SÉRIE | Mon addiction assumée pour RIVERDALE

Je ne vous apprendrai rien, la série, c’est le nouveau compagnon des soirées solitaires ou accompagnées : plus addictive qu’un film et demandant moins de courage que pour ouvrir un livre, elle s’est imposée dans mon quotidien depuis un petit bail.

Nous pataugeons au milieu d’un catalogue fantastiquement riche de séries, mieux, nous sommes littéralement noyés par la multiplication constante de BONNES séries. Moi qui suis déjà frustrée à l’idée de n’avoir jamais assez d’une vie pour lire tous les meilleurs romans parus et à paraître et voir toutes les perles du cinéma, je dois à contre cœur ajouter à ma (longue) liste de regrets, l’impossibilité de bingewatcher de bout en bout un tas de séries exceptionnelles (Mad Men et Breaking Bad, je vous aime).

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Mais siiiiiiiiii tu pourras en voir beaucoup quand même, me soufflez-vous. Mais c’est que je ne vous ai pas encore tout dit. Comme chacun, j’aime à croire, et j’aime surtout faire croire, que j’emploie intelligemment chaque minute de mon temps libre : quand je ne suis pas le nez dans le dernier Goncourt, j’analyse les sélections de films des divers festivals du monde pour me concocter des soirées cinéma d’exception, ou j’écoute encore avec une attention poussée les meilleurs podcasts du moment. Malheureusement, je suis un peu plus faible que cela. Plutôt que d’économiser mon temps en découvertes palpitantes, la part la plus sombre de ma triste nature humaine me pousse à regarder (et continuer de regarder jusqu’au bout) tout un tas de séries bif-bof, aux intrigues bancales, aux héros à la psychologie en mousse et à la réalisation clichée quand elle n’est pas inexistante.

Oui, j’aime les mauvaises séries. Alors pas les trop mauvaises non plus, sous peine de blesser mon amour-propre, mais j’aime les séries qui ne brillent pas, qui ne savent pas bien où elles vont, qui s’éternisent inutilement sur des histoires stériles, qui me font rire autant qu’elles me font serrer les dents, qui parviennent à me faire aimer des héros moyens avec des ressorts narratifs faciles et usés. J’aime les séries moyennes qui savent malgré tout m’absorber et me réconforter.

Oui, j’aime RIVERDALE.

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RIVERDALE C’EST QUOI ET POUR QUI ?

Si comme moi tu perds régulièrement un petit quart d’heure à faire défiler le catalogue Netflix (pour finalement ne rien choisir), la miniature rouge et bleue tape-à-l’œil de RIVERDALE ne t’a sans doute pas échappé.

Adaptation plutôt libre des datés et vintage Archie Comics, la série de Roberto Aguirre-Sacasa, met en scène une gentille galerie de personnages en proie à de sombres mystères dans leur modeste petite bourgade : Archie, le beau gosse roux gentil et puis re-gentil, Jughead, l’âme torturée (étouffe un rire) à la plume assassine (re-rire), Betty, la blonde et Veronica, la brune, deux enquêtrices téméraires. Entourés par leurs parents, qui sont  aussi étroitement liés aux intrigues, ce Scoobygang des temps modernes a du pain sur la planche parce qu’à Riverdale, les scandales politiques et les relations amoureuses sulfureuse, ça ne manque pas.

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Tout ce petit monde évolue entre les couloirs du lycée, la petite mondanité de quartier et les repères de gangs perturbateurs. Vous l’avez compris, RIVERDALE, c’est une teen-série comme on les produit si bien aujourd’hui : des lycéens suffisamment populaires, des amourettes et une vague impression de série policière pour enfant en bas âge. Du haut de mes 28 ans tout frais, je ne suis pas la cible visée mais qu’à cela ne tienne !

PHOTO DE CLASSE DES CLICHES DU GENRE 

Riverdale 202, Day 7 of 8 - July 13, 2017, Langley, BC, Canada

Bienvenue à Riverdale !

Découvrez son lycée pour jeunes-beaux qui font plus que leurs âges, son diner qui réunit l’ouvrier et la maire de la ville, tremblez au rythme quotidien de ses rumeurs et de ses scandales éclaboussants, prenez gare aux combines de sa mafia et aux guerres de ses gangs redoutables, appréciez comme nos héros mineurs et juvéniles parviennent à être mêlés à toutes les histoires les plus sinistres de cette ville et à les résoudre à la place d’adultes incompétents et névrosés.

Et, oui, en effet, rien de neuf sous le Soleil, RIVERDALE, comme toutes les séries de son type tire sa médiocrité en se drapant dans des clichés de (mauvais) genre à tous niveaux. Entre psychologie de personnage plate et intrigues prévisibles, on ne sait plus où donner de la tête pour trouver une branche à laquelle se raccrocher.

Les personnages, tiens, parlons-en ! Qui dit « série pour ado » dits « ados ». Mais attention, pas les ados que vous et moi avons été jadis. Non, le modèle au-dessus, aussi appelé « à l’américaine », celui qui fait rêver. Nos gentils protagonistes ont donc tous clairement plus de 18 ans, ne font pas plus qu’un 36, ont les cheveux lisses, des fringues à la mode option « sur-sexualisation » pour ces dames, et tiennent des conversations dans l’art de la répartie artificielle et en accumulant arbitrairement tout un tas de références culturelles, davantage pour le plaisir de la référence que pour leur pertinence. Mais les lycéens ne sont pas les seuls personnages centraux ! La série fait la part belle aux parents dont le type et la psychologie ne sont guère plus évolués : des vieux-beaux en pleine crise de la quarantaine/cinquantaine qui ont une influence plus ou moins bénéfique sur leurs progénitures. Entre mère hystérique et père mafieux, il y en a pour tous les goûts.

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Ne vous y fiez pas, cet homme est un des plus influents gangsters de la vile 

Tout ce beau monde se connait, se fréquente, s’épie et partage des passés plus ou moins sombres communs, c’est tellement plus commode. Ensemble, ils se plongent dans des intrigues aussi bancales qu’improbables : tout s’enchaîne avec une rapidité compulsive afin de ne pas briser le maigre fil sur lequel repose l’action. Et plus on avance dans la série, plus tout grossit et enfle dans des proportions proches de l’inacceptable. Le crime se creuse une place partout et chacun semble s’en accommoder sans heurt. Les héros enquêtent sur des histoires morbides avec le même détachement que s’ils se retrouvaient boire des bières et manger des pizzas le Samedi soir, ils prennent les commandes de réseaux mafieux ou de gangs (de bisounours) tout en beurrant leur sandwich au beurre de cacahuètes avant les cours du matin, bref, la vie normale à Riverdale.

Le tout est évidemment soutenu par une mise en scène tapageuse qui souhaite visiblement hurler à la terre entière « Ceci est une série jeune et moderne !« . En réalité, il ne s’agit que d’un mélange fortement dosé de jeux de lumière rouges et bleues, de ralentis et de gros plans dramatiques. Pas de quoi fouetter un chat.

Le tout a de quoi filer de l’urticaire et vous faire ressortir votre gouttière tant tout encourage à grincer des dents. L’abus de naïveté et le recours systématique à la facilité narrative empêchent cette série de s’élever et la maintiennent dans une recette bien moyenne mais bien huilée de déjà-vu. Et pourtant, j’ai tout regardé …

UN FEUILLETON ATTENDRISSANT 

Riverdale 202, Day 7 of 8 - July 13, 2017, Langley, BC, Canada

Malgré ses multiples défauts, il faut bien reconnaître que la série manie sans finesse mais avec efficacité l’art du suspense et des rebondissements. Par son rythme vif, la série nous mitraille d’informations et de bribes d’intrigues qui permettent au spectateur d’avoir toujours un os à ronger. En clair, on ne s’ennuie jamais dans RIVERDALE ! Les silences évocateurs et profonds sont bannis au profit du retournement de situation, du coup de théâtre et du semis constant de nouveaux indices et de nouvelles motivations pour nos personnages.

Mais la plus grande force de RIVERDALE est de s’assumer totalement. Comme un bon nanar, la série sait qu’elle n’est pas le thriller du siècle, sait qu’elle utilise des personnages-types, sait qu’elle fantasme avec des histoires abracadabrantesques et s’en amuse pour mieux nous distraire. Elle pousse le bouchon parce que finalement, c’est ça qui est bon : moins c’est probable plus on s’en réjouit ! Le second degré entre également en jeu et nous permet de critiquer et rire en même temps. La série sait donc trouver l’équilibre parfait entre déraisonnable et acceptable pour offrir un spectacle suffisamment divertissant pour nous y faire revenir sans peine, et peut-être même, il faut l’avouer, avec désir et délice. De plus,  sa réalisation simpliste aux couleurs criardes n’en reste pas moins très propre et agréable à l’œil, elle ne gâche rien du show.

Par ailleurs, rappelons le, la série s’adresse à des adolescents et est toute récente. On observe qu’ elle a à cœur d’être porteuse de messages pour une jeune génération friande de valeurs à découvrir et à défendre. Le manichéisme primaire tend ainsi à se flouter lentement pour faire place à des réflexions plus intéressantes. Quand bien même la série est d’une maladresse maladive, elle aborde avec sincérité des thématiques chères à notre époque qui pourront inspirer positivement les plus jeunes spectateurs et intéressés d’entre nous.

Sont ainsi traitées les questions du harcèlement scolaire (qui, on le notera, s’articulera autour de l’unique personnage enrobé et porteur de lunettes, mais soit), du consentement, du viol, des drogues ou encore des gangs. De manière plus universelle et globale, la série met à l’honneur les valeurs familiales – Les adolescents de Riverdale pardonnent tout à leurs parents et vice-versa – mais aussi l’amitié, l’amour et l’acceptation de soi. On trouve notamment avec Kévin l’exemple du personnage homosexuel assumé et parfaitement intégré par tout son entourage proche comme large, un bel exemple en somme.

RIVERDALE défend des idéaux et des valeurs louables sans se défaire de ses défauts et c’est ce qui rend finalement la série si mignonne et touchante.

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Est-ce que je vous conseille chaudement de regarder RIVERDALE ? Non. Mes recommandations sérieuses participent à me construire en tant qu’être intellectuel et culturel recommandable aux yeux des autres et je ne voudrais pas vous permettre de déceler en moi la part banale et moyenne de ma personnalité.

Est-ce que je vous invite à découvrir RIVERDALE ? Franchement oui ! Dans un moment de faiblesse ou un élan d’optimisme furieux, lancez-vous ! C’est feel-good, ça détend, ça fait rire, ça fait parler, critiquer. C’est un distributeur de bonne humeur quelque soit le degré de votre regard sur la série.

Moi je vous laisse, j’ai 6 saisons de GOSSIP GIRL à rattraper. XOXO

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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