JOURNAL DE BORD | #2 Un but inatteignable

Journal de bord #2

RETRANSCRIPTION

« On est le 21 juillet 2017, il est 4h45 du matin. L’insomnie frappe fort ce soir. Aujourd’hui j’ai assez mal mangé ; je n’ai pas fait de sport. La vérité est que je n’ai pas pris soin de moi comme je me suis promis de le faire. J’ai un manque de motivation vis à vis de ça et, au fond de moi, je pense savoir d’où il vient. Je pense que j’ai peur d’atteindre un but. Cette peur là ne vient pas de nulle part puisque c’est quelque chose qui s’est déjà réalisé par le passé. Pour comprendre ça, il faut remonter pas mal d’années en arrière.

Lorsque j’ai commencé à opérer une transformation physique et mentale, je me suis fixé un but. C’était LE but. Mais, inconsciemment, c’était aussi un but que je me suis fixée très haut dans l’espoir de ne jamais l’atteindre. L’idée peut paraître assez bizarre. Plus j’y réfléchis et plus je sais que je l’ai fait pour ça : j’avais besoin de courir après quelque chose, de caresser un espoir et un rêve qui soit inatteignable pour pouvoir faire preuve d’une motivation presque inextinguible. Et c’est ce qui s’est passé : j’ai eu une motivation de fer. J’ai commencé à évoluer, à changer, à me trouver physiquement et mentalement. Ça a été long et compliqué mais je l’ai fait. Tout ce qui étaient des efforts sont devenus des habitudes de vie : manger sain, faire du sport n’étaient plus des choses que je calculais. C’était rentré dans mon quotidien.

Quelques années plus tard, me voilà en train de réviser mes partiels. Je me souviendrai pendant très longtemps de ce moment là car ça a été un déclic assez négatif. Je ne vous ai d’ailleurs pas parlé de mon but. Il va vous paraître un peu superficiel dans la forme : c’était d’un jour rentrer dans un jean qui taille du 38. En France, c’est une taille très standard que l’on peut trouver dans la plupart des magasins. D’aussi loin que je me souvienne, c’est une taille que je n’avais plus faite depuis bien avant l’âge adulte. Je me disais inconsciemment qu’il serait impossible de faire cette taille là à nouveau.

Tout cela nous ramène à ce moment où je travaille d’arrache-pied pour mes examens. Je continue de bien m’alimenter et de faire du sport selon les principes que je me suis fixés. À ma grande surprise, je me rends fatalement compte que mes vêtements sont trop grands. En faisant tout de manière mécanique et en étant accaparée par autre chose, je n’ai pas vu le temps passer ni les changements. Et voilà que je rentrais dans ce jean. Le but était atteint.

Le premier sentiment que j’ai éprouvé a été de la colère. Ou plutôt de l’énervement traduit par de la colère. Il va me hanter assez longtemps car si on m’avait dit par le passé que ce serait ma première réaction, je n’y aurais sincèrement pas cru. Mais j’étais énervée : ce n’était pas le moment, je n’avais pas les moyens ni l’envie de changer mes vêtements trop grands alors que je n’ai même pas pris le temps de m’en rendre compte.

La vraie question qui s’est alors posée a été « et maintenant ? Après quel but vais-je courir ? » . Je n’exagère pas lorsque je parle du sens que va prendre ma vie car j’avais centré ma vie sur ce but là. C’était ma raison de faire des efforts, mon but inatteignable. Celui qui me donnait le plus de motivation et le plus de force.

La dernière chose qui m’a le plus frappée c’est que rien n’a changé. Je crois que ça va rester longtemps gravé en moi et raisonner comme un warning. Rien n’a changé. J’avais imputé tous les maux de ma vie sur mon physique, et rien n’a changé. J’étais toujours la même, avec les mêmes problèmes. J’étais quand même différente au fond de moi : je suis devenue une guerrière, j’ai pris goût au dépassement de soi, j’ai arrêté de me battre contre les autres pour me battre uniquement contre moi. Mais à l’extérieur, tout était inchangé.

Je réfléchis beaucoup à comment appréhender mon évolution d’une autre manière. À plus long terme. Essayer de m’accrocher à un but qui soit moins illusoire et plus réfléchi : essayer de redevenir la personne sportive que j’ai été par le passée. Je pense que lorsqu’on a été sportif, on a quelque chose au fond de notre tête qui nous rappelle notre dépassement et nos valeurs passés. Maintenant mon but serait celui-ci : revenir à une condition physique qui soit proche de celle du sportif.

