LIVRE | LA PASSE-MIROIR : Mon âme de lectrice ravie par les aventures de la liseuse

La Fantasy et moi, c’est une drôle d’histoire passionnelle.

Amoureuse des livres dès le plus jeune âge, la découverte de la saga Harry Potter en 1999 a marqué un tournant décisif dans ma vie de jeune lectrice. Peu de temps après – pour patienter entre deux rentrées à Poudlard – je suis également tombée amoureuse de l’univers de Philip Pullman en tombant le nez le premier dans sa trilogie A la Croisée des Mondes. J’ai consommé quelques titres indépendants de fantasy mais finalement, après  la conclusion de la saga de J.K.Rowling à mes 17 ans, plus rien.

Si les univers imaginaires m’ont fait voyager et rêver avec une puissance jamais égalée jusqu’alors, je me suis réfugiée en grandissant dans mon goût pour le roman social, le théâtre et les classiques des littératures de toutes origines. Mes études universitaires et les années passant n’y sont pas pour rien et oui, j’ai totalement délaissé la fantasy tant chérie à l’adolescence.

Mais je n’ai perdu en rien ma curiosité.

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Avant 2013, Christelle Dabos écrit. Plutôt bien apparemment car sa communauté d’auteurs-lecteurs de La Plume d’Argent l’encouragent à se lancer dans l’aventure du roman et de l’édition. Sur ces bons conseils, elle s’exécute. Avec brio.

En 2013, Christelle Dabos publie chez Gallimard Jeunesse son premier roman Les Fiancés de l’Hiver, point de départ de sa carrière d’écrivain et d’un cycle de romans de fantasy en 4 volumes intitulé La Passe-Miroir. En 2015, elle publie le second tome sous le titre des Disparus du Clairdelune. L’année dernière, elle publiait le troisième tome, La Mémoire de Babel, encore inconnu à ma bibliothèque. Le quatrième tome est en cours d’écriture.

Après avoir offert aux lecteurs les plus enthousiastes et impatients de sublimes éditions grand format de cette saga, Gallimard Jeunesse édite depuis 2016 un format poche. A ce jour, vous pouvez aisément glisser les deux premiers tomes de la série dans votre sac. Ces deux derniers m’ont tenu chaudement compagnie ces derniers temps et c’est avec grand plaisir que j’écris sur mon retour réussi à la fantasy !

RÉSUME :  Sur Anima, Ophélie, jeune femme myope et maladroite, exerce avec légèreté et délice ses extraordinaires talents de passe-miroir et de liseuse : elle est en effet capable de se déplacer de miroir en miroir et de lire le passé des objets en les touchant. Fiancée par sa famille à Thorn, grand homme froid du clan des Dragons, elle doit quitter à grand regret son Arche pour le suivre et rejoindre la Citacielle, capitale flottante du Pole. Elle fait la découverte du monde de la cour et comprend qu’elle est devenue, malgré elle, un pion au sein d’un dangereux complot …

SUR L’ARCHE DE LA FANTASY : UN UNIVERS PITTORESQUE ET FASCINANT 

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Dès les premières pages, il flotte entre les lignes de La Passe-Miroir une odeur de vieux livres, de légendes anciennes et de mondes encore jamais explorés. Christelle Dabos déplie un univers foisonnant d’étrangetés et de cultures intrigantes. Le monde d’Ophélie a connu il y a de nombreuses années une Déchirure, divisant les hommes sur des territoires nommés Arches, sortes d’îles en suspension dans les cieux. Chacune d’elle est gouvernée par un Esprit de Famille, une figure semi-divine immortelle et dotée de pouvoirs extraordinaires propres à chacun. Sur ces Arches, plusieurs familles nobles cohabitent et exercent leurs pouvoirs spécifiques pour défaire leurs ennemis.

La Passe-Miroir fait donc la proposition singulière d’un univers à mi-chemin entre la fantasy, le steampunk et la cour royale : les délicats corsets, les élégantes queues-de-pie, les hauts de forme et les ombrelles se mêlent à la magie, présente dans les moindres recoins. Les objets s’animent et les illusions s’entremêlent dans chaque quartier et chaque salle de la Citacielle. Les jeux de masque et les intrigues politiques s’y épanouissent tout naturellement et créent un cocktail original addictif.

Par ailleurs, Christelle Dabos est une amoureuse des livres et de la littérature et cela se voit. L’univers construit autour d’Ophélie est marqué par l’influence des mythes, en attestent la légende de la Déchirure qui n’est pas sans rappeler l’épisode de la Tour de Babel dans la Bible, ou encore, les Esprits de Famille qui portent des noms empruntés à des divinités connues, tels qu’Artémis ou Odin. Les romans fourmillent également de petites références littéraires. Si cela relève du détail, cet amour pour les livres et les histoires ainsi distillé dans cette série apporte ce petit je-ne-sais-quoi auquel, moi lectrice, suis sensible.

