COMICS | JOE SHUSTER, UN RÊVE AMÉRICAIN : La naissance de Superman

Quoi de mieux qu’un beau roman graphique pour parler de la naissance du genre du comics de super héros et de son représentant le plus emblématique ?

Pendant que vous réfléchissez très sérieusement à une réponse à cette question qui n’en est pas une, moi, je continue.

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Urban Comics propose depuis le 14 Septembre, dans sa collection Urban Graphic, un roman graphique à la couverture sublime, portant le sobre titre : Joe Shuster, un rêve américain. Portée par Julian Voloj au scénario et Thomas Campi au dessin, la BD retrace la vie de Joe Shuster, jeune dessinateur de Cleveland issu d’une famille d’immigrés russes, dont la vie s’accélère et bascule en 1938 avec la création de Superman, le premier super héros du genre.

L’HISTOIRE D’UNE VIE (OU DEUX)

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Après la mise en place d’un procédé simple et déjà vu de mise en abîme – le « vieux » Joe Shuster rencontre un autre personnage à qui il raconte sa vie – le récit nous plonge dans l’Amérique du début du XXème siècle.

Et ma première pensée en tournant ces premières pages est : « Qu’est-ce que c’est beau !« . Alors, non, je ne suis pas particulièrement sensible à l’architecture américaine du début de l’époque moderne mais au style de l’illustrateur Thomas Campi. Dépourvues d’encrage, les planches se présentent comme une succession de peintures à la gouache, respectant une palette de couleurs douces, beiges et pastels. C’est beau, et plus une BD est belle, plus j’ai envie de la lire. De plus, ce léger « flou » qu’implique l’absence de lignes noires se prête parfaitement au monde du passé et des souvenirs – d’ailleurs, les pages de la narration du « présent » sont, elles, encrées. L’esthétique seule de ce roman graphique, élégante et délicate, pourrait justifier son achat, si, comme moi, vous êtes amateur d’illustrations et de beaux livres.

Une fois ces premières émotions passées, j’ai pu me concentrer un peu davantage sur l’histoire. Le scénariste Julian Voloj a joué la carte de la simplicité et de la sobriété en proposant une narration chronologique et linéaire, très agréable à suivre et toujours pertinente quand il s’agit de retracer une vie. Ainsi, on découvre tout d’abord de manière très classique un jeune Joe Shuster, passionné de dessin et de comics, dont la passion va prendre une ampleur nouvelle avec la rencontre de Jerry Siegel, passionné d’écriture et d’histoires. On voit l’amitié des deux garçons grandir, s’épanouir dans l’association de leurs talents pour écrire leurs premiers comics. Ensemble, ils rêvent de vivre de cette activité qui les fait vibrer mais pour cela, ils doivent créer LA série qui va faire fureur auprès des lecteurs. Après plusieurs essais, ils mettent sur papier les premiers traits et les premières informations à propos d’un personnage aujourd’hui culte : Superman.

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Bien que la BD porte le nom de « Joe Shuster », c’est en réalité une double biographie qu’elle propose. Joe et Jerry sont – quasi – inséparables et leurs vies ont été menées du début à leur fin, l’une en parallèle de l’autre. On y découvre ainsi les conditions de la création de leur personnage phare, les péripéties vécues suite à leur succès, mais on en apprend également un peu sur leurs vies privées, notamment concernant leurs sphères familiales. Le roman graphique se laisse lire avec grande aisance et propose ce que j’aime : du divertissement couplé à du documentaire.

LE MONDE IMPITOYABLE DU COMICBOOK

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Plus qu’une biographie, le roman graphique se présente comme un petit documentaire écrit sur l’édition des comics aux Etats-Unis. Plus que la naissance de Superman, c’est le récit de la difficulté à élever ce « bébé » que raconte la BD.

Après la création de leur super héros et avoir convaincu un éditeur de l’avenir de leur série, Joe et Jerry cèdent les droits de leur licence à cet éditeur – qui est alors la solution la plus avantageuse pour eux qui attendent après l’argent depuis des années et sont fatigués de compter le moindre centime. Mais c’est aussi la solution qui va les prendre au piège : ils perdent le contrôle de l’image de leur super-héros et de leur propre destin.

La BD nous plonge dans le milieu de l’édition des comics qui connaissent alors leur Âge d’Or. On y apprend, dans les grandes lignes, les processus de création et de parution. On découvre la facette plus commerciale de l’édition qui est également la plus redoutable pour les créateurs qui sont, pour beaucoup, les derniers à profiter des bénéfices des ventes. A la lecture, on lit ainsi plusieurs histoires : la destinée personnelle de Joe Shuster et de son associé, et la grande histoire de l’édition des comicbooks. Les deux dimensions s’articulent étroitement, dans un bon équilibre, et sont très intéressantes à découvrir.


Joe Shuster, un rêve américain est un très beau et très bon roman graphique. On se plonge avec délice dans les planches de Thomas Campi et dans l’histoire contée par Julian Voljo pour découvrir la vie des deux parents de Superman. L’histoire personnelle se trouve mêlée à l’Histoire du comic de super héros et, que l’on soit fan et lecteur de comics ou simplement curieux, on se passionne pour les destins de Joe Shuster, de Jerry Siegel et de Superman.

 

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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