Quid de la suite ? Je ne sais pas vraiment. Mais en tant que sportif il y a toujours moyen de se dépasser, d’aller chercher plus loin. C’est peut-être ce dont j’ai besoin. Avec mon but inatteignable j’ai peut-être manqué d’ambition, de penser à long terme. Rien n’est une fin en soi et c’est peut-être ce que cette déconvenue m’a appris. Tout n’est que succession d’états. Quelque chose qui est à un instant t peut être complètement différent à l’instant t+1.

Je conclurai sur cette citation —je suis de ces personnes qui aiment conclure sur des citations— de Robert Louis  Stevenson : « l’important n’est pas la destination mais le voyage » . Je pense que dans n’importe quel voyage physique ou mental qu’on entreprend, l’important est ce qu’il va nous apporter et tout le cheminement et les changements qu’il va entraîner, bien plus que la fin.

J’aimerais avoir vos retours là dessus. N’hésitez pas à me laisser des avis et vos propres parcours de vie. Avez-vous connu ça ? Avez-vous choisi une autre approche ? Laquelle ?

Je vous souhaite une bonne journée. Prenez soin de vous. À bientôt. »

Journaliste déchue, rêveuse en plein spleen, dangereuse vegan et slowrunner de talent.

8 Commentaires

  1. Quand on se fixe un but dans la vie et qu’on y met corps et âme pendant des années, une fois atteint c’est assez délicat ! Une joie mais troublée par un sentiment frustration, je parle aussi en expérience vécue. Je me suis aussi sentie un peu « démunie » après avoir réussi à atteindre mon but. Mais il faut toujours en avoir un, pour continuer les beaux voyages 🙂

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire Preciouzy ! C’est vrai que savoir rebondir est important, et pour ma part j’ai pas su le faire assez vite, ce qui m’a pas mal abattue pendant un temps. A te lire, je suppose que tu as su rebondir et sûrement plus rapidement que moi ! En tout cas bravo pour ta réussite, quelle qu’elle soit !

  2. Je pense que beaucoup de personnes vont se reconnaître dans ton témoignage, dont moi et je dois dire que cela m’attriste un peu. Ce qui m’attriste c’est que nous sommes beaucoup à vouloir comme objectif de faire du 38, de faire du 36, d’être dans les normes. J’ai eu un peu le même objectif que toi à une période de ma vie mais maintenant que je l’ai atteint, je n’ai pas l’impression d’avoir réussit quoi que ce soit. Je ne ressent pas de satisfaction. Si parfois quand je me dit que j’ai perdu tant de poids mais j’ai tout de suite embrayé sur d’autres objectifs, comme si je n’étais pas assez bien. Je pense que cela me pèse un peu dans la vie de tous les jours, tu disais que tu arrêtais de te battre contre les autres et que tu te battais contre toi, je pense que se battre contre soi même est encore plus épuisant dans le sens ou parfois nous pouvons être très dur avec nous même, là où notre entourage peut être beaucoup plus clément et parfois même plus objectif que nous. Je trouve que se remettre au sport et d’adopter une vie saine est une très bonne chose et le sport me fait m’améliorer sur ma persévérance et m’a apporté beaucoup. Je pense que vouloir se dépasser, repousser ses limites est une bonne choses mais cela peut nous inciter à nous rabaisser et c’est pour ma part ce que j’ai tendance à faire quand je n’arrive pas à faire telle ou telle chose. Dailleurs ourquoi faire spécifiquement du 38? Pourquoi pas du 40 ou du 42 ? Pour ma part je trouve que nous sommes trop exposé à des corps parfait surtout en ce moment où les corps athlétiques pullulent de partout sur les réseaux sociaux comme étant la norme et cela pose de nombreux problèmes. Tu citais que le plus important est le chemin parcourut et non la destination, c’est une vision qui est juste car de mon point de vue il vaut mieux s’aimer pour avoir essayer, avoir échouer beaucoup, se poser des questions avoir eu des doutes et s’être au final relevé que de s’aimer pour une taille de jean. La taille de jean on s’en fou. Tout ça pour dire que ton article m’inspire beaucoup x), qu’il soulève bon nombre de problèmes qui touchent les femmes, les hommes, les jeunes et les vieux et je dirais qu’il ne faut pas toujours être trop dur avoir nous même, être conscient du chemin que nous avons parcourus et que si nous avons à cœur de changer il faut le faire pour nous et pas pour une taille de jean. Je ne dit pas du tout ça pour juger ton objectif que tu décrit comme superficiel, nous le faisons tous, je pense que comme tu l’as dit tu avais cette volonté de redevenir la personne sportive et forte que tu avais été par le passé et en fait c’était peut être l’objectif que tu cherchais depuis le début. Peut être était-ce un objectif trop vague pour un début, en tout cas tu peux être fière de ton parcours. C’est moi meme pour ca que j’ai voulu reprendre ardemment le sport, car mon physique de l’époque ne correspondait pas avec la fille très sportive que j’étais et étant très fan de manga et de super héros j’ai eu envie de ressembler aux héroïnes et aux héros qui m’ont toujours fait vibrer…. bref ! Mon commentaire est un peu long, mais c’est un sujet très intéressant! Peut être pourras-tu écrire à nouveau sur cette thématique à l’avenir ? :p

