BILLET | Ces effluves qui parfument mon quotidien

Je suis de ceux qui ressentent.

La chaleur du soleil sur mes joues un après-midi de printemps. La fraîcheur végétale de cette pelouse à la rosée du matin. Les sens affûtés —le goût plus que les autres, on ne va pas se mentir— je suis de ceux qui s’abandonnent devant une peinture ; qui pleurent en écoutant une mélodie ; qui se sentent émus en lisant un poème. Sensibilité exacerbée qui rythme ma vie et que je m’efforce pourtant de taire par pudeur un peu arrogante.

C’est futile. Sans doute.

Alors permettez-moi de vous livrer en toute légèreté quelques uns de ces parfums qui embellissent mon quotidien.

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Le papier

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© nextinpact.com

Le parfum de l’évasion.

Cette senteur encrée et boisée qui se dégage à l’ouverture de la couverture sonne comme la promesse d’un voyage dans l’imaginaire qui enflamme mon esprit déjà prêt à se laisser vagabonder. J’aime lire autant que l’objet livre. Ces épaisses pages qui accrochent l’index prêtes à être tournées d’un geste vif alors que nos yeux parcourent frénétiquement les lignes, la bouche esquissant tantôt un sourire, tantôt de la surprise, et cette scène qui se joue silencieusement dans notre esprit donnant vie à des personnages et à des décors. On se sent happé. Ailleurs. Dans une histoire de laquelle nous sommes autant spectateurs qu’acteurs. Une vie dans une vie.

Le café

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© mangeteslegumes.net

Arôme subtil et puissant de ces grains torréfiés qui se disperse avec délectation dans ma cuisine.

L’odeur du café m’évoque les escapades matinales dans Paris. Ce tableau à cent à l’heure qui défile autour de moi alors que je longe les cafés du 6ème arrondissement. Le gracieux éclat des tasses entassées avec vigueur qui parvient à mes oreilles se mêle à l’effluve corsée des expressos bus à la hâte par ces lèves-tôt élégants. Et alors que le froid hivernal me pique les joues, je m’arrête pour observer cette ville qui s’éveille. J’ai capturé cet instant de si nombreuses fois que je l’ai presque ritualisé, par simple plaisir de voir ma ville de coeur s’animer autour de moi.

Les épices

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© France5

Je suis une insatiable chasseuse de saveurs.

La cuisine fait sans doute partie de mes madeleines de Proust. Très tôt initiée par mon père, le plus fin palais et meilleur cuisinier de mon entourage, j’ai affûté mes goûts et repoussé les limites de mes connaissances culinaires. De l’arôme particulier du basilic frais jeté dans la ratatouille à la puissance orientale du cumin  dans les falafels ou à la gourmandise de l’oignon qui caramélise, avant le ravissement de mes papilles vient le ravissement de mon odorat. Et quoi de plus réconfortant qu’un plat riche en parfums ? Les épices, cette petite exaltation qui me met en appétit ; la promesse d’un moment de partage que j’affectionne.

L’herbe

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© gentside.com

Je ne voulais pas rentrer.

Je me suis assise sur ce banc perdu dans un coin du parc. La rosée perlant sur la pelouse exalte ses effluves végétales et le silence n’est troublé que par le chant de quelques oiseaux de passage. Un temps. Un temps pendant lequel j’interromps le cours de ma vie pour apprécier ce moment qui s’offre à moi. L’heure est encore matinale mais le soleil me pique déjà les joues. Mes yeux apprécient la beauté du paysage. Mes oreilles se régalent du chant de la nature. Mes poumons se remplissent de cet air vivifiant. Et me voilà. Heureuse ; vivante ; consciente de capturer un instant de sérénité éphémère que j’ai gravé au fond de moi.

Les fruits frais

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© herbalife-blog.fr

Bien que je sois résolument un palais salé, s’il est une douceur par laquelle je me laisse tenter sans grande résistance, ce sont les fruits.

De la gourmandise du fruit rouge ou du coup de fouet des agrumes, leur robe perlant de fraîcheur et leur brillance insolente poussant à l’irrémédiable envie de les croquer sans retenue, il n’est à mon sens pas un fruit qui ne soit pas un appel à la tentation. Dans mon salon, cette coupelle abondante me narguant à toute heure et à laquelle je feins avec diablerie de ne pouvoir résister. Les agrumes pressés du matin éveillent mes sens et cette tarte aux fruits généreuse —mon dessert préféré— est la meilleure manière de terminer un repas sur une note fine et légère.

Le karité

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© The Body Shop

Mon parfum.

Karité et canne à sucre sont les notes qui constituent cette brume douce et sucrée qui ne me quitte jamais. Par sa fragrance à la fois gourmande et sensuelle, elle caractérise ma dualité femme et jeune femme. Elle m’inspire également de la fraîcheur et de la plaisance par sa discrétion qui ne la rend pas entêtante. Je fais partie de ces personnes sensibles aux parfums corporels de manière générale car j’y vois l’expression non-verbale d’un trait de personnalité. Le genre de détail qui achève de me faire tomber sous le charme.

***

Je vous le concède. C’est futile. Mais à défaut de vouloir palabrer de manière passif-agressif sur quelques sujets lourds, j’ai voulu vous partager de la sensibilité.

Et puis un peu de poésie de temps en temps, ça ne fait pas de mal, bordel !

Et vous ?

1 Commentaire

  1. C’est toujours un plaisir de simuler les sens comme le goût ou l’odorat ^^

    Pour l’odorat et le gout ce serait pour moi le thé et les épices dont les plantes aromatiques (surtout la menthe). Et je suis toujours partant pour découvrir différents vins et fromages.

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