SERIE | BLACK MIRROR : 3 épisodes, 3 claques

Les premières images d’une prometteuse quatrième saison se propagent sur Internet comme un feu de brousse, suscitant autant de curiosité et d’excitation chez qui connait bien la série qu’un passage de Nekfeu au Zénith chez les jeunes filles prépubertes. En même temps, comment résister à l’appel de ces brushings et ces couleurs saturées à l’inspiration Star Trek qui n’aura échappé à personne ? (Réponse : On ne peut pas). Cette future saison nous promet de retrouver des visages familiers d’acteurs et actrices ayant déjà fait preuve de leurs talents dans d’autres excellentes séries comme Fargo ou Westworld, ainsi qu’un épisode réalisé par Jodie Foster. Pour mieux patienter en attendant la nouvelle fournée de six épisodes à venir, quoi de mieux que de me replonger avec vous dans mes meilleurs souvenirs de la série en vous proposant un arrêt sur image sur trois épisodes qui m’ont pincé le cœur plus fort que les autres ? (Réponse : rien de mieux). 

Mais avant toute chose, petit rappel pour les non-initiés.

BlackMirror_S4_Callister_00658_V1-1

BLACK MIRROR est une série créée par Charlie Brooker. Elle est d’abord diffusée sur Channel4 de 2011 à 2014, soit le temps de deux saisons de trois épisodes et un épisode spécial de 73min. Elle connaît un succès international qui n’échappe pas à l’œil de Netflix qui décide de produire en 2016 une troisième saison de six épisodes et d’abriter également les saisons précédentes. La série a pour particularité de ne pas proposer de trame narrative unique et chronologique comme c’est traditionnellement le cas, aussi, chaque épisode raconte une histoire différente avec des personnages différents, le spectateur est donc libre de regarder ou non les saisons dans leur intégralité. Néanmoins, Charlie Brooker a récemment déclaré que certains épisodes étaient interconnectés nous invitant à mieux prêter attention aux détails et aux références de chaque fiction et à considérer chaque échantillon d’univers présenté comme faisant parti d’un monde global partagé.

Le titre « Black Mirror », littéralement « Miroir Noir », fait référence aux écrans d’ordinateurs, tablettes et téléphones qui nous renvoient notre reflet lorsqu’ils sont éteints ou en veille. Vous l’aurez compris, il est question ici de la place prépondérante des écrans et plus largement des nouvelles technologies dans nos sociétés modernes actuelles et de leur impact sur nos relations sociales, professionnelles et intimes. Plus expérimentale que moralisante, plus déprimante qu’optimiste, chaque épisode sait réinventer notre monde pour nous offrir une dystopie glaçante engageant à la réflexion ou tout simplement à frémir avec plaisir.

SAISON 1 – RETOUR SUR IMAGE 

vKZPOgkO

Un moment inoubliable, une vue imprenable, une sensation agréable, nous avons tous souhaité un jour ou l’autre rêvé de pouvoir saisir et retenir ces moments et sentiments éphémères, les cristalliser dans un souvenir inaltérable, pouvoir les cajoler secrètement et les revivre indéfiniment. Les personnages de Retour sur image l’ont aussi voulu et ils l’ont eu. Dans cette société pas si éloignée de la notre, toutes les personnes le souhaitant peuvent se faire installer une petite puce directement liée aux yeux et au cerveau. Ce gadget a une fonction de magnétoscope-enregistreur et permet donc de stocker et conserver les souvenirs souhaités, et de les projeter sur écran pour pouvoir les partager avec d’autres ou les revivre nostalgiquement en toute quiétude dans son salon. A l’occasion d’une soirée, des amis partagent justement leurs souvenirs heureux récents sur un grand écran. La soirée aurait pu être franchement agréable si une bride de souvenir rangée dans le mauvais dossier n’avait pas laissé croire à un des participants que sa femme le trompe.

L’épisode se joue d’une situation d’une banalité et d’une tristesse affligeantes qui n’a d’ailleurs pas attendu l’arrivée des puces connectées au cerveau pour déjà se produire : quelqu’un d’amoureux découvre qu’on l’a (peut-être) trompé à cause d’une information louche laissée à vue sur un petit appareil électronique. Le doute s’installe, ne parvient jamais à être dissipé malgré les mots de l’autre, devient dévorant, maladif. Retour sur image met en lumière les limites du service incroyable offert par la technologie : bien qu’elle réalise nos rêves en nous permettant de contrôler le normalement incontrôlable, elle nous tend également des pièges qui n’auraient pas pu être sans elle, du moins, beaucoup plus difficilement. Elle est une malédiction autant qu’une bénédiction, le héros en fait ici les frais et c’est à sa descente dans une spirale d’amour, de jalousie et de démence que l’épisode nous propose d’assister.

SAISON 2 – BIENTÔT DE RETOUR 

LmXLU5g

Ils s’aiment et viennent d’emménager dans une grande maison près de la mer. Lui est accro aux réseaux sociaux qu’il consulte compulsivement sur son portable et son ordinateur, elle, est plus détachée de la toile et se concentre sur cette nouvelle étape heureuse de leur vie de couple. Peu après leur emménagement, il ne rentre pas du travail car il est mort dans un accident. Seule et anéantie, elle se perd et se complaît dans l’exploration ininterrompue de tous les contenus de son ami sur ses réseaux sociaux et chérit chaque photo, chaque statut, chaque historique de discussion qui lui rappelle leurs jours heureux. Seulement, l’absence est très vite trop insupportable et elle décide d’essayer cette nouvelle application dont lui a parlé une amie : une intelligence artificielle récupère toutes les données de la personne choisie sur Internet et les croise pour pouvoir assurer une discussion sur un salon de chat comme si elle était la personne défunte. Il existe également une option premium : un mannequin-robot à l’effigie de l’être perdu qui prend vie.

Vous vous en doutez et soyez en assurés, Bientôt de retour atteint des sommets de malaise et de sinistre. Et pourtant, quel plaisir ! En s’attaquant à la question épineuse du deuil et à l’intolérable et brutale absence de l’amour d’une vie, l’épisode nous met face à nos pires craintes, à nos angoisses les plus profondes en nous montrant tout ce que nous ne souhaitons pas voir. Néanmoins, en posant la question du « Et si je pouvais ramener l’autre ?« , il fait appel à notre voyeurisme le plus vicieux en même temps qu’à notre désespoir le plus noir. S’il nous paraît certainement impossible de céder à un tel choix,  « Elle » fait le choix de payer une version de « Lui » pour retrouver son ancienne vie, et nous découvrons avec la même stupéfaction et inquiétude qu’Elle, les conséquences d’une option aussi surnaturelle et contre nature. L’épisode prend la forme d’une expérience passionnante qui cherche à savoir, encore une fois, si la technologie peut se faire Divinité ou Nature et supprimer la mort.

Cet épisode est à regarder avec un cœur bien accroché sous peine de passer une soirée maussade suite à la conclusion de cette histoire, mais si vous trouvez le courage de participer à cette expérience, vous ne devriez pas être déçus.

SAISON 3 – SAN JUNIPERO

20668014_10213086052961911_1634224638_n

San Junipero s’ouvre sur une intrigue énigmatique : dans ce qui semble être les années 80, deux jeunes femmes se rencontrent dans un bar de nuit, se plaisent, se cherchent, se trouvent puis séparent leurs chemins sans se laisser de numéro. L’une d’entre elles, sous le charme et la déception d’une telle conclusion, cherche à tout prix à retrouver la trace de la pétillante inconnue qui a réveillé quelque chose en elle. Elle se rend à nouveau, nuit après nuit, dans les bars de la ville à la recherche de son coup de cœur, en vain. Seulement, chaque nuit, la temporalité n’est plus la même : l’héroïne évolue tantôt parmi les looks rock et grunge des années 90, tantôt parmi le glamour-kitsch du début des années 2000. Après avoir parcouru plusieurs époques et nombres de bars, elle parvient finalement à recroiser le chemin de celle qu’elle recherche.

Pour moi, San Junipero est incontestablement l’épisode le plus beau, le plus fort, le plus bouleversant de la série, provoquant chez moi une crise de larmes que le générique n’a pas réussi à interrompre. En articulant et interrogeant avec originalité, mystère et une finesse incroyables les deux sujets les plus sensibles de la vie humaine, il touche en plein cœur avec une puissance à faire défaillir et ne manquera pas de vous mettre face à vous-mêmes.

Il m’est impossible de m’étendre davantage sur cet épisode sans dévoiler les réponses aux questions que l’on se pose durant toute la première partie de l’épisode, aussi, je n’en dirai pas plus, mais, si vous ne vouliez vous contenter que d’un seul épisode de Black Mirror, choisissez celui-ci.


Et vous, quel épisode vous a le plus ébranlé ? 

 

 

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

2 Commentaires

  1. Ces épisodes m’ont marqués également.

    [La suite de ce commentaire contient peut être des SPOILS et n’est donc pas adaptée aux gens n’ayant pas vu la série. Vous voilà prévenu]

    L’épisode spécial Noël 2014 m’a tout particulièrement marqué, je pense que j’adorerais avoir un implant permettant de visualiser les criminels sexuels du premier coup d’œil, de bloquer les gens et autres détails. Tout en ayant peur de ce que ça pourrait impliquer évidemment. Mais je suis fasciné par ce genre de possibilités 🙂

    Sinon, l’épisode 2 de la