FILMS | Trois films pour continuer de bercer les enfants des années 80-90

Si toi aussi tu es né(e) entre 1980 et 1999, tu t’es certainement entendu dire au moins une fois par tonton ou les médias que tu étais le fruit d’une génération pourrie gâtée jusqu’à la moelle sous prétexte que tu faisais – peut-être – parti(e) de ceux qui avaient une télévision dans leur chambre branchée à une ou plusieurs consoles de jeu, qui avaient le droit à la parole à table au même titre que les adultes, et dont la collection de G.I. Joe / Barbie / Pokémon / Pog’s / Playmobil / Autres était sacrément conséquente. ET OUI, une partie d’entre nous avons vécu une enfance royale, du moins correcte grâce à un contexte social, des parents et des mœurs qui le permettaient. Il est habituel que la génération du-dessus tape sur la génération du-dessous à coups de semelles irritées ; moi-même, je lutte contre la vieille conne en moi et ses pulsions aigres qui voudraient me faire japper à tout va que les jeunes d’aujourd’hui sont nuls. Malgré toute ma volonté, des fois cela m’échappe, mais personne n’est parfait même en étant né(e) avant l’an 2000.

Cependant, ce qu’il faut bien reconnaître à tonton et France Télévision, c’est que, sur certains points, il est vrai que nous avons été outrageusement gâtés et ce, sans que cela soit le fait de papa ou maman (ou tonton). Nos années tendres ont été marquées par une foule d’œuvres cinématographiques aujourd’hui dites cultes qui ont bercé et fait voyager nos têtes en pleine croissance. Marqués par l’ambiance, les héros ou encore les monstres de ces films, nous sommes aujourd’hui frappés d’une nostalgie propre à la génération Y qui, sans regretter l’avènement d’Internet, repense songeusement à ses après-midi devant la télévision, ses parties de Game Boy sans sauvegarde et son jouet officiel du T-Rex de Jurassic Park (Enfin je ne sais pas vous, mais moi je l’avais, et c’était une de mes possessions les plus précieuses). Nous sommes ainsi depuis quelques années une cible marketing facile. Si les goodies pullulent, le cinéma a lui aussi bien compris qu’il y avait un public de trentenaires déjà à demi-conquis à reconquérir totalement avec des histoires et des esthétiques déjà vues dans les années pré-explosion d’Internet.

Je vous propose un petit tour d’horizon des films susceptibles de réveiller quelques sensations de déjà-vu en m’arrêtant sur trois titres qui ont particulièrement bien joué leur rôle de madeleine de Proust.

INSPIRATION E.T. L’EXTRA-TERRESTRE de STEVEN SPIELBERG

super8

Avant d’abuser de lens flares dans Cloverfield et Star Trek, puis dans le bien adoré comme détesté Star Wars 7, J.J. Abrams a apposé sa patte en 2011 dans SUPER 8, un film d’où se dégagent de doux relents Spielbergien – c’est Steven Spielberg lui-même qui co-produit d’ailleurs. Bien avant le succès mérité de Stranger Things, J.J. nous fait cadeau d’un hommage à ce cinéma de science-fiction inoffensif plaçant au centre de son intrigue des enfants plus prompts que les adultes à gérer un conflit surnaturel.

En 1979, dans l’Ohio, Joe, 13 ans, vit seul avec son père, shérif-adjoint de leur petite ville, sa mère ayant disparu dans un regrettable accident. Passionné de cinéma, il décide avec ses copains et une nouvelle venue dans leur bande, Alice, de tourner un film d’horreur en super 8. Pour les besoins de leur production amateure, ils se rendent de nuit sur un quai de gare pour y tourner une scène clé. Alors que la caméra tourne, les enfants sont témoins d’un spectaculaire accident de train. Dans la panique qui en découle, un professeur de biologie, mystérieusement présent sur les lieux de l’accident lui aussi, leur ordonne de se cacher et de ne jamais révéler leur présence cette nuit-là sous peine de danger de mort. Les jours suivants, Quelque chose menace la ville et ses habitants et ne semble pas aussi gentille qu’E.T. ….

super8_movie_06

J’ai été biberonnée au E.T. L’extra-terrestre durant mon enfance grâce à une VHS premier prix avec laquelle mes parents ont profité d’une diffusion sur M6 pour enregistrer le film. Je l’ai vu en boucle cette cassette, connaissant par cœur l’ordre de tous les rebondissements du film, ainsi que l’ordre des pubs M6 qui les interrompaient – c’était le charme de l’époque, du moins, on a fini par trouver du charme à ces coupures pubs. Super 8, c’est le E.T. de la nouvelle génération, même si j’ai la sensation que peu de gens l’ont vu et apprécié, mais j’ai personnellement goûter le même plaisir à visualiser le film d’Abrams qu’à beaucoup trop regarder celui de Spielberg.

Les acteurs et notamment les enfants, parmi lesquels Elle Fanning qui crève l’écran, jouent admirablement bien, rendant leur petite bande très sympathique et attachante. L’intrigue, aussi simple et convenue soit-elle, fonctionne parfaitement et profite d’un rythme bien pesé et d’une réalisation J.J. Abramsienne, autrement dit, esthétique et dynamique. On se prend très facilement au jeu des relations entre les personnages et de l’enquête pour découvrir ce qui se trame quand bien même, on sait parfaitement comment tout cela va se finir. Abrams a su rendre hommage à un genre et une esthétique d’une autre époque avec un film moderne, bien de son temps. Il se fait plaisir et communique ce plaisir à suivre ces aventures incroyables à échelle de gosse, nous faisant redevenir l’espace de deux heures, des enfants.

