FILMS & SERIES | Des documentaires et du chill (NETFLIX)

« L’autre jour j’ai vu un documentaire » est une accroche ringarde que j’ai commencé à prononcer vers l’âge de vingt-cinq ans. Au même moment, mes gueules de bois s’allongeaient et mes cernes faisaient leur première apparition, ce n’était finalement peut-être pas une coïncidence. Quoiqu’il en soit, je suis aujourd’hui très fière de le dire : j’aime les documentaires. Et oui, j’aime ARTE. J’aime apprendre de quoi combler les blancs des conversations avec les collègues, j’aime manger mon assiette de pâtes seule le Dimanche soir devant des interviews et une voix off qui me raconte des trucs que je ne savais pas. J’aime apprendre des choses sur tout et n’importe quoi : les animaux, la vie de Houdini, les coulisses de la pornographie, les scandales de l’Histoire de la mode, le cinéma, la littérature… Si ARTE a longtemps été ma Bible pour ses émissions et reportages riches et variés, notamment ceux consacrés à la pop culture (la chaîne a juste diffusé le MEILLEUR reportage sur STAR WARS ever). Quand NETFLIX est arrivé, ça a été la grosse fête dans le foyer pour les avantages évidents qu’apporte la plate forme en terme de films et surtout de séries, mais j’ai aussi vite réalisé que c’était un tout nouveau terrain à explorer pour parfaire mes « L’autre jour j’ai vu un documentaire ».

Celui à ne pas regarder à table : RATS

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Sorti en Novembre 2016 et réalisé par Morgan Spurlock (réalisateur du bien connu Super Size Me sur la junkfood), RATS nous entraîne dans les égouts et cuisines de New York, les poubelles et les temples en Inde, les fermes anglaises, en somme, tout autour du globe car c’est là que sont les rats : absolument partout. Ce long voyage à hauteur de rat et à hauteur d’homme a pour but de nous sensibiliser à la surpopulation de nos amis les rongeurs qui, plus intelligents que certains de nos congénères, parviennent à détecter et éviter avec brio les pièges que nous leur tendons pour les empoisonner, les asphyxier ou les écraser afin d’éviter la catastrophe sanitaire, les épidémies de peste et de choléra nous ayant déjà servies de leçons.

L’attrait et l’originalité du documentaire reposent sur sa réalisation et son montage qui ne sont pas sans rappeler le film d’horreur. Musique, ambiance inquiétante, images qui soulèvent le cœur et faibles éclairages sont autant d’artifices astucieusement mis en œuvre pour susciter la terreur chez le spectateur. Parce que oui, s’il y a bien une chose effrayante à laquelle personne ne veut penser, ce sont ces milliers de parasites qui grouillent dans nos murs et sous nos trottoirs et qui bien qu’invisibles représentent une menace plus que réelle. Néanmoins, le réalisateur maîtrisant bien les codes du cinéma d’horreur, n’oublie pas de conférer un plaisant second degré à son documentaire, notamment à travers les phases d’interview d’un ancien exterminateur de rats, sorte de Terminator du quotidien qui nous fait les confidences les plus glaçantes dans la pénombre d’ un sous-sol avec le timbre d’un survivant de la guerre du Vietnam.

RATS est donc un film de monstres en plus instructif.

Ceux qui ne sont pas faciles à conseiller à tes parents ou à tes collègues d’un air léger :

HOT GIRLS WANTED et HOT GIRLS WANTED : TURNED ON

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HOT GIRLS WANTED, c’est d’abord un long-métrage documentaire réalisé par Jill Bauer et Ronna Gradus et sorti en 2015 sur Netflix. On nous propose de faire le grand plongeon dans l’industrie de la pornographie en même temps que les fraîches jeunes filles sorties du lycée suivies par les caméras. Nous les accompagnons dans leur rêve de popularité et d’affranchissement au delà des règles posées par papa, maman et la société. Nous les suivons dans l’excitation des débuts et des ébats (quand bien même, elle est simulée pour ces derniers) et dans la morosité d’une réalité faites de peu de paillettes, peu d’avenir et peu de dignité parfois. Le documentaire oriente la caméra vers la perversité et la violence, autant psychiques que physiques, d’un monde qui accueille à bras ouverts des centaines de jeunes filles à qui on fait croire que la popularité et la richesse sont aisées. Jeunes actrices et streameuses sont contraintes d’accepter des contrats de tournage dont les conditions sont bien en deçà de leurs attentes et de leurs valeurs : scénarios éthiquement et moralement discutables, conditions physiques difficiles, vidéos format court d’humiliation… Malgré les bobos, certaines s’accrochent, d’autres, s’éloignent lentement.

Le documentaire n’est pas chargé contre l’industrie pornographique et cherche à montrer plus qu’à accuser, une expérience qui fera grandir, de bien des manières, les femmes qui ont tenté le plongeon.

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HOT GIRLS WANTED : TURNED ON, c’est ensuite une série, des mêmes créateurs plus Rashida Jones, de six épisodes documentaires de 45 minutes dont le dénominateur commun est une fois encore le monde du sexe. Seulement, il est cette fois ci appréhendé à travers le prisme des nouvelles technologies, supports incontournables de la diffusion et de la consommation de la pornographie et des relations sensuelles, virtuelles ou bien réelles. Les technologies d’aujourd’hui ont rapidement fait évoluer l’industrie pornographique en même temps que les rapports intimes humains. De la pornographie féministe aux camgirls, en passant par l’addiction aux relations faciles via Tinder, les six épisodes de ce documentaires tâchent de faire une mise au point sur la situation actuelle, autant du côté des évolutions positives que des dérives. De fait, là où le premier film était accès sur la perversité, dans tous les sens du terme, du milieu présenté, la série essaie davantage de donner une image fraîche et moderne à l’industrie où on encourage un plus grand respect des désirs féminins et demande aux actrices de ne pas accepter de faire des choses qui les gênent.

