LIVRES | NOS VIES EN MILLE MORCEAUX et LE JAZZ DE LA VIE : De la musique pour se souvenir, guérir et grandir

S’il est une consolation universelle, c’est bien la musique, et ça, la littérature l’a évidemment compris ! – les livres étant eux-mêmes de fervents consolateurs pour qui apprécie leur compagnie.

Avec Nos Vies en Mille Morceaux et Le Jazz de la vie, Gallimard Jeunesse propose cet été de découvrir deux tranches de vie adolescentes où la musique occupe un premier rôle de choix : tantôt amie, tantôt simple accompagnatrice, parfois arme redoutable contre les aléas du présent et du passé, elle permet à nos héros de sublimer et s’affranchir de leurs souffrances, et à devenir une version plus mélodieuse d’eux-mêmes. Lecteurs, mélomanes ou lecteurs mélomanes, jetez donc un œil – et une oreille.

NOS VIES EN MILLE MORCEAUX de Hayley Long

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Griff et Dylan, 13 et 15 ans, fils de globe-trotteurs, voient leur monde s’effondrer après le tragique accident de voiture qui emporte leurs deux parents à la fin de l’été. Désormais orphelins, ils quittent New-York pour rejoindre une petite bourgade du pays de Galles où une tante et un oncle qu’ils n’ont jamais vu ont accepté de les accueillir. Dylan, le grand frère, reste en retrait et se sent chargé de veiller sur Griff que le traumatisme et le deuil ont laissé solitaire et muet. Des rencontres, les animaux et la musique vont progressivement l’aider à se libérer et à reprendre sa vie. Par ailleurs, de nombreux souvenirs aux quatre coins du monde refont surface dans l’esprit de Dylan, lui rappelant le bonheur passé.

Avec ce premier roman pour adolescents, récompensé par le Mal Peet Children’s Book Award 2017, Hayley Long nous plonge dans une histoire tendre et forte à la fois. La narration alterne entre scènes du présent pesant, surpeuplé d’émotions difficiles à démêler et brides d’un passé heureux, empreint de douce nostalgie. Le présent est évidemment le temps du deuil et de la peine : les adolescents affrontent ensemble, repliés sur eux-mêmes, une nouvelle vie pleine de vide en comparaison à leurs souvenirs si riches. La poésie et l’humour – omniprésents et utilisés avec finesse – leur permettent de traverser les épreuves, mais seule la musique est encore capable d’illuminer leurs cœurs. Les albums préférés de leurs parents constituent la bande originale de leur nouvelle vie et du roman, et c’est elle, la musique, qui les poussera vers de nouvelles rencontres, de nouveaux moments heureux et une nouvelle bande son pour le futur.


Nos Vies en Mille Morceaux m’a sincèrement touchée et émue aux larmes. Ce roman traite avec esprit et justesse du deuil et met en scène de façon vivante et moderne la capacité incroyable de l’humain à s’adapter et aller de l’avant. On s’attache rapidement à ces deux garçons et on prend un tendre plaisir à voir leur vie se remplir à nouveau petit à petit. Les souvenirs et la musique bercent cette triste histoire mais sont aussi les garants d’un avenir où le bonheur est possible. Avec eux, nos deux héros apprennent à accepter le présent et à s’en remettre au Temps pour panser leurs blessures. Ce beau roman s’achève sur un twist théâtral bouleversant, le rendant difficile à oublier et ne faisant que confirmer qu’il est un véritable petit objet de poésie.

 

LE JAZZ DE LA VIE de Sara Lövestam

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Steffi, 15 ans, l’âme sensiblement affûtée par le jazz et ses morceaux préférés de Povel Ramel – chanteur et pianiste suédois -, rêve de devenir un jour une grande musicienne qui a « le swing ». Seulement, « le swing », aucun élève ne semble l’avoir dans le collège de sa petite ville où Steffi essuie les moqueries et les insultes chaque jour. Un soir, alors qu’elle rentre seule après une journée décevante de plus, elle entend son morceau préféré s’échapper de la fenêtre d’une maison de retraite. Intriguée, Steffi entre et fait la rencontre d’Alvar, un vieil amoureux du jazz. L’homme raconte à l’adolescente la Seconde Guerre Mondiale, telle qu’il l’a vécue de Stockholm, de son amour pour la femme de sa vie et pour le jazz, et de sa carrière en tant que musicien. Cette amitié originale amènera Steffi à prendre en main sa future carrière de musicienne de jazz band et à supporter le harcèlement dont elle est victime.

Sara Lövestam n’en est pas à son premier roman et a déjà inscrit son nom dans le cœur de lecteurs amateurs d’intrigues policières à travers le monde avec Chacun sa vérité et Ça ne coûte rien de demander. Avec Le Jazz de la Vie, elle signe son premier roman pour adolescents. Cette relation entre une adolescente talentueuse mais introvertie et un vieil homme passionné, bourré d’images, de mélodies et de souvenirs intacts fonctionne à merveille et transporte pendant plus de 300 pages. Passé et présent s’entremêlent et se complètent dans cette narration. On explore parallèlement le quotidien de Steffi et la vie de jeune zazou d’Alvar. Chacun des deux héros apporte à l’autre ce qui lui manquait : un ami et modèle à imiter pour Steffi, une oreille attentive et un vent de fraîcheur pour Alvar. Le roman fait sonner le jazz entre les lignes. La musique est ici l’élément déclencheur de toutes les actions et ce qui anime les personnages, tant dans le passé que dans le présent. Il est une protection et un ami qui permet d’oublier la guerre ou les agressions verbales et physiques.


Pas de larmes cette fois mais un vrai petit coup de cœur pour ce premier roman jeunesse de Sara Lövestam ! L’amitié entre la jeune bassiste et le vieux zazou est chargée de bonnes énergies. On s’amuse et s’émeut des anecdotes d’Alvar, on croise les doigts pour voir la vie de Steffi changer et son avenir s’illuminer davantage. Même si la réflexion sur les différences sociales et leur origine, ce qui est censé expliqué pourquoi Steffi se fait harceler, m’a paru un peu décevante car simpliste, j’ai passé un très agréable moment entre ses pages où le jazz est contagieux. Ne pas hésiter à lancer un album de Duke Ellington ou Povel Ramel pour rythmer sa lecture.

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d'horreur.

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