LIVRES | Trois livres dans ma « Billy »

Depuis toujours, j’ai été la fille à livres. Celle dont maman dit fièrement : « Elle A-DORE lire ! Je lui achète des livres tous les mois. » ; celle qui lit son dernier chapitre à table avant que le plat n’arrive ; qui lit au lit, dans les transports, dans les parcs, à la plage, chez le médecin ; celle que « la dame du CDI » reconnaîssait ; celle qui conseille des livres. Les livres font partie intégrante de mes murs, de ma décoration, de mon art de vivre. Ils sont partout, remplissent à bloc mes étagères, passent aussi entre les mains de mes proches et font chier quand il faut les déménager. J’ai suffisamment de pages à la maison pour occuper une promo de licence de lettres et la présence de tous ces mondes imaginaires autour de moi me fait me sentir bien. Comme l’a écrit Sartre : « J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres ». Bref, j’aime les livres.

Et j’aime aussi en parler.

LE DERNIER LIVRE LU : CUJO de STEPHEN KING

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Stephen King, c’est mon « crush » du début des années 2000. J’ai douze ans, j’ ai envie de sensations fortes et comme je suis aussi rebelle que mes cheveux de l’époque, je choisis de m’acheter des livres qui font peur. Mais genre, plus peur que ma collection de Chair de Poule chinée à un vide grenier (une affaire). Je ne suis plus une gamine et j’ai déjà vu Le Silence des agneaux (boum). Pas le temps de niaiser, je choisis trois monuments de la littérature d’horreur : CA, Carrie et Simetierre ; et c’est le maxi coup de foudre en plus des suées froides. Plus tard, j’ai lu Misery, Charlie, Colorado Kid, Jessie, Rose Madder, La petite fille qui aimait Tom Gordon ; je regarderai Shining, La Ligne Verte et Dreamcatcher et j’en ressortais toujours plus convaincue que ce type là, Stephen King, est vraiment très fort. Encore plus tard, j’ai lu Cujo. 7ème roman de l’auteur, un de ces classiques de l’horreur qui a connu une adaptation cinématographique qui, comme Brigitte Bardot, a mal vieilli.

Cujo, c’est l’histoire du Saint Bernard de Joe Camber, seul garagiste de Castle Rock. Cujo est un bon chien. Mais un jour qu’il part s’amuser à chatouiller la chauve-souris dans une grotte et celle-ci un peu grognonne lui rend la monnaie de sa pièce : une douloureuse morsure sur le pif qui va gonfler, s’infecter, le rendre fou, et pour cause : il a attrapé la rage. Il se transforme alors en menace mortelle pour les habitants du quartier.

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Un indice : ça finit mal.

Quand bien même il s’agit de parler d’un chien qui a la rage, Stephen King excelle. Si l’horreur se joue sans fausse note à travers la figure démoniaque en décomposition d’un chien malade qui sème explosion de violence et d’hémoglobine sur son passage, elle se glisse également insidieusement dans le quotidien des futures victimes de ses crocs. Le sentiment d’inconfort et de dégoût du lecteur naît des cauchemars du petit Tad, de la crise de couple de Vic et Donna, du mariage et de la vie ratée de Charity. C’est quelque chose que King adore faire et il peut car il le fait bien. La narration adopte tour à tour les points de vue des différents personnages dont les destins se croisent de façon plus ou moins nette afin de nous faire vivre l’histoire et visualiser l’horreur à travers de « vrais » yeux. Ce procédé gagne de son étrangeté par la décision de son auteur d’adopter également le point de vue de Cujo : nous vivons avec lui cette transformation douloureuse en véritable monstre sans conscience et l’amoureuse d’animaux que je suis, compatis bien fort à son misérable sort. Le final est grandiosement sanguinolent. King sait induire en nous les images qui frappent, qui soulèvent le cœur, qui marquent. On quitte la lecture à la fois soulagé et déçu que cela soit déjà fini.

Disponible sur Amazon.

UN LIVRE AVEC DES IMAGES : SI J’ ÉTAIS UNE FEMME JE M’ ÉPOUSERAIS de JOANN SFAR

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Joann Sfar fait parti de ces personnalités qui me fascinent sans que je sache vraiment expliquer pourquoi. Pour faire simple, c’ est une sensibilité, un univers, des dessins, un humour, des réflexions et des thèmes qui me font du bien. S’il est connu pour ses BD, illustrations et dessins de presse, c’est aussi un grand compulsif de la plume et du feutre avec lesquels il noircit des pages et des pages de ses carnets personnels. Enfin pas si personnels que ça puisque qu’il en a publié plus d’une dizaine depuis le début du XXIème siècle. Si j’étais une femme je m’épouserais est son douzième carnet, édité chez Marabout en 2016.

Dans ce dernier carnet, Joann Sfar y raconte sa psychanalyse suite à une rupture émotionnellement violente. On assiste aux visites chez sa spécialiste, à ses moments de solitude, à ses réflexions sur le film qu’il réalise, à son introspection, aux moments passés avec son entourage. Il fait part de son obsession pour la beauté, celle de la poésie, du corps féminin qu’il dessine sous tous les angles, même les plus osés, de la littérature, du cinéma ; son amour pour les femmes plus jeunes que lui ; l’écriture ; la réalisation; le dessin. On vit une agréable tranche de vie avec son auteur, et même si certaines réflexions sur le cinéma m’ont paru un peu longues, les idées développées et les sentiments mis à nu ont piqué ma curiosité. Je me suis reconnue dans quelques unes de ses tortures mentales. Lire la psychanalyse d’un autre, c’est presque une invitation à penser la sienne.

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Ce livre est un magnifique objet par son format et ses illustrations, toutes évidemment de la main de Joann Sfar lui-même. Son dessin noir et blanc, aux lignes irrégulières semble toujours très brut et dur mais à la fois léger et doux. Plus qu’une illustration du texte, écrit à la main, il forme une unité de narration et fait l’âme de cet ouvrage et de ces confessions. On parcourt avec plaisir les différentes pages noircies de lignes, on interrompt sa lecture pour s’y arrêter. Il m’arrive d’ouvrir ce livre juste pour y regarder les dessins. Si j’étais une femme je m’épouserais est une belle invitation à entrer dans la tête et l’univers de Joann Sfar par une petite porte grande ouverte.

Disponible sur Amazon.

UN AUTEUR DONT JE VEUX TOUS LES LIVRES : CHRISTIAN BOBIN

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Christian Bobin, c’est un grand sentimental qui écrit bien. Poète, moraliste et diariste, ses livres se présentent le plus souvent – de ce que j’en ai lu du moins – sous la forme de recueils contenant plusieurs textes n’ayant pas de lien entre eux . Ce sont des lettres, de pensées, à propos de la vie, des hommes et surtout, de l’amour. C’est un maître de la tournure qui frappe mon cœur de lectrice sensible. C’est pourquoi je lis Bobin avec un petit carnet près de moi pour y noter les phrases que j’aime bien :

Il n’ y a pas de plus grande joie que de connaître quelqu’un qui voit le même monde que nous. C’est apprendre que l’on n’était pas fou.

Très peu de vraies paroles s’échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler.

On croit aimer des gens. En vérité on aime des mondes. (Drop the mic)

Alors oui, on est dans les bons sentiments mais oui, qu’est-ce que ça fait du bien. Les livres de Bobin sont à picorer, texte par texte, en prenant son temps, en n’hésitant pas à relire plusieurs fois un passage. C’est un monde qui s’ouvre et qui éclot tout doucement à la lecture. C’est une petite parenthèse de réflexion et de douceur. C’est un petit bonbon qui ne fait pas de mal. Lisez Christian Bobin, c’est un conseil.

Titres disponibles sur Amazon.

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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