INSPIRATION MAD MAX de GEORGE MILLER

TurboKid

Mad Max a notamment fait reparler de lui avec l’artistique et impressionnant Fury Road de George Miller en 2015. Pourtant, la même année, quand il s’agit de mettre en scène notre monde dans une version apocalyptique sale et désespérante tel qu’on le concevait dans les années 80, la série Mad Max n’a pas le monopole, en témoigne le juteux TURBO KID présenté au festival Sundance.

Réalisé par pas moins de trois personnes – François Simard, Anouk Whissell et Yoann -Karl Whissell, – Turbo Kid est un film post-apocalyptique où action, romance et gore se côtoient avec une légèreté déconcertante. En 1997, dans une société en miettes rebaptisée The Wasteland, gouvernée tyranniquement par un dénommé Zeus, nous suivons la trajectoire d’un jeune garçon solitaire, The Kid, passionné de comics et dont le héros préféré est Turbo Rider. Un jour, il fait la rencontre d’une étrange jeune fille aux cheveux roses, Apple, pour laquelle il va rapidement développer quelques chatouillis dans le ventre. Aussi, lorsque cette dernière se fait kidnapper par les hommes de main de Zeus, The Kid décide de prendre le nom de Turbo Kid et de se lancer à son secours.

turbo-kid-1

Le film est en réalité un pastiche qui reprend les clichés à la fois esthétiques et narratifs des films d’action à ambiance crasse des années 80-90. Personnages hauts en couleurs et en névroses, looks futuristes kitschs, ennemis bêtement méchants, violence injustifiée et punchlines de héros usées font le bonheur du spectateur face à ce petit ovni cinématographique. Le film nous offre une invitation impossible à refuser tant son univers est jouissif, faisant presque oublier la dimension satirique. Le rythme, l’action, souvent sanglante, l’humour et l’étrangeté de ce monde et ses personnages fonctionnent à merveille et confèrent à l’oeuvre une identité aussi originale qu’unique. La réalisation et la mise en scène sont très léchées, fraîches et propres créant un amusant contraste avec le monde sordide donné à voir. Je n’avais personnellement rien vu de tel avant Turbo Kid et je n’ai plus jamais rien vu de tel ensuite. La bande originale composée par Le Matos reprend des sonorités électroniques sombres et profondes qui ne sont pas sans rappeler l’excellente ambiance musicale créée par les Daft Punk pour Tron : Legacy. Bien que le film se moque gentiment de ses modèles, il n’en reste pas moins un hommage à un pan du cinéma qui a bercé l’enfance et l’adolescence de nombre d’entre nous, et qui nous permet aujourd’hui de goûter à nouveau à cette ambiance so 90’s, sans être obligé de retrouver une VHS poussiéreuse pour laquelle nous n’avons plus de lecteur. Délicieusement bizarre et explosif, Turbo Kid devrait animer votre Samedi soir avec un saladier de pop-corn bien sucrés.

INSPIRATION GREMLINS de JOE DANTE

505083.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Qui n’a pas vu les Gremlins un poil trop tôt, se laissant amadouer par la bouille de Guizmo, et n’a pas fait quelques cauchemars par la suite ? En 1984 et dans les années qui ont suivi, impossible de passer à côté de cette comédie fantastique qui dénote totalement par sa part d’ absurdité à côté des comédies de Noël classiques. C’est dans ce même sillage du cinéma comique fantastique loufoque que s’inscrit en 2016 le film de Michael Dougherty : KRAMPUS.

Tout commence une soirée de réveillon de Noël, dans une famille américaine disparate et peu exemplaire où l’ambiance n’est pas à l’esprit de Noël malgré les efforts aussi hypocrites qu’inutiles de chacun. Le jeune Max, lassé, décide d’ignorer la célébration de cette fête réveillant alors la colère de Krampus, une créature mythique chargée de punir les enfants mal-élevés.

Krampus

Ce conte noir ne se prend clairement pas au sérieux et n’a d’horrifique que l’utilisation de marionnettes et autres animatroniques qui n’ont volontairement pas l’air trop réalistes. Après une première partie introductive où l’humour grince et les premières critiques à l’encontre du ridicule cérémonial autour des fêtes de Noël se font sentir, le film part en roue libre. Chasse aux monstres – qui ne sont autres que les jouets et autres pains d’épices propres à Noël -, gags et combats ridicules mais violents s’enchaînent joyeusement. Rebondissements et horribles rencontres avec des créatures inquiétantes se succèdent sans grande surprise mais avec un grand plaisir. La confrontation finale avec le Krampus dans une ambiance conte de la crypte sera au final franchement satisfaisante. Le film n’a pas tant pour but d’effrayer que d’amuser et de pointer du doigt l’aspect matérialiste et commercial d’une fête religieuse où les bons sentiments font profil bas. La bande originale, composée par Douglas Pipes, elle aussi se moque gentiment de son sujet, notamment dans une scène d’ouverture où la course aux cadeaux déclenche une guerre redoutable entre acheteurs dans un centre commercial sur un doux chant de Noël.

Des trois films que je présente ici, il est clairement le moins bon. Pour autant, bien qu’imparfait, cette fable de Noël peu conventionnelle a le mérite d’être un bon divertissement, un peu facile mais différent, qui occupera idéalement une soirée entre amis devant un petit écran durant les vacances de fin d’année ou quand bon vous semble.

 

Laisser un commentaire