Dans la continuité du premier film, cette série se montre aussi intéressante que touchante grâce aux divers témoignages rapportés et à un regard neuf mais, aussi parce que c’est une suite, plus répétitive. Certains épisodes rappellent le premier film et font office de petites extensions dont on connaît déjà bien le contenu. Aussi, je conseille vivement le long métrage et libre à vous de grignoter les six épisodes suivants à votre guise.

Ceux à regarder pour changer des téléfilms policiers pourris sur la TNT :

AMANDA KNOX et MAKING A MURDERER

Ambiance un peu moins batifolante avec ces deux documentaires basés sur des meurtres et enquêtes policières complexes qui ont fait le bonheur de médias.

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Sorti en 2016 et réalisé par Brian McGinn et Rod Blackhurst, AMANDA KNOX est un long-métrage documentaire retraçant l’histoire d’Amanda Knox, c’est le titre qui le dit, étudiante américaine vivant en Italie soupçonnée d’avoir violé et poignardé de sang-froid sa colocataire.

MAKING A MURDERER est un thriller documentaire créée par Laura Ricciardi et Moira Demos et filmée en dix ans. Aussi il se présente sous la forme d’une série de dix épisodes de 60 minutes et est disponible depuis 2015 sur Netflix. Elle retrace l’histoire de Steven Avery, condamné à dix huit de prison pour un viol qu’il n’a pas commis et à nouveau accusé du viol et du meurtre d’une jeune femme peu de temps après sa libération.

L’un comme l’autre, ces documentaires sont aussi addictifs et incontournables qu’une série de fiction par leur réalisation. Tournés comme de véritables films policiers, ils ménagent le suspense, travaillent leurs retournements de situation et coups de théâtre. Images d’archives et interviews se succèdent attisant notre curiosité et contentant notre avidité de résoudre le mystère. On se prend facilement au jeu, oubliant presque qu’il s’agit d’histoires bien réelles et on tente de trouver la vérité avant la fin. Aussi, ces deux productions réunissent toutes les qualités du feuilleton auxquelles s’ajoutent les qualités du travail de recherche documentaire assurément conséquent. Les deux films sont très riches et proposent une belle synthèse objective n’excluant aucune piste de deux affaires hautement médiatiques.

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AMANDA KNOX et MAKING A MURDERER mettent en lumière la laborieuse évolution d’une enquête policière et en dévoilent les failles et les bavures. De fait, et plus précisément dans Making a murderer, le film dénonce les abus et jeux de pouvoirs, l’interférence des intérêts personnels et l’influence des médias à la recherche d’un coupable à rapidement offrir en pâture au public qui interviennent dans les enquêtes. Objectivité et justice ne sont pas les sœurs que l’on croit, mensonges et émotions humaines les divisant très aisément. Ces films sont une invitation à douter et à se révolter face à notre système judiciaire, à jamais imparfait, mais trop souvent lamentable.

Ces documentaires policiers sont incontournables autant pour le divertissement qu’ils offrent que pour ouvrir les yeux.

Celui à regarder si tu n’es pas convaincu par 13 Reasons Why : AUDRIE AND DAISY

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L’année dernière, en 2016, Netflix a fait sensation en sortant ce documentaire choc ayant pour sujet les agressions sexuelles impunies. Réalisé par John Shenk et Bonni Cohen, le film retrace le parcours douloureux de deux jeunes filles : Audrie et Daisy.

Audrie, 15 ans, jolie lycéenne épanouie, se rend à une grande fête. Alors qu’elle est saoule, ses amis dessinent des graffitis sur tout son corps puis la pénètrent. La scène est filmée par un témoin de la scène qui, plus amusé que révolté, la diffusera au lycée tout entier. Une semaine plus tard, pétrifiée de honte et incapable d’en parler à un proche, Audrie se donne la mort dans sa chambre.

Daisy, 14 ans, décide un soir avec une amie de faire le mur pour rejoindre des amis de son grand frère qu’elle connaît bien à une soirée. Sur place, on leur offre de nombreux verres avant de les entraîner chacune dans une chambre. Daisy est retrouvée le lendemain matin, abandonnée dans la neige devant chez elle en état d’ébriété. L’enquête révélera qu’elle a été abusée par plusieurs garçons cette nuit-là, un seul avouera sa faute. Les autres hurleront à la diffamation si fort que l’opinion publique de la petite communauté américaine va se retourner contre Daisy et sa famille et mettre le feu à leur maison.

AUDRIE AND DAISY est un documentaire aussi révoltant que merveilleux qui ne manquera pas de happer toute votre attention. Il dénonce la violence inouïe de telles agressions sur des jeunes filles et de ce qui s’ensuit : protection des coupables, pas de reconnaissance du statut de victime, harcèlement de l’opinion publique ; cocktail mortellement dangereux pour des jeunes filles ayant besoin de se reconstruire. Le film rappelle que les agressions sexuelles sont malheureusement trop courantes, comparées à des jeux d’enfants lorsqu’elles n’impliquent que des mineurs et commises le plus souvent, par des amis, des proches en lesquels les victimes ont confiance. Il pointe également du doigt les jeux de pouvoirs des petites communautés qui protègent leurs habitants les plus précieux, quitte à détruire des familles et des jeunes filles traumatisées. Il y a encore tant à faire pour défendre et protéger les victimes et futures victimes de viol ; AUDRIE AND DAISY est une petite pierre dans l’édifice en cours de construction et joue la carte essentielle de la sensibilisation.

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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