LIVRE | Pourquoi lire de la littérature de jeunesse et LA COURTE HISTOIRE DE LA FILLE D’À CÔTE ?

Comme vous l’avez peut-être remarqué, Gallimard Jeunesse me propose depuis le début de l’année de découvrir les nouveautés de leur collection. C’est avec curiosité et excitation que je choisis dans leur catalogue les titres qui retiennent mon attention, et c’est avec surprise et délectation que je trouve également dans ma boite aux lettres des livres que je n’avais pas retenu mais que Gallimard juge pertinent de me faire découvrir. Moi, vous savez, je ne suis pas difficile : quand on m’offre un livre, je saute de joie et je le lis ! Bref, Gallimard me gâte.

J’ai lu nombre de romans jeunesse dans ma propre jeunesse, la vraie, celle avec les petits boutons sur le front, la frange grasse et un baggy avec trop de poches. Faute de style, je ne manquais au moins pas d’amour pour les livres, et la littérature de jeunesse a occupé une place de choix dans mon cœur quelques années durant (Big up Harry Potter et A la Croisée des Mondes pour ne pas faire dans l’originalité). Avec mes études littéraires, j’ai longtemps délaissé cette littérature au profit des œuvres que je découvrais au fil de mes années de licence et de master, et ces dernières ne laissaient que peu de place à la littérature pour adolescents et jeunes adultes, pour ne pas dire aucune.

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Mais pourquoi – Diable ! – accepter de gober à nouveau des centaines de pages de romans pour la jeunesse à l’approche de la trentaine ? 

, peut-on se demander sur un ton plus agressif que passif.

En réalité, si la question se pose, c’est que la littérature de jeunesse, malgré des évolutions, se traîne encore une mauvaise réputation de mauvaise littérature. Pour beaucoup, la littérature de jeunesse pourrait se résumer à des romans moins bien écrits, moins profonds, avec moins de vocabulaire, plus de guimauve et trop de héros adolescents clichés insupportables, qui aurait pour unique but de faire pratiquer de temps en temps la lecture à des adolescents qui préfèrent tout un tas d’autres choses à un livre. Or, il n’en est rien.

Les romans de jeunesse ne sont pas les petites roues de la littérature classique ou contemporaine, les romans de jeunesse ne sont pas débiles et mauvais – certains oui mais on trouve de vilains petits canards dans toutes les rangées de librairies -, les romans de jeunesse ne sont pas que pour les adolescents, parce qu’en fait :

La littérature de jeunesse est un genre littéraire comme un autre. 

Vous lisez des polars ? Des œuvres de science-fiction ? D’autres lisent des romans de jeunesse !

Comme tout autre littérature, les romans pour la jeunesse, qu’ils soient des romans réalistes ou de l’imaginaire, abordent une grande variété de thèmes, des plus classiques – les relations familiales, l’amitié, l’amour, la découverte et le dépassement de soi – aux plus sensibles – la mort, le deuil, la maladie, la maltraitance, le viol … Les romans de jeunesse ne bâtissent pas des mondes à l’abri de la réalité, bien au contraire, ils sont des outils pour lire et décrypter cette réalité, aussi sordide soit-elle parfois. Le style n’est pas absent, bien au contraire, on lit des plumes très agréables et des proses très étudiées en littérature de jeunesse aussi. Images et métaphores sont très présentes dans ces écritures.

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Alors oui, il est vrai que le héros est toujours un adolescent ou un jeune adulte et que le roman se passe de son point de vue. Il est vrai aussi que le vocabulaire n’est pas trop pointu pour assurer la bonne compréhension globale de l’oeuvre pour des plus jeunes – en même temps, vous lisez beaucoup de romans qui demandent la consultation régulière du dictionnaire ? Mais en tant qu’adulte, l’adolescence, on connait, et ce n’est pas désagréable de se replacer dans cette position et ce regard le temps d’un livre. Et les thématiques abordées et interprétées par une voix adolescente ont toutes les chances de résonner dans nos vieux cœurs.

Aujourd’hui, les œuvres de jeunesse parviennent de plus en plus briser la frontière pour devenir une littérature pour tous. Le succès d’une saga transgénérationnelle comme Harry Potter en atteste depuis plusieurs années. Par ailleurs, l’exemple de La Passe-Miroir de Christelle Dabos est parlant : la saga est à la fois disponible en édition Jeunesse chez Gallimard mais aussi, en format de poche classique sans mention « littérature jeunesse » chez Folio.

Il ne faut donc pas avoir peur, ou pire, honte, de lire de la littérature de jeunesse à l’âge adulte. Je vous assure, il s’y passe plus de choses profondes, touchantes et matures qu’on ne le croit. Mais puisque rien ne vaut un exemple éloquent, en voici justement un.

LA COURTE HISTOIRE DE LA FILLE D’À CÔTE : PARFAIT EXEMPLE DE LA PARFAITE LITTÉRATURE DE JEUNESSE

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La Courte Histoire de la fille d’à côté est un roman de Jared Reck destiné au lectorat de 13 ans et plus. Et pourtant, du haut de mes 28 ans, j’ai savouré ce livre de la première phrase à la dernière et je me suis laissée submergée à plusieurs reprises par l’émotion contagieuse que renferme ce petit bijou de littérature jeunesse – Oui, ça veut bien dire que j’ai pleuré à plusieurs reprises, faible de moi.

Résumé : Matt connait Tabby par cœur : ils sont voisins et meilleurs amis depuis leur plus jeune âge. En grandissant, Matt est devenu fou amoureux de Tabby et Tabby est tombée amoureuse de Liam. Matt se sent piégé dans une mauvaise comédie romantique et réfléchit à la meilleure stratégie à adopter pour l’emporter dans ce triangle amoureux. Mais un événement tragique va bouleverser tous ses plans …

A partir d’ une banale histoire de jeune garçon amoureux d’une fille à qui il n’ose pas avouer ses sentiments, Jared Reck parvient à nous faire sourire et nous émouvoir dans le même temps. Il retrace les années d’amitié et de complicité de Matt et Tabby : tous les souvenirs importants dans la vie de Matt sont imprégnés de la présence de sa meilleure amie. Nous sommes invités à assister à la douceur d’une vie enfantine et adolescente faites d’instants heureux et on prend rapidement plaisir à observer sans perturber le déroulement d’une vie teintée de bonheur. Reck a su rendre ces instants précieux tant pour Matt que pour le lecteur. Aussi, lorsque la deuxième partie du roman commence suite à un événement fortement perturbateur et perturbant, on vit avec les personnages le désarroi et la peine profonde qui les visitent soudainement. Reck bouleverse la vie de ses héros et mais aussi la lecture de son lecteur.

La Courte Histoire de la fille d’à côté fait plonger dans les bonheurs et le drame du quotidien. Il expose avec humour, délicatesse et finesse les émotions de personnages aux prises avec des sentiments puissants. Même si Matt se montre gauche et immature, on s’attache inévitablement à ce garçon amoureux de sa voisine, et on assiste avec empathie et compassion à son histoire. Le roman de Jared Reck est un très beau livre sur l’amour, le deuil et l’importance d’être conscient de son bonheur présent. A mettre entre toutes les mains, accompagné d’un paquet de mouchoirs pour les plus sensibles.

 

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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