que l’on se prenne au jeu de se laisser surprendre.

Seul point négatif à mon sens : la fin, qui n’est résolument pas à la hauteur du reste du titre. Hélas, c’est un trait très symptomatique de beaucoup de jeux à scénario –pas tous, heureusement !

De l’utopie à la dystopie, il n’y a parfois qu’un pas.

HAPPY NEW YEAR 1959

Dans BioShock, l’ambiance sombre et oppressante d’un Rapture laissée aux griffes de quelques habitants devenus fous côtoie l’ambiance chic et jazzy de sa splendeur passée.

La balance du tout nous fait ressentir toute la désolation de cet endroit raffiné.

L’esthétique générale du jeu nous offre un voyage aussi plaisant qu’angoissant au coeur des années 50 grâce à un design néo-rétro très léché et une bande son jazz qui ne l’est pas moins. L’ambiance opère : tous les codes sont réunis pour nous transporter, des choix des lieux et de leurs noms jusqu’aux éléments de décor.

L’angoisse est toujours suggérée car elle est omniprésente et impulsée d’emblée par le caractère très claustrophobique d’un Rapture tellement perdu dans les profondeurs de l’océan que la perspective de remonter un jour à la surface s’émousse au fil de notre progression. Côté son, le jeu se pare donc d’une ost discrète allant jusqu’à jouer sur le silence pour rendre l’ambiance encore plus pesante. C’est d’autant plus appréciable que cela confère un autre niveau de réalisme au jeu.

Le dernier aspect est peut-être le plus surprenant : c’est malsain. On ne plonge pas seulement dans une autre ville ; on pénètre dans un microcosme des plus dérangeants. Des petites soeurs aux machines de distribution de consommables en passant par les technologies et la folie ambiante, tout nous interpelle pour nous mettre mal à l’aise et les dialogues et le sound design retranscrivent ce sentiment à la perfection.

L’année 1959 marque le début de la fin de Rapture.

Un début à tout

BioShock peut se targuer d’avoir eu le mérite de me faire jouer à un FPS, et en plus sur console. Les jeux de tir à la première personne, voilà qui m’a toujours freinée, et j’étais à l’époque bien loin de me douter que le genre ferait la pluie et le beau temps sur une écrasante majorité de sorties des dix prochaines années.
Je ne vais pas mentir : j’ai plutôt subi cette composante FPS mais elle a la vertu de ne pas gâcher le reste des facettes du titre. En somme le gameplay est classique et se joue bien, même manette en main.

Le côté technique semble également tenir la route, même en y rejouant à l’heure actuelle. C’est correctement optimisé et plutôt agréable à l’oeil même si la finesse des graphismes n’a pas été une priorité dans mon expérience de jeu. Inutile, cependant, que je m’attarde sur cet aspect, car il se révèle au final être le moins marquant dans mon expérience de jeu.

La BioShock collection sort cette année. Et vous vous en doutez : elle sera mienne !

BioShock m’a laissé ce vague à l’âme très caractéristique des oeuvres qui arrivent à vous transporter. Vous l’aurez compris : si l’aventure elle-même est importante, la réflexion sur les idéaux utopiques avec laquelle elle vous laisse au final l’est sûrement davantage. Moi qui désespérais de pouvoir un jour revenir au jeu vidéo, voilà que le titre m’a ouvert un appétit féroce pour d’autres découvertes qui marqueront à leur tour mon parcours vidéoludique, et que j’espère avoir le plaisir de vous partager très bientôt.

Journaliste déchue, rêveuse en plein spleen, dangereuse vegan et slowrunner de talent.

4 Commentaires

  1. Merci pour ce joli texte consacré à ce grand jeu, dans lequel je me reconnais beaucoup. J’avais abandonné les jeux vidéo dans les années 2000, avant de m’y remettre sur 360. Je n’ai pas fait le premier, mais directement le second (qui est très ressemblant, dit-on). J’ai adoré les réflexion politiques sur les utopies libérales ou socialistes, l’ambiance jazz, ce monde à la Jules Verne et même le gameplay (devoir placer des pièges, avancer lentement,…). Vous avez trouvé le bon mot : l’oeuvre arrive à vous transporter. Malheureusement, je n’ai pas retrouvé de tels jeux depuis. 🙁

    1. Merci beaucoup Laurent ! Trouver les titres qui vont me transporter, c’est l’une de mes principales raisons de jouer depuis que je m’y suis replongée assidûment. En tout cas vous avez parfaitement su décrire le titre ! J’en ai tiré les mêmes ressentis, dont ce côté Jules Verne que j’ai par ailleurs totalement omis dans mon billet. Je vous souhaite d’avoir prochainement un nouveau coup de coeur vidéoludique !

  2. Excellent article, j’ai appris un nouveau mot en plus : dystopie. ^^

    1. Merci Shorf ! Ah, la dystopie, la magie du scénario catastrophe ! C’est vraiment ces oeuvres d’anticipation sociale que je prends le plus de plaisir à découvrir, que ce soit en jeu vidéo, en livre, en film, en série… Un sujet complexe et riche !

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