L’univers fantastique de Christelle Dabos brille par son originalité et sa richesse, et ses portes s’ouvrent généreusement pour nous, lecteurs.

UNE INTRIGUE QUI MONTE EN PUISSANCE 

Tout commence autour d’un cliché littéraire un peu ancien : Ophélie, jeune femme autonome, se voit marier contre sa volonté à un inconnu dans le cadre d’un accord tacite entre deux familles nobles.

Le début du premier tome s’attarde sur le départ d’Ophélie vers la Citacielle, ses sentiments – et surtout ressentiments – pour son futur époux Thorn et sa famille. Si je comprends l’importance de prendre le temps de mettre en place un univers, les premiers chapitres m’ont paru un peu longs et mon entrée dans le monde de La Passe-Miroir s’est fait avec une petite réserve. Mais une fois arrivée à la Citacielle et partie à la découverte de ses mystères, l’histoire d’Ophélie prend une toute autre tournure : les préoccupations sentimentales cèdent la place aux basses manigances et aux grands complots politiques . La réelle intrigue de la saga se met alors en place et se fait bien plus croustillante qu’elle n’y paraissait au premier abord ! A partir de là, tout s’enchaîne et on se trouve pris dans le tourbillon de l’action et totalement absorbé par les jeux de galanterie et de machination qui se tissent.

Comme une bonne série littéraire, l’intrigue se gonfle, se complexifie et ébruite des promesses de révélations émoustillantes dans ses petits détails. Il ne faut donc pas craindre le rythme plus lent des premiers chapitres mais se laisser porter et laisser venir  à soi une intrigue qui vous fera regretter d’arriver – déjà ! – à la fin de votre livre !

OPHÉLIE : PETITE « LISEUSE », GRANDE HÉROÏNE

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Illustration de MISS HOLLY – Where the blossom blooms

Ophélie, petite brune aux yeux myopes, dépourvue de tout sens du style et légèrement misanthrope, est notre héroïne et notre guide dans cet univers fantastique. Bien que dotée de grands pouvoirs comme celui de lire les objets, les animer ou encore, voyager à travers les miroirs, Ophélie est une jeune fille calme, discrète et très peu sûre d’elle. Une héroïne qui saura donc parler à la part sensible en nous et apparaître sous un jour sympathique.

Néanmoins, je dois l’admettre, si ce personnage me touche, sa maladresse excessivement maladive et sa passivité empotée m’ont au départ surprise et irritée. C’est le jeu de ce genre de saga, je le sais : l’héroïne va grandir et mûrir grâce aux aventures qu’elle va vivre en dehors de son cercle familial réconfortant et ainsi passer de l’enfance à l’âge adulte. C’est un fait, c’est comme ça qu’on construit des romans initiatiques, de fantasy ou d’autres genres. Toujours est-il que la candeur exacerbée et moi ne sommes pas amies en littérature.

Mais ce n’est pas grave, car là encore, La Passe-Miroir nous réserve bien des surprises et a de la profondeur à revendre. Une fois extraite de son Arche – et de l’emprise de son horrible mère -, Ophélie commence enfin à se rebeller et à prendre des décisions par elle-même. On découvre alors une jeune femme, gentille, intelligente, téméraire et avide de percer les mystères de son monde. Totalement désintéressée des histoires de cœur et vertueuse en toutes circonstances, elle s’engage dans le combat pour la vérité et la justice, indispensable au bonheur de ses proches bien au-delà des considérations sentimentales, et donc, bien au-delà des clichés sur les jeunes femmes (cliché d’ailleurs illustré avec le personnage d’Agathe, sœur d’Ophélie, grande coquette soucieuse de son apparence et qui ne s’accomplit qu’à travers son mariage).

Son association avec Thorn va donc se muer en un duo électrique et dynamique plutôt qu’en un couple – du moins, pour le moment. L’un et l’autre, peu ravis de ce rapprochement forcé, vont finalement parvenir à s’unir et s’entendre, entre quelques conflits, dans une grande mission dont j’attends maintenant de connaître le dénouement avec impatience …


Les deux premiers tomes de La Passe-Miroir m’ont régalée et ainsi rappelée à de vieux souvenirs de lecture ! Quel plaisir de pénétrer dans un nouvel univers magique aussi riche et original que celui qui a germé dans l’esprit de Christelle Dabos ! La magie pénètre partout : dans l’action et les décors de l’intrigue, entre les lignes du roman et dans l’esprit du lecteur. Les aventures de la « petite liseuse » m’ont déjà convaincue et sont encore très prometteuses. C’est avec une impatience non feinte que j’attends la parution du 3ème tome en format poche et celle du tome final afin de compléter ma collection, et surtout, de poursuivre un voyage des plus doux.

 

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d'horreur.

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