COMICS | Juste un peu de cendres : une apocalypse lente et sublimée

Juste un peu de cendres est un petit bijou édité par Glénat et qui m’a faite plonger la tête la première dans l’univers narratif et visuel de Thomas Day (au scénario) et Aurélien Police (à l’illustration). J’ai eu un double coup de coeur pour cette proposition de comic book : d’une part parce que ce sont deux francophones qui se collent à l’exercice, et d’autre part car l’oeuvre présente des illustrations à mi-chemin entre le dessin et le numérique à couper le souffle.

Juste un peu de cendres narre l’histoire d’Ashley, 17 ans, capable de voir la vraie nature monstrueuse de certains congénères : une aptitude partagée par tous les individus aux yeux vairons. Après une rapide mise en place des éléments constitutifs de la vie d’Ashley et de la situation actuelle, l’histoire démarre au moment où elle quitte le domicile familial pour partir à la rencontre de deux compagnons, eux aussi aux yeux vairons, pour tenter de stopper — ou tout au moins tenter d’enrayer — l’apocalypse qui semble se préparer.

L’histoire prend très rapidement des allures de road trip initiatique tant au niveau personnel avec l’émancipation physique, morale et émotionnelle d’Ashley, qu’au niveau du scénario dont les réponses à certaines questions arrivent assez vite pour le rendre très satisfaisant à découvrir. L’ambiance est irrémédiablement inspirée par les oeuvres de Stephen King, une des influences majeures de ce comic book.

Le concept d’apocalypse lente paraît déroutant à la première lecture mais est très bien amené et retranscrit à travers les situations autant qu’à travers la futilité avec laquelle l’héroïne raconte les détails des histoires des personnages, recentrant l’intérêt du lecteur sur l’histoire, comme pour emphaser l’inanité de leur existence face à la menace qui gronde. Néanmoins le rythme est très soutenu, une rapidité qui peut parfois perdre le lecteur tant les raccourcis et ellipses s’enchaînent à la même vitesse que les déplacements des protagonistes.

Si l’on était tenté d’associer l’oeuvre à une simple teenage story, on se rend rapidement compte qu’elle est bien plus que cela. Les créateurs prennent, entre autres, le parti de présenter une Amérique fantasmée qui flirte presque avec les clichés, et, que l’on accroche à la proposition ou pas, cet élément de background ainsi que tous les autres participent à la construction de plusieurs niveau de lecture. En outre, l’histoire témoigne d’une bonne rigueur de documentation qui confère un certain réalisme et servent complètement le propos.

Ce qui m’a complètement séduite dans Juste un peu de cendres reste les illustrations que j’ai trouvées d’une finesse et d’une beauté incroyables, si bien que j’ai mis beaucoup plus de temps qu’à l’accoutumée pour terminer l’histoire tant j’ai pris le temps d’admirer chaque planche. À mi-chemin entre le dessin et le numérique, Aurélien Police joue avec les codes visuels des comics et offre à l’oeuvre un caractère très particulier, un style auquel on accrochera –ou pas– suivant son affinité personnelle mais qui rend cette proposition si singulièrement attrayante.

Le duo fait mouche et signe ici une oeuvre atypique et terriblement captivante. La profondeur de l’ambiance et des thèmes donne envie d’en découvrir davantage. [Malheureusement, aucune suite n’est prévue]

Les auteurs nous gratifient d’un lexique et d’une construction de planche sous forme de carnet de route à la fin du livre. On y trouve énormément de détails sur leurs choix, leurs inspirations et le processus de création. Un petit plus très appréciable pour pouvoir mieux cerner et approfondir l’oeuvre.

Vous pouvez retrouver le livre en librairies du côté de la collection Glénat Comics ou sur Amazon (lien affilié).

2 Commentaires

  1. Merry,
    J’essaye de ne jamais intervenir dans les critiques, bonnes ou mauvaises, mais je tenais toutefois à apporter une petite précision : Juste un peu de cendres est un one-shot, ce n’est pas un tome 1, il n’y aura pas de suite. Aurélien et moi avons commencé un tout autre projet, toujours pour Glénat.
    Thomas Day

    1. Bonjour Thomas, je suis honorée de vous lire ! En revanche, vous brisez tous mes espoir concernant une éventuelle suite, ce qui ne change en rien tout le plaisir que j’ai pris à lire cette oeuvre, mais vous avez sur développer un univers et des enjeux si riches que je trouve presque dommage de s’arrêter là. Ceci étant, j’ai adoré votre collaboration avec Aurélien Police et j’ai vraiment hâte de pouvoir découvrir votre prochaine proposition !
      Merci pour votre travail et votre gentillesse.

Laisser un commentaire