    1. Un témoignage n’est jamais trop long ^^ ! Merci Wolfane ! « Pourquoi du 38 ? » est une très bonne question. Pour moi c’est une taille qui symbolisait la normalité je pense, et surtout une taille que je pensais ne jamais refaire à nouveau. C’étaient deux arguments suffisants pour que ça devienne mon but. A cette époque je courais beaucoup après cette notion (complètement fausse d’ailleurs) de normalité, parce que je ne me considérais pas comme telle. Le plus étrange est que ce sentiment est vraiment venu de moi, car j’ai eu la chance de ne jamais avoir subi ni moquerie ni méchanceté quelconque de la part des autres à ce niveau là.
      Je suis contente de lire que tu t’es aussi relancée dans le sport ! Ça a porté ses fruits ?
      La thématique sera abordée de nouveau en filigrane sous des aspects différents, oui ! J’apprécie vraiment de pouvoir partager mes ressentis pour avoir des retours d’expérience qui me permettent à nouveau de réfléchir sur mon propre parcours. C’est très salvateur !

  3. Tout cela est pour moi encore vague, mon problème à moi est plus sentimentale, j’ai beaucoup de mal à me détacher de mes anciennes relations mais la recherche de but reste en soit la même, pour ma part je n’arrive jamais à trouver un but pour me faire avancer, je reste emprisonné dans ce futur auquel je tiens et duquel je ne veux pas me détacher.. j’ai peur d’avancer, de prendre une mauvaise direction, de faire de mauvais choix, je me remet sans arrêt en question et de ça je ne me fixe pas de but, je n’ai aucune motivation pour améliorer mon mode de vie, j’ai déjà tenté plusieurs fois de me mettre au sport mais rapidement ma remise en question prend le dessus.. je ne trouve pas ce qu’il me faut pour avoir le déclic pour laisser les souvenirs à leurs place de souvenirs, je les gardes en moi comme s’ils restaient mon quotidien, la vie que je continue de mener.. bref, je suis mal placé pour pouvoir donner des conseils mais si je pouvais dire qqch c’est que la vie est un éternel combat et qu’il de vouloir la gagner il faut survivre à chaque round, continuer à ce battre et croire en soit !
    Bizarrement ça fait du bien de pouvoir déballer ce qu’on pense, ce qu’on a au fond de soit et qu’on ne sais pas à qui en parler 🙂
    Continu à te battre, crois en toi, quoi qu’il arrive, qu’importe les choix que tu fera ils ne seront jamais négatif, soit ils amélioreront ton quotidien, soit ils deviendront une lesson a new pas refaire.
    Je te souhaite une bonne journée Merry, prends soin de toi 😉

  4. Perso j’ai le contraire de ton problème à savoir que ne voulant pas me fixer d’objectif comme tu dit superficiel et ne sachant pas quoi faire de « meaningful » de ma vie, et bien je n’ai pas particulièrement de but et suis en mode « wait and think ». Mais comme il a été dit, l’important est la façon dont tu as évolué pour atteindre ton but et non le but en lui-même.
    Quels que soient les choix que tu feras et choses que tu vivras lors de ce cheminement, ils ne seront jamais perdues. Cela fait de nous (à condition de cogiter un minimum) des personnes non pas meilleures mais plus réfléchies. Après, si tu te sens perdue sur la suite des événements, ma façon de faire est la suivante: j’essaie d’échanger avec les personnes que je croise, que je côtoies. Et dans tout ce qui m’est proposé je fais le tri et fais mien ce qui peut m’aider à avancer dans la vie ou soutenir une cause qui m’est chère. Certes je n’ai pas de but en soi (qui selon moi est une espèce de pression sociale gigantesque que chacun se colle pour donner un sens à son passage sur Terre) dans ma vie mais j’essaie de me construire petit à petit au fil de mes expériences tout en étant cohérent avec moi même (je n’ai jamais aimé être considérée comme faisant parti de tel ou tel groupe même si c’est inévitable).

