COMICS | SEVEN TO ETERNITY : Comment refuser un pacte avec le Diable ?

Quand il s’agit de papoter comics avec des amateurs à la machine à café, au coin du feu ou, plus vraisemblablement, sur un blog, il n’est nul besoin de présenter Rick Remender. Cet auteur et dessinateur de comics a marqué l’histoire des plus célèbres héros Marvel  tels que les Avengers, les X-men, Spiderman ou Hulk, et a usé de talent pour créer des univers nouveaux pour des séries indépendantes comme les sombres Tokyo Ghost et et Deadly Class. Seven to Eternity est son dernier né et publié – chez Image Comics aux Etats-Unis, chez Urban Comics en France depuis le 3 Novembre 2017 -, fruit d’une énième collaboration avec le génial Jérôme Opeña aux crayons.

Seven to Eternity, c’est la promesse d’une aventure épique ! Dans le monde chaotique de Zahl, l’ambiance n’est plus à la fête depuis longtemps. Hommes et femmes ont écouté et accepté la proposition du Maître des Murmures : laisser ce dernier avoir accès à leurs yeux et à leurs oreilles en échange de la réalisation de leur vœu le plus cher. Quand le monde se rend compte qu’il s’est sciemment incliné face à un tyran diabolique, il est évidemment trop tard. Loin du cœur de cet Enfer, Zeb Osidis, seul homme à avoir refusé de se soumettre au Maître, vit en exil avec sa famille. A sa mort, c’est au tour de son fils, Adam, de veiller sur les siens, et surtout, de résister à la tentation d’un pacte avec le diable des plus alléchants …

BIENVENUE DANS LE MONDE DE ZAHL

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Avec Seven to Eternity, Rick Remender créé la (petite) surprise d’user pour la première fois des codes et de l’esthétique de la dark fantasy. Allergique aux gobelins, combats épiques et longues quêtes contre le Mal entre compagnons d’armes ? Passez votre chemin. Humains, autres espèces et créatures aux pouvoirs magiques cohabitent, non sans peine et sans haine, dans un monde rongé par le Mal, le chaos, la guerre et l’ombre menaçante de la mort. Zahl est un monde détruit par les forces obscures et qui ne peut retrouver la paix que dans la rébellion et le sang. Théâtre de l’action, cet univers teinté de magie noire se déploie et dévoile une partie de son histoire et de sa mythologie tout au long de ce premier tome. Les chapitres introductifs mettent progressivement en lumière les parts très sombres d’un univers vaste et riche qui n’attend que d’être exploré et exploité encore davantage.

Ce monde prend magnifiquement vie sous les traits précis de Jérome Opeña qui n’a décidément jamais fini de nous convaincre de la qualité et de la beauté de son travail. Il parvient à traduire chacune des composantes de cet univers : sa complexité et son ampleur par la richesse des détails et son opacité et sa noirceur par son encrage qui laisse le noir s’emparer des moindres parts d’ombre. Les couleurs sont néanmoins vives et confèrent dynamisme et vie à cette société mourante.

Isolés puis réunis par le destin, les personnages qui parcourent ce monde apparaissent aussi complexes et profonds que ce dernier. Adam, contraint de devenir le héros de sa famille et de l’intrigue après la mort de son père, apparaît moins fort et assuré que son géniteur. Il se montre plus faible, plus ambigu, plus torturé, tout humain. Aussi, le dilemme essentiel qui l’habite est rapidement sujet de doutes et affole la curiosité du lecteur. De même, les personnages qui croisent son chemin font preuve d’une ambivalence et d’une psychologie crédibles. Face à eux se dresse un ennemi puissant : le Maître des Murmures parvient aisément dès ce premier tome à se hisser au rang du « super méchant » dont l’histoire a besoin pour devenir épique. Pour autant, lui non plus n’est pas sans failles. Le manichéisme pur n’a donc pas sa place ici quand bien même le Maître fait office de figure du Diable.

UNE NARRATION ROMANESQUE 

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La narration oscille entre action, flash-back et pauses narratives. Adam est la voix qui guide le lecteur. Chacun des chapitres s’ouvre sur deux pages de narration pure, puis la voix d’Adam ne cesse de se faire entendre, telle une voix off, tout au long de l’intrigue. Remender semble raffoler des voyages dans le temps et donne autant à voir le passé que le présent. Ainsi, l’histoire du monde de Zahl, mais aussi, les histoires personnelles de ses héros, sont petit à petit dévoilées, conférant une profondeur et une cohérence à l’ensemble de cette mythologie. L’histoire est ainsi habilement ficelée et les nœuds de l’intrigue apparaissent progressivement, préservant un certain suspense.

Néanmoins, Seven to Eternity trouve aussi ses défauts dans cette narration. Très verbeuse en raison de la « voix off » d’Adam omniprésente et interrompue régulièrement par des retours dans le passé, elle alourdit la mise en place d’une histoire déjà suffisamment riche et opaque. On a l’impression que Remender veut égaler la précision de la narration d’un roman de fantasy – ce qui est tout à fait honorable – mais l’alliance de la BD et d’une voix de narrateur aussi bavarde devient quelque peu pesante par instants. On a ainsi la sensation que le début de l’intrigue traîne et que certaines parts d’ombre, essentielles à la compréhension de l’intrigue de départ, prennent beaucoup de temps avant de trouver la lumière. Par ailleurs, le combat épique central de ce premier tome, quand bien même l’action est la bienvenue, s’attarde un peu trop et marque une pause trop franche dans la narration alors que l’on brûle de connaître la suite des aventures d’Adam. Même s’il faut préserver le suspense, le rythme n’est pas parfaitement maîtrisé à mon goût. J’aurais aimé voir l’histoire avancer et progresser plus loin pour ce premier tome afin de me sentir parfaitement impliquée dans l’action et les péripéties futures.


Seven to Eternity est un savant mélange des codes de la dark fantasy, des talents d’écriture de Remender et de l’esthétique graphique d’Opeña. Fan du genre ou non, on ne peut nier la richesse, la beauté et l’ intrigante étrangeté du monde de Zahl qui nous est présenté. Malgré ses quelques défauts, ce premier et encore unique tome semble prédire quelque chose de grand, une aventure à la hauteur de la complexité et de la richesse de l’univers tout juste mis en place dans ces premiers chapitres. Série à suivre donc.

Disponible chez Urban Comics en couleurs ou en noir et blanc, et sur Amazon (lien affilié)

4 Commentaires

  1. Merci pour cet avis très intéressant, du coup j’ai mis un lien en bas de mon article sur cet album: https://etagereimaginaire.wordpress.com/2017/11/20/seven-to-eternity/

    1. Oh ! Vraiment merci Blondin pour ton retour et de parler de nous sur ton blog ! Ça nous fait très plaisir !

      J’ai été lire ta critique et nous sommes plutôt d’accord dans l’ensemble. Je retournerai en lire d’autres sur ton blog car ta bibliothèque de BD semble énorme, en espérant y trouver de nouvelles idées lecture 😉

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