COMICS | SAGA (tome 8) : Bienvenue à Avorteville !

L’été dernier, je vous faisais la confidence sans oreiller de mon amour inconditionnel pour le space opera de Brian K.Vaughan et Fiona Staples répondant au simple et doux nom de SAGA. Les mots « génial » et « original » cohabitaient harmonieusement dans cette déclaration passionnée et amenaient tout naturellement à la conclusion que cette série de comics est un petit bijou d’ovni.

Aussi, quand le tant attendu tome 8 a enfin fait surface dans les librairies de France aux rayons Urban Comics Indies, mon sang n’a fait qu’un tour tandis que mon cœur manquait plusieurs bonds devant la splendeur de cette nouvelle couverture signée Staples et la promesse de nouvelles aventures. L’éditeur m’en a fait cadeau au mois de Février et m’a fait, sans le savoir, un merveilleux cadeau d’anniversaire.

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Après une escale contrainte à l’issue dramatique sur la comète Phang, Hazel et sa famille reprennent leur voyage à travers les fins fonds de la galaxie aux côtés de Robot et de Pétrichor. Le bébé d’Alana et Marko ne donnant plus aucun signe de vie depuis le décollage du vaisseau, l’avortement apparaît comme l’unique solution pour protéger la vie d’Alana. Mais si la vie semble envolée, la magie, elle, est toujours présente …

SAGA CRÉE LA SURPRISE, ENCORE ET TOUJOURS

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Chaque nouveau tome de SAGA est une friandise emballée dans un joli papier qui dissimule des couleurs et des saveurs nouvelles. Ce tome 8 ne fait pas exception et nous entraîne dès ses premières pages dans un nouveau décor et une nouvelle ambiance. Fraîchement arrivés, Alana et les autres découvrent une planète étrangère aux allures de désert et aux costumes de Western, où les habitants comme la faune et la flore semblent plutôt hostiles. Ainsi, les personnages devront faire face à de nouveaux dangers et de nouveaux pièges mis – encore une fois –  sur leur route pour parvenir à leurs fins. Ce n’est donc pas encore aujourd’hui que l’on va s’ennuyer avec Brian K.Vaughan et Fiona Staples : les univers et les personnages qu’ils inventent et stylisent sont toujours aussi beaux qu’originaux même dans l’étrangeté.

Par ailleurs, nous, lecteurs, sommes encore gâtés par les nombreux développement des personnages. Pétrichor, guerrière autrefois guerrier, occupe une place centrale dans l’intrigue pour dévoiler enfin sa sensibilité et ses faiblesses habilement dissimulées jusqu’ici derrière son épaisse carapace de caractère, de charisme et de force brute. A ses côtés, la jeune Hazel, narratrice et personnage qui grandit de tome en tome, gagne à être découverte un peu plus à chaque tome. Ses préoccupations sont toujours axées sur sa relation aux autres et la souffrance de voir disparaître ses amis un à un dans ce contexte de guerre sans fin. Elle prend également davantage conscience de son apparence chimérique et s’inquiète de son métissage, unique en son genre et source de discorde dans leur monde. Ces sujets de réflexion sont encore une fois l’occasion de diffuser un message d’amour et de tolérance sans forcer les traits avec une fraîcheur bienvenue.

Enfin, d’autres intrigues sont développées ailleurs dans la galaxie loin de nos héros. On retrouve ainsi la trace du Testament en bien mauvaise posture face à Ianthe, personnage sadique aux pouvoirs redoutables et visiblement déterminé à semer le chaos pour rompre son ennui. On reprend également des nouvelles de Güs le phoque et du jeune prince Robot. Ainsi, la série suit et poursuit son fil rouge tout en dispersant de nouvelles miettes qu’on a hâte de se mettre sous la dent au prochain tome.

FACE AU DRAME, LA MAGIE OPÈRE

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La thématique forte de cet opus est celui de l’avortement, annoncée on ne peut plus explicitement dès la première page. Sujet délicat et difficile, le comics parvient à le traiter avec finesse et poésie.

D’une part, en choisissant une planète aride, hostile et dangereuse comme terre d’avortement, le comics joue avec les images et figure cette expérience douloureuse à travers des symboles parlants. La perte de l’enfant est ainsi associée à une traversée du désert et à l’affrontement d’épreuves effrayantes et violentes, tant physiquement que psychologiquement. J’apprécie toujours cette façon de faire concorder un monde fantaisiste et son propos.

D’autre part, la perte de l’enfant est évidemment associée à la douleur et à la tristesse, tant pour Marko et Alana, parents, que pour Hazel, qui se réjouissait de devenir une sœur. Pourtant, SAGA ne choisit pas la facilité en se transformant l’espace de plusieurs pages en un tire-larmes dégoulinant. A la place, Brian K.Vaughan surprend et apporte de la magie là où il n’y en a apparemment pas. L’absence de vie dans le corps d’Alana se mue en la présence d’une illusion puissante et sublime. Ainsi, l’enfant jamais rencontré accompagne malgré tout sa famille tout au long de cette difficile expérience, dans la tendresse et l’humour. S’il rappelle les souvenirs qu’ils n’auront jamais ensemble, ils soudent plus que jamais les trois membres de cette petite famille.

C’est donc avec une extrême douceur et une finesse féerique que SAGA traite une fois de plus un sujet au cœur de nos sérieuses préoccupations contemporaines.


Ce huitième tome se dévore avec avidité et plaisir, comme tous ses prédécesseurs, et ce dernier se hisse même parmi mes préférés. Brian K.Vaughan et Fiona Staples font preuve d’une originalité et d’une qualité d’écriture et de dessin qui ne faiblissent pas dans le temps. Le développement des personnages et des intrigues est toujours fin et intelligent, à tel point que l’on brûle d’en savoir encore plus. Mais la série sait se dévoiler tout en conservant suffisamment de mystère et de secrets pour nous rendre parfaitement accro à cet univers et à ses héros.

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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