MANGA | GREEN MECHANIC : Post-apocalypse, robot-corgi et télépathie du cœur

Ces dernières années de littérature, de série et de cinéma nous ont abreuvé jusqu’à plus soif de mondes post-apocalyptiques, de personnages torturés et de missions-suicides pour faire renaître l’humanité. Les zombies labellisés Walking Dead ont eu la part belle du marché et ont laissé place à toutes sortes de créatures en lambeaux et de sociétés vidées de souffle de vie. Comme la curiosité n’est pas le défaut que l’expression croit, je me suis penchée sur un de ces mondes survivants aux effets de l’homme et du temps.

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GREEN MECHANIC est la toute première oeuvre professionnelle de l’auteure et illustratrice d’origine suisse Yami SHIN, dont la création et la parution ont été rendues possibles grâce au tremplin Ki-oon. Dessinatrice depuis plus de dix ans, fan de Full Metal Alchemist et Evangelion, cette jeune mangaka propose de nous entraîner dans sa version d’un monde post-apocalyptique à travers un shonen qui sent bon la science-fiction à la française.

Sur une Terre où tout n’est plus que désert et détritus, les humains dont l’espérance de vie ne dépasse plus 35 ans, ont trouvé refuge dans la Mégapole, dernière ville encore habitable. Là, sous la surveillance d’une Milice violente, chacun survit grâce à l’aide de robots et espère échapper aux griffes des Ersatz, mystérieux monstres dévorateurs. Misha, jeune orpheline, fait partie de ces derniers humains. Douée d’une empathie sur-développée lui permettant de lire les émotions cachées de quiconque l’approche, elle préfère éviter tout contact et évolue dans une solitude réconfortante. Un jour, elle fait la rencontre d’un robot morphing, machine capable de prendre n’importe quelle apparence, qu’elle répare et qui, en échange, lui promet de la protéger. Cette rencontre va perturber le destin de la jeune fille qui rêve secrètement de retrouver le seul être qui a un jour partagé sa vie…

Le premier tome de la saga est disponible aux éditions Ki-oon depuis le 8 Juin dernier. Le deuxième tome sortira le 12 Octobre prochain.

DE LA SF SANS FIORITURES 

Green Mechanic - planche 2bis

GREEN MECHANIC n’échappe aux codes les plus classiques de son genre et réunit tous les ingrédients d’une bonne recette SF comme on les aime et les consomme ces dernières années : humanité mourante, monde sale et désertique, machines à tous les coins de rue, autorité oppressante, jeune fille aux pouvoirs surnaturels, combats, super-armures sexy et monstres pas sexy.

Dès les premières pages sublimées par l’utilisation de la couleur dans des tonalités pastelles inattendues, Yami Shin nous introduit en douceur et légèreté dans son sombre univers et nous présente avec une efficace simplicité ces deux héros : Misha, jeune fille solitaire, et Reborn, le robot morphing qui va devenir son compagnon de route et d’aventures. Les règles de ce monde en friches sont rapidement expliquées, sans lourdeur, afin de pouvoir pénétrer dans l’intrigue au plus vite. Aussi, pas de grande démonstration d’originalité dans la construction de cet univers futuriste : les humains sont en voie de disparition, les robots peuplent les rues et une menace encore mal connue grignote ce qu’il reste d’humanité. Pas d’univers complexe mais aussi pas de faux pas : le monde est cohérent, il fonctionne, et on s’y laisse vite entraîner. Le design et le dessin même de cet univers se veulent simples, discrets. Pour autant, l’action est bien présente sous forme de combats en armure élégants et de rencontres sinistres avec des monstres aux silhouettes inquiétantes. Au fur et à mesure que l’intrigue avance, des parts d’ombres sont pointées et viennent piquer notre curiosité. C’est un monde qui est destiné à grandir, se développer et faire preuve de toute sa richesse dans une suite que j’attends avec curiosité.

PLUS HUMAIN QUE MACHINE  

Green Mechanic - planche 1bis

 

Peu détaillée, la toile de fond s’efface finalement pour mieux laisser place à ce qui touche plus à l’humain qu’à la science-fiction. Le premier tome nous offre une poignée de personnages attachants qui ne semblent pourtant pas taillés pour survivre dans l’environnement hostile qui est le leur. Misha, phobique sociale en raison de sa super-empathie, se fait anti-héroïne en n’aspirant qu’à un quotidien sans but, sans sens et en préférant le confort de son appartement aux rues dangereuses de la Mégapole.

Si comme dans tout univers de science-fiction les machines sont présentes et sont au cœur de l’action et des combats, elles n’ont pas pour but premier de se battre ou se déplacer. Reborn décide de se mettre au service de Misha suite à leur rencontre mais il est avant tout un soutien mental, amical, et affectif. De fait, la jeune fille semble panser une blessure profonde en lui demandant de prendre l’apparence de son meilleur ami disparu il y a dix ans. De même, Neil et Setsuna, deux compagnons de route de nos héros, utilisent les machines à des fins personnelles peu extraordinaires : Setsuna fait prendre à son robot la forme d’un adorable corgi, compagnon de son quotidien, tandis que Neil profite d’une technologie lui permettant de retrouver deux bras perdus. Pour autant, ces bras bioniques ne lui permettent pas de se défendre, ils ne sont que des prothèses lui permettant de survivre avec une certaine autonomie mais dans des souffrances physiques et psychiques tristement réalistes. Par ailleurs, les monstres ennemis de nos héros ne sont également pas de simples espèces déviantes fruits d’une évolution ingrate. Il s’agit en réalité d’humains fragiles, victimes d’entités maléfiques qui les dévorent littéralement et se nourrissent de leurs faiblesses.

Cet univers futuriste et macabre trouve finalement son originalité dans les faiblesses de ses personnages et la tendresse des liens qui les unissent. L’intrigue prend son temps, nous laisse nous attacher doucement aux héros, et l’action se voit motivée par des enjeux personnels forts. Cette singularité est également portée par un dessin rafraîchissant. On sent dans ces pages, qu’elles soient en couleurs ou en noir et blanc, que Yami Shin était illustratrice avant d’être mangaka. Elle confère beaucoup de douceur aux traits de ses personnages grâce à des formes plus rondes et à un ombrage conférant une ambiance plus occidentale à ce manga et apportant plus de légèreté à ce monde post-apocalyptique.


Ce premier tome est une belle promesse. Il est porteur d’une fraîcheur et d’une force émotionnelle inhabituelles dans les mangas du genre. Derrière les écrous et les vis, ce sont des cœurs fragiles qui cherchent à reconquérir un bonheur simple et j’ai personnellement hâte de savoir comment ils y parviendront.

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