    Je ne sais pas si tout est clair ou sensé, mais tout ça pour dire que j’ai (encore) hâte d’entendre la suite. 🙂

    Khal_Butt.

  5. Salut Merry, voici les pensées qui me viennent en lisant ton article :

    Et si le/les but(s) n’était là que pour mobiliser notre énergie dans un certain espace/temps ? La motivation, l’impulsion …
    On remplit notre réservoir de volonté et d’énergie d’un carburant d’une qualité dépendant de la pureté/force de notre intention.

    Ensuite, au cours du « voyage » les informations que l’on va traiter vont modifier nos connaissances dans divers domaines, qui vont surement rendre le but de départ, plus flou, différent, voire meme obsolète.

    Le carburant qui nous boostait au début va peut etre perdre de son efficacité.

    Enfin en ce qui concerne la satisfaction du but atteint :
    – une satisfaction modérée nous donne confiance à nous engager dans les prochaines batailles/décisions/buts
    – une satisfaction exagérée et une hyperfocalisation sur le but, limite notre capacité à reconnaitre les découvertes/apprentissages qu’on a fait malgré un échec apparent du but initial. De plus, un effet de manque vient à la fin car on s’est attaché tellement à ce but qu’on en a oublié le vide apparent de sens de la vie. Et ça nous revient en plein dans la figure.

    Ma synthèse :
    – clarifier nos intensions de façon à mettre à jour la qualité de notre carburant
    – accepter de faire des détours voire meme de sauter sur un autre but si nos intensions nous y porte
    – ne pas oublier le « vide » et l’absence apparente de sens de la vie
    – étudier nos comportements automatiques avec la méditation par exemple
    https://www.headspace.com/
    https://www.petitbambou.com/

  6. « Alors. Un but inatteignable. Ça pourrait se résumer en une phrase. Vivre une vie « normale ». Mais je vais développer.
    Je suis né grand prématuré, donc je suis handicapé depuis toujours. Et même dans un pays « riche » comme la France, vivre avec un handicap c’est un vrai parcours du combattant.
    Dans les grandes lignes, je ne peux pas du tout marcher, et j’ai de gros problèmes de dos (douleurs, etc.). Tout ça et plus encore entraîne malheureusement une forte dépendance au quotidien (avoir besoin d’aide pour s’habiller et se lever, notamment)
    Depuis mon adolescence j’ai perdu énormément d’opportunités à cause du handicap. Que ce soit au niveau voyages, activités en tous genres, pour lesquels l’orga peut vite tourner à l’enfer avec un handicap, corrélé au coûts financiers (j’ai jamais pu partir en vacances avec des amis, par exemple) et je suis célibataire depuis toujours, et oui, je suis certain que le handicap en est la cause. En effet, le handicap complique énormément ma vie perso. Niveau pro ça demande de l’organisation mais en définitive, c’est moins galère. Même si ok, j’aime mon boulot, mais ce n’est pas une passion, j’ai fais un choix de stabilité. Je pense en effet que le travail fait partie d’un tout, d’un équilibre, handicap ou non. N’étant pas carriériste, ce confort que ça peut m’apporter ne se traduit pas forcément en la liberté que je cherche tellement au quotidien. Toujours devoir planifier à l’avance ça a son côté pratique, mais ça enlève la spontanéité de la vie.
    Parce que même en 2017, l’accessibilité de pleins de lieux publics (bars, restaurants, etc.) laisse à désirer, et ça prive malheureusement de certaines interactions sociales.
    Concernant le célibat, on pourra dire ce qu’on veut mais il faut admettre que le handicap ça freine beaucoup les possibilités de relations intimes, même quand on se montre sous son meilleur jour. Le handicap, à raison ou non, fait peur, et on reste, l’éternel ami, rien de plus. Et ne jamais avoir plu à quelqu’un, ça fait d’autant plus mal à l’image de soi. J’ai encore quelques amis, mais cela ne me comble pas en matière affective.
    Oui, je ne sais pas ce qui se passera à l’avenir, mais j’ai vraiment l’impression d’avoir été privé d’une « vraie » adolescence avec sorties entre amis, etc.
    Mes passions : le ciné et les séries m’aident à tenir au mieux cela dit, même si c’est pas toujours simple de continuer à lutter.
    J’ai réussi à m’intégrer au mieux à la société après de nombreuses luttes et sacrifices, mais il reste un long chemin à parcourir avant d’arriver à la plénitude.
    Même si ça peut paraître comme étant le contraire, aucune volonté de misérabilisme ici hein, juste envie, un besoin, de partager cela.
    Des bisous. »

    Max

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