LIVRES | Pourquoi vous devriez tous connaître SCOTT PILGRIM

Scott Pilgrim, ce nom vous rappelle peut-être quelque chose ? Un livre ? Un film ? Un jeu vidéo ? Les trois réponses sont correctes même si la première est la meilleure car c’est bien sur des pages noires et blanches que tout a commencé. Bryan Lee O’ Malley, auteur de comics canadien, publie entre 2004 et 2010 une série de six romans graphiques en noir au blanc dans un petit format souple proche du manga qu’il intitule sobrement comme son héros : SCOTT PILGRIM. L’engouement est énorme au Canada et aux États-Unis, malheureusement la France profite peu de l’influence de l’œuvre bien que celle-ci soit facilement trouvable en librairie. Forte de son succès, elle a d’ailleurs connu récemment une deuxième édition dans un format plus large, à couverture rigide, enrichie en croquis et notes de l’auteur, et surtout, en couleurs. Amateurs de beaux livres, jetez-y un œil.

IMG_3147
Nous, on est déjà un public conquis.

Les comics nous invitent dans la vie de Scott, jeune canadien paumé de 23 ans vivant à Toronto, sous le même toit et dans le même lit que son colocataire gay Wallace. Sans emploi, sans ambition et sans trop de courage, il se consacre à son rôle de bassiste dans le groupe Sex Bob omb qu’il a créé avec ses amis Stephen et Kim et à son tout nouveau rôle de petit ami aux côtés de Knives, lycéenne de 17 ans aussi immature que lui. Sa vie prend un tournant soudainement intéressant lorsqu’il rêve puis fait la rencontre de Ramona Flowers, jeune femme aux cheveux roses et capable de voyages en rollers par autoroute subspatiale fraîchement arrivée de New- York. Grâce à sa maladroite insistance, Scott parvient à convaincre Ramona d’accepter de sortir un soir avec lui, soirée qui sera le point de départ de leur relation amoureuse. Cependant, le bonheur de Scott est vite terni lorsqu’il apprend que pour pouvoir vivre heureux en couple avec Ramona, il doit vaincre ses sept ex-petits amis maléfiques…

UNE OEUVRE SANS COMPLEXE TOTALEMENT JOUISSIVE 

SCOTT PILGRIM, son univers fictionnel et graphique unique, est avant tout une œuvre du plaisir : décomplexée, elle se fait plaisir et nous fait plaisir. Elle signe la rencontre de personnages, de thématiques et de références qui ont tout pour constituer le panier garni rêvé d’une génération trentenaire bercée de fantasmes de vie aventureuse d’artiste et de vie amoureuse idéale.

55310_comics_ramona_flowers_scott_pilgrim

L’identité graphique de la série est sans nul doute le premier point d’encrage. Que ce soit en noir et blanc ou en couleurs, le dessin de Bryan Lee O’Malley est efficace pour accrocher et plaire à l’œil. C’est simple, vif, un peu rond et souple et quelque chose d’enfantin se dégage des grands yeux en forme de billes des personnages. Ce coup de crayon n’a de cesse d’évoluer et de s’affirmer au fil des volumes, scellant le style Scott Pilgrim dans une empreinte originale et inimitable à travers lequel il est plaisant de se promener entre les pages. La couleur a rendu sa totale bonne humeur aux comics et en a révélé encore davantage sa beauté (parole de fétichiste de livres assumée).

Sur six volumes, l’œuvre déplie une large panoplie de personnages. Bien évidemment, il y a Scott, gouverné par la paresse et son estomac, et qui, disons le simplement, par sa gentille stupidité force la sympathie et l’attachement. Il est un anti-héros de l’ordinaire, celui qui déteste téléphoner, répondre aux mails, chercher un emploi ; peu précautionneux dans ses relations, notamment avec les filles, et qui ne trouve pas (encore) l’intérêt de se remettre en question malgré ses erreurs. Ramona, elle, incarne davantage le mystère et l’extraordinaire. Elle cache un marteau géant dans son sac à main et se déplace via des voies parallèles dont l’une traverse l’esprit creux de Scott. Son look et sa nonchalance, bien qu’ils dissimulent ses failles, font surtout d’elle une figure iconique de jeune femme forte et autonome (et cool). Ensemble, ces deux héros forment un cocktail comique et romantique gagnant. A leurs côtés, d’autres personnages les accompagnent et ceux-ci ne se contentent pas d’être de simples rôles de second plan : Stephen Stills, guitariste et chanteur passionné du groupe de rock Sex Bo omb ; Kim Pine, batteuse et ex de Scott blasée ; Wallace Wells, coloc’ gay cynique ; Knives Chau, lycéenne hystérique; ou encore, Julie, insupportable peste organisatrice de soirées. Cet entourage proche apporte une réelle dynamique dans la narration et on retrouve avec plaisir chacun des protagonistes. Enfin, les autres héros de la série, les ex maléfiques de Ramona, apportent la touche finale de démesure et de folie à l’œuvre. On attend avec impatience l’arrivée de chacun d’entre eux dans l’histoire pour en apprendre plus sur leur passé avec Ramona et se délecter du combat qu’ils vont mener avec Scott. Leur arrivée successive dans chaque tome procure un rythme addictif qui nous pousse toujours plus à vouloir lire la suite. A travers ces multiples relations sont mises en jeu et interrogées les relations amicales et amoureuses ou la difficulté de devenir adulte, mais j’y reviendrai.

30e66953f11795f9301bdeacd5e9b990

L’univers dans lequel évoluent ces personnages se présente comme un immense terrain de jeu dans lequel musique rock et culture du jeu vidéo établissent les règles. En effet, alors que l’histoire commence dans un coin de Canada réaliste, elle est très vite investie par le merveilleux. Les voies parallèles, combats épiques au poing ou à l’épée et les pouvoirs magiques s’invitent dans cette version alternative de Toronto. Personne ne s’émeut de l’existence des sept ex maléfiques de Ramona, ni de leur destruction en mille morceaux, la baston est un mode de vie. Scott, Ramona et les autres sont doués au combat, auquel ils ont maintes fois recours dans l’histoire. Les codes du jeu vidéo sont intelligemment réinvestis avec un décalage amusant : la barre de vie devient une barre de pipi qui se vide quand Scott va aux toilettes, les ennemis vaincus laissent place à des pièces ou de petits animaux, parfois même à des items. La succession des combats avec les ex maléfiques n’est pas sans rappeler l’affrontement des boss dans un jeu à la fin de chaque niveau. C’est d’ailleurs pourquoi il a été si simple d’adapter l’œuvre en jeu vidéo de type Beat them all portant le même nom. La musique elle aussi est fortement présente à travers l’histoire du groupe de rock de Scott et ses amis. Elle devient même une arme de combat à l’occasion. Scott Pilgrim nous entraîne donc avec lui dans un univers où les jeux vidéos, la bagarre, le rock, les fêtes et l’amour sont rois, un joyeux bordel délirant et attrayant en somme.

Aussi, de par ses personnages hauts en couleurs et son univers délicieusement hors du commun, l’œuvre se place sous le signe de la légèreté et de l’humour. Scènes cocasses, répliques cinglantes, gimmicks mais aussi combats épiques et événements surnaturels sont là pour nous divertir dans ce monde fantasque. C’est de la bonne humeur concentrée à consommer sans modération, vous êtes prévenus.

UNE INITIATION A L’AMOUR ET A L’AGE ADULTE

Malgré se légèreté et son rythme déchaîné, SCOTT PILGRIM ne serait pas tant digne de notre attention si elle n’était pas une œuvre plus profonde. En effet, derrière cet univers survolté se cache un voyage initiatique vers l’âge adulte; une grande aventure dont la récompense ultime est la maturité.

MaiorEMelhor

Si les combats contre les sept ex maléfiques relèvent au premier abord de la pure fantaisie narrative, ils apparaissent plus clairement au fur et à mesure de la lecture comme autant d’obstacles à franchir pour accéder à une relation amoureuse sincère, profonde et durable. Si Scott est réticent au combat au début de la série et ne prend bonne note d’aucun conseil ou avertissement, il va finalement comprendre l’intérêt de ces combats et surtout, réaliser à quel point il souhaite être aux côtés de Ramona. Aussi, il s’agit autant de battre les ennemis qui se dressent entre lui et celle qu’il aime que de se faire violence à lui-même. Scott comprend que l’amour n’est pas en libre accès facile et gratuit mais qu’il doit « se battre » pour le gagner et l’entretenir. En éliminant chacun des ex maléfiques, il est celui qui parvient à faire oublier à Ramona ses anciennes vies amoureuses, chaque victoire étant une place supplémentaire gagner dans son cœur à elle. Même le souvenir obsédant du toxique Gideon cédera aux coups de poing d’un amour respectueux et sincère. Frappé d’immobilisme au milieu d’un entourage de proches et d’amis qui grandissent et mûrissent, Scott affronte enfin son passé, ses erreurs et ses défauts à l’occasion des épreuves qui se dressent contre lui.

Ramona elle aussi grandit et tire des enseignements de sa relation avec Scott. Sous un look et un caractère bien marqués, elle dissimule une réelle fragilité, sa difficulté à se livrer à l’autre et à s’engager. Batifolant jusque là de relation en relation sans grands sentiments, elle se complaît dans l’éphémère et la fuite des difficultés. Sa relation avec Scott l’initie à un amour vrai dont elle est encore quelque peu effrayée. La ténacité de son nouveau petit ami et la mise à distance de son passé hanté lui permettent de se remettre en question, d’apprendre à faire confiance et d’accepter le bonheur.

tumblr_mumarf0BsV1shlr2wo1_500

Toute la série est traversée en filigrane par des valeurs aussi fraîches que contemporaines dont tout jeune adulte tirera le plus grand bénéfice à s’en inspirer. Tout d’abord, le monde Bryan Lee O’Malley est peuplé de figures féminines fortes et inspirantes. On compte bien sûr Ramona, pilier central et puissant de l’histoire, mais aussi Kim Pine, l’ ex petite amie et maintenant amie de Scott. Sous son jeu violent à la batterie, son regard sombre et son pessimisme à toute épreuve, elle n’en reste pas moins une jeune femme autonome et indépendante. C’est aussi une amie fidèle, toujours présente et de bon conseil pour Scott qu’elle tâche d’orienter au mieux pour son propre bonheur. Envy, une autre ex petite amie de Scott devenue une star du rock redoutablement sexy s’impose comme une figure majeure de l’œuvre. Personnage que l’on prend d’abord plaisir à détester, elle se révèle toute humaine, sensible et intelligente au fil de la série. Même la jeune Knives, groupie écervelée, s’affirme finalement et gagne en maturité comme en amour propre. Pour autant, les personnages masculins ne sont pas en reste et s’attirent également toutes les sympathies du lecteur.

De manière plus ponctuelle ou diffuse, on lit à travers les cases du comic d’autres valeurs elles aussi intéressantes à retenir : le respect du désir de l’autre (lors de leur premier rendez-vous, Ramona entraîne Scott dans son lit mais après quelques baisers échangés, elle déclare avoir changé d’avis et ne pas vouloir coucher avec lui, ce que Scott accepte évidemment sans aucune discussion) ou l’adhésion au mode de vie végétalien à travers une recette d’un hachis parmentier vegan proposé par Stephen, et bien évidemment le personnage de Todd, végétalien aux pouvoirs surnaturels. L’homosexualité et la bisexualité sont également représentées à travers le très attachant Wallace mais aussi, Roxy, l’ex petitE amiE de Ramona. Enfin, toutes les valeurs ayant trait à l’amitié et à l’amour sont évidemment au cœur de l’histoire comme évoqué plus tôt.

Les six volumes de Scott Pilgrim sont donc à mettre entre toutes les mains sans aucune hésitation.

SCOTT PILGRIM VS THE WORLD : UNE ADAPTATION CINEMATOGRAPHIQUE CANON

Difficile de ne pas toucher un mot du film, adapté des comics en 2010 par Edgar Wright, avec Michael Cera et Mary Elizabeth Winstead dans les rôles principaux de Scott et Ramona. Le tournage a eu lieu alors que l’auteur travaillait encore sur le dernier opus de sa série. Le film et ses acteurs ont donc eu une certaine influence sur le chapitre final.

scott-pilgrim-8

Cette adaptation réussie se présente comme une excellente porte d’entrée alternative à l’œuvre. Le cinéaste a su parfaitement rendre l’univers de Scott Pilgrim à l’écran tout en conservant la très forte influence du format original. On a la réelle sensation de regarder le comic, dont certaines scènes sont exactement retranscrites du livre case par case. L’énergie, l’humour et les références sont conservées intactes grâce aux multiples effets ingénieux utilisés. L’histoire a bien sûr dû être remaniée mais elle reste dans l’ensemble fidèle à l’esprit des livres. La bande originale est elle aussi très travaillée, on y retrouve notamment Beck et Metric ; et des chansons bien pêchues ont été créées pour le groupe fictif Sex Bo Omb. Le film a ainsi été pensé comme une comédie musicale où la musique mais aussi les combats constituent les pauses de pur divertissement. Que vous ayez lu ou non les comics originaux, je ne peux que vous conseiller le film, par pure curiosité pour cet objet à part du cinéma.


Que dire de plus ? SCOTT PILGRILM est un indispensable de bibliothèque ou du moins de souvenir de lecture. La série présente toutes les qualités de la bonne fiction, celle qui vous rentre dans la tête et vous laisse pendant longtemps un souvenir mémorable que vous serez peut-être tenter de réactiver en la relisant à nouveau. C’est un de ces mondes dans lesquels on aime se perdre pour mieux retrouver son chemin vers le nôtre. Bref,

découvrez SCOTT PILGRIM.

L’édition couleur, l’édition originale et le film sont tous disponibles sur Amazon.

img259

 

 

2 Commentaires

  1. Et vous pouvez en plus regarder ça : https://www.youtube.com/watch?v=YmGNOqCFKLs parce que ça parle de Scott Pilgrim et que c’est Karim Debbache <3

Laisser un commentaire