LIVRE | LES SORCIÈRES DU CLAN DU NORD (1&2) : Histoires d’amour et d’amitié ensorcelantes

Partie ces derniers temps à la redécouverte de mondes magiques, et gonflée à bloc dans ma recherche par la lecture envoûtante des premiers tomes de La Passe-Miroir, j’ai vaillamment poursuivi ma quête d’univers imaginaires propres à me faire voyager et me plonger dans des sommeils animés de rêves autrement plus cool que ceux où je ne parviens pas à m’habiller – la vie est une fatalité jusque dans la garde-robe de mon inconscient.

Pour m’accompagner dans cette aventure, Gallimard Jeunesse m’a fait le don de deux livres aux couvertures aussi belles qu’intrigantes signées Antonin Faure : les deux tomes de la saga Les Sorcières du Clan du Nord, écrits par Irena Brignull qui effectue avec cette série fantastique ses premiers pas en tant qu’auteure pour la jeunesse.

Le Sortilège de minuit (tome 1) est sorti en grand format en 2017. En 2018, il est réédité par Gallimard dans un format poche, pratique à emporter partout, celui que j’ai reçu. Quelque soit la taille que vous choisissez, ce premier tome est une porte d’entrée sur le monde magique imaginé par Irena Brignull : dans une Amérique contemporaine, Poppy, adolescente rebelle, cause bien des tracas à ses parents, des événements étranges ayant toujours lieu en sa présence. De son côté, Clarée, jeune fille discrète et innocente, ne parvient pas à trouver sa place au sein de la communauté des sorcières dans laquelle elle vit, ses dons de sorcellerie semblant inexistants. Le jour où les deux adolescentes se rencontrent, une grande amitié naît et une évidence commence à se dessiner : leurs places dans l’univers semblent avoir été échangées.

La Reine captive (tome 2) vient lui tout juste de paraître dans son grand format. Vous pouvez ainsi le trouver aisément sur les présentoirs de votre librairie préférée. Comme tout bon deuxième tome, il raconte bien sûr la suite des aventures de Poppy et Clarée. Il diffère légèrement du tome 1 dans sa narration, chaque chapitre se concentrant sur un personnage de l’histoire.

UN MONDE DE MAGIE FEMININ

Avec ses Sorcières du clan du Nord, Irena Brignull renoue avec l’imagerie traditionnelle de la sorcellerie. Les sorcières sont ici uniquement des femmes – les grossesses de garçons n’étant, volontairement, jamais menées à terme – vivant en communauté fermée, secrète et recluse au milieu de la forêt. Elles se tiennent à l’écart du monde des hommes qu’elles tiennent en horreur et redoutent, ce dernier les ayant faite passer sur le bûcher pendant plusieurs générations. Elles tirent donc leurs pouvoirs magiques de leur ancestral lignage féminin et de la Nature qui leur prodigue tous les ingrédients nécessaires à la réalisation de sortilèges, de potions, d’onguents ou de malédictions.

Avec cette vieille imagerie, Irena Brignull fait du neuf. Contrairement à d’autres saga construisant des univers complexes et originaux, l’auteure pose ici des bases simples à son univers : deux mondes qui s’opposent, celui des humains ordinaires (les « ivraies » pour les sorcières) et celui des sorcières. L’entrée dans cette saga se fait donc avec aisance. On goûte avec plaisir à un univers que l’on connaît déjà bien et on se laisse surprendre par ses particularités et sa nouvelle mythologie créées par l’auteure.

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Dans ce monde magique, les personnages féminins sont mis à l’honneur ! Les sorcières évidemment, sont des figures puissantes par leur grande intelligence et connaissance du monde mais aussi, par leur force de caractère, leur autonomie et leur détermination. Poppy, l’adolescente rebelle aux pouvoirs longtemps insoupçonnés, est ainsi une chouette héroïne pêchue par sa force de caractère et sa fougue. La gentillesse, la générosité et la douceur sont aussi représentées et mises en valeur à travers des personnages plus calmes et discrets comme celui de Clarée, constamment opposé à celui de Poppy : si les sorcières sont fortes, fermes et dures, la jeune femme dispose d’autres qualités et prédispositions qui font aussi d’elle, une héroïne. Plus ordinaire, moins exceptionnelle car dénuée de dons surnaturels, mais une héroïne tout de même. L’oeuvre met ainsi en avant des figures féminines variées qui trouvent chacune un important rôle à jouer.

L’AMOUR : LA PLUS GRANDE DES MAGIES

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Cette série jeunesse n’échappe pas à la thématique de l’amour : comme la magie, l’amour transpire entre les pages et s’immisce dans les moindres recoins d’intrigue.

L’amour maternel, d’abord, occupe une place centrale dans les deux tomes des Sorcières du Clan du Nord. Échangées à la naissance, Poppy et Clarée ont grandi aux côtés d’une mère qui n’est pas réellement la leur, et pourtant, malgré quelques doutes, l’amour l’emporte. L’amitié complice, ensuite, est présentée comme essentielle : elle permet à Poppy et Clarée de découvrir leur véritable identité, d’épouser de nouvelles vies, plus en adéquation avec elles-mêmes, dans l’entraide et l’affection. L’amour avec un grand A enfin, concentré autour de l’unique figure importante masculine des livres, Léo, est lui présenté comme un enrichissement profond et un sentiment qui permet de sortir de soi et se dépasser.

Ainsi, les héroïnes apprennent la magie et l’amour à la fois. A travers leurs aventures, elles grandissent, mûrissent et deviennent plus fortes ensemble.

Ce passage de l’enfance à l’âge adulte est également figuré par l’écriture des personnages qui semblent souvent hésiter entre l’enfance et l’âge adulte : tantôt innocents et naïfs, tantôt capables d’assumer de grandes responsabilités et de faire preuve d’un grand courage, ce contraste entre des comportements enfantins et matures déconcerte parfois. Cela m’est personnellement apparu un peu maladroit – les héroïnes ont tout de même 15-16 ans et sont, au début de la série, plutôt ingénues. Néanmoins, je lis aussi dans cette oscillation entre l’enfance et l’âge adulte une hésitation qui existe bel et bien dans la réalité et qui ne fait que traduire la difficulté de grandir.

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Les Sorcières du Clan du Nord est une jolie découverte ! Son univers magique « à l’ancienne » et pourtant moderne fonctionne et transporte. Les deux figures centrales, Poppy et Clarée, sont deux modèles féminins attachants, témoins d’une dualité entre deux mondes qui intrigue. L’aventure est riche en action et en émotion. Je regrette seulement une narration par moments trop rapide. Oui, le rythme est soutenu et l’intrigue avance sans jamais rencontrer de temps morts, mais, mon intérêt pour cette histoire me donnait envie d’y passer plus de temps et d’en savoir encore plus. J’aurais ainsi aimé que certaines dimensions de l’intrigue soient davantage développées. Pour autant, les deux tomes des Sorcières du Clan du Nord sont deux agréables moments de lecture dont on ressort léger et enchanté.

 

 

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d'horreur.

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