FILMS & SERIES | Des documentaires et du chill #2 (NETFLIX)

Fidèle à ma tradition Pâtes & Documentaire lorsque je me retrouve seule dans le confort cotonneux de mon appartement, j’ai encore navigué de long en large à travers l’océan du catalogue Netflix, à la recherche de nouveaux trésors à découvrir puis conseiller à qui veut bien m’entendre. Comme la pêche fut fructueuse, il me fallait ouvrir une deuxième édition des Documentaires & du chill pour qui veut bien me lire.

Le plus glaçant : THE KEEPERS

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Si vous avez aimé frissonner, vous révolter et vous émouvoir du cas Steven Avery dans l’excellent Making a Murderer , sortez les mouchoirs et vos tripes puis passionnez vous d’urgence pour cette autre série documentaire ! Si vous ne savez absolument pas qui est Steven Avery, ce n’est pas grave, les consignes sont les mêmes.

Créée par Ryan White et sortie sur Netflix en Mai 2017, The Keepers est une série de sept épisodes qui traite du meurtre non résolu de Cathy Cesnik, jeune femme religieuse et enseignante d’anglais et de théâtre dans un lycée de Baltimore aux Etats-Unis dans les années 60. Aimée de ses proches et admirée par ses élèves, elle est assassinée alors qu’elle suspectait le prêtre Joseph Maskell d’être l’auteur d’abus sexuels sur des jeunes filles de son école.

Cette série s’impose comme un bijou documentaire autant pour son sujet que sa réalisation. Elle mêle habilement les points de vue des différents acteurs de cette sinueuse enquête : détectives amateurs, journalistes, proches de la victime, témoins, victimes et accusés font part et échangent leur vision des événements à travers des interviews, des témoignages ou des bribes d’images d’archives et autres scènes esthétiquement reconstituées. Le rythme est habilement dosé, proche du bon thriller; le suspense est ménagé, les différentes informations et pistes de l’enquête sont divulguées progressivement, de telle manière que chaque fin d’épisode se termine sur un cliffhanger qui ne peut qu’inciter à dévorer la suite. La réalisation est si bien structurée que l’histoire vraie se fait parfois oublier derrière la forme qui rappelle fortement celle des fictions policières dont nous avons l’habitude. Et pourtant, avec un tel sujet, impossible d’ignorer totalement la réalité des événements dévoilés au grand jour : violences sexuelles sur mineurs, menaces de mort, manipulations psychologiques, meurtre d’intérêt et dissimulations d’actes criminels par des autorités supérieures.

The Keepers est une plongée difficile dans la part sombre de l’humain et de la société des années 60 mais aussi d’aujourd’hui. La série se fait aussi violente que les faits qu’elle relate avec une pudeur et une élégance qui ne lui procurent que davantage de crédit et de force. Cette violence est nécessaire afin de dénoncer ce qui doit l’être. L’horreur de cette histoire exemplaire grandissante d’épisode en épisode témoigne de tout ce qui rend intolérable chaque cas de violences sexuelles et/ou d’actes meurtriers; de la douleur innommable des victimes et leurs proches, de l’injustice de l’absence de reconnaissance et de punition de ces actes. La personne de Jane Doe, victime des pires violences et rendue témoin du meurtre de Cathy Cesnik contre son gré, témoigne de la difficulté de vivre avec des traumatismes puissants, avec des repaires faussés et aucune reconnaissance officielle de sa position de victime. Terriblement émouvante et attachante, cette femme n’est qu’une victime parmi des centaines d’autres dans son ancienne école, et parmi des milliers d’autres dans le monde d’ hier et d’ aujourd’hui.

The Keepers, c’est l’histoire d’une enquête (peut-être) à jamais sans conclusion mais surtout, c’est l’histoire du pire dont l’humain est capable, le pire qui arrive chaque jour chaque minute quelque part dans le monde, le pire qu’il faut continuer à dénoncer et à combattre, le pire qu’il faut oser affronter et regarder pour ne pas oublier que c’est important.

Le plus inspirant : MINIMALISM

29-Minimalist-ApartmentAutre documentaire, autre ambiance, beaucoup plus sereine cette fois. Sorti en 2016 aux Etats-Unis et réalisé par Matt d’Avella, Minimalism : a documentary about the important things est un film qui traite, comme son titre l’indique, du mode de vie minimaliste.

Mais de quoi parle-t’on ? Le minimalisme ou « art minimal » est un courant d’art contemporain né dans les années 60 aux Etats-Unis, c’est aussi une tendance de mode se caractérisant par la suppression d’ornementations, de détails ou de couleurs qui connaît son apogée dans les années 90 ; aujourd’hui, on parle de minimalisme comme d’un mode de vie et de pensée qui consiste également à se défaire des « ornementations » et des « détails »  mais dans son quotidien, autrement dit, il s’agit d’une invitation à vivre mieux avec moins.

Le film se présente comme un ensemble de témoignages positifs permettant d’illustrer le minimalisme et de mettre en lumière les avantages d’un tel mode de vie. On suit plusieurs personnes, célibataires, couples ou familles, qui ont décidé depuis longtemps ou depuis peu de se débarrasser de leurs mauvaises habitudes de surconsommation et de leurs objets inutiles afin de ne conserver que le nécessaire, voire le très strict nécessaire. On constate ainsi qu’il existe différents degrés de minimalisme : du simple gros nettoyage de Printemps par le vide à la vie dans un studio vide avec deux pantalons, deux tee-shirts, un pull et une paire de chaussures. Le dénominateur commun à toutes ces personnes est une recherche de sérénité, de simplicité et de bonheur en dehors du cadre vendu par la société, les mœurs un peu figées et les publicités. Le minimalisme est fondamentalement anti-capitaliste mais non militant, il s’apparente davantage à une méthode de lâcher prise et de relaxation.

Je m’intéressais déjà au minimalisme depuis quelques temps et c’est donc déjà conquise que j’ai lancé ce documentaire qui ne m’a convaincue que davantage. Quand bien même on peut ne pas adhérer à tout le discours, la pensée minimaliste est une suggestion de mieux-être intéressante à entendre et à appliquer, au moins partiellement. S’y intéresser, c’est prendre le temps de faire une pause et de réfléchir à l’importance que l’on donne aux objets que l’on possède, à l’endroit où l’on vit et à sa relation à sa carte bancaire. C’est prendre conscience qu’il est possible de se satisfaire de l’essentiel, des choses que l’on a déjà, de ses vieilles affaires qui par leur singularité deviennent des objets sentimentaux. Il est simplement possible de s’extraire d’un mode de consommation devenu presque automatique pour devenir un consommateur raisonné, éclairé et surtout, plus satisfait, non pas de ses biens, mais de sa vie.

Minimalism, c’est une petite tranche de douceur pour prendre le temps de réfléchir à son bien-être.

Le plus révoltant : FED UP 

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Le sucre vous aimez ? Et bien voilà un documentaire qui devrait vous en dissuader. Sorti en 2014 aux Etats-Unis et réalisé par Stéphanie Soechtig, le film FED UP traite du problème majeur de l’obésité infantile aux Etats-Unis et de son lien intime avec l’ennemi numéro un de la santé : le sucre.

Le film s’ouvre sur une petite histoire de l’obésité aux Etats-Unis, des années 70 à aujourd’hui. Il nous présente ainsi le combat plus ancien qu’on ne le croit du pays pour lutter contre un problème de santé aussi difficile à déloger que la graisse sur la ceinture abdominale. Malgré des années de recherches, moult recommandations publiées dans des rapports de santé officiels et l’application de ces dernières, aucune solution proposée n’a donné les effets escomptés. Pire encore, l’obésité infantile n’a eu de cesse de progresser à tel point que des études inquiétantes estiment qu’en 2050 un Américain sur deux sera obèse. Le documentaire prête la parole aux principaux intéressés par la question : d’une part, les médecins nutritionnistes, d’autre part, des adolescents en lutte contre un surpoids qu’ils subissent malgré leur bon volonté et leurs efforts pour manger moins et bouger plus.

Mais alors, pourquoi malgré le sport, la crème light et les trente minutes de marche quotidienne ces adolescents américains ne parviennent pas à perdre du poids, mais au contraire,  prennent de nouveaux kilos ? Toutes les réponses sont dans Fed up qui prend des allures de pamphlet virulent à l’encontre de la désinformation gouvernementale et médicale sur la question de l’alimentation. On y découvre et comprend comment sont tirées les grosses ficelles de la manipulation des foules par les lobbies qui ont le pouvoir sur tout et surtout sur notre santé. Le film s’arrête donc sur le rôle surestimé de l’activité physique dans la perte de poids, l’essor du light, immense arnaque des produits qui nous font manger moins gras mais plus sucré, ou encore, la puissance du matraquage publicitaire notamment chez les jeunes publics. Il explique tout particulièrement le rôle du sucre et les dangers qu’il représente pour la santé consommé en excès, ce qui est le cas pour une grande partie de la population américaine, mais nous européens ne sommes pas en reste. Le sucre est intégré partout, même dans les aliments qui n’ont pas à être sucrés comme le lait maternel. Le but ? Combler l’absence de saveur due à une baisse du taux de matières grasses dans les produits modifiés, mais aussi, créer une dépendance à ces aliments modifiés.

Par sa richesse de sources et d’informations et son ton polémique, ce documentaire révolte derrière son petit écran du début à la fin : les explications sont toujours très claires et illustrées avec une pédagogie impeccable. Il suffit de quelques graphiques pour être tout à fait convaincu de la gravité de la situation pour nos voisins américains et se poser des questions quant à l’équilibre de sa propre alimentation.

Fed up permet une énième prise de conscience quant à la question très épineuse de l’alimentation. S’il paraît bien impossible aujourd’hui de parvenir à manger parfaitement sainement, certains gros pièges peuvent être évités et ce film est un allié pour mieux les déjouer.


NB : Pour ceux qui ne sont pas abonnés à Netflix, ARTE a diffusé début Août un documentaire similaire, Sucre, le doux mensonge, disponible sur le replay Arte 7+ jusqu’à la fin du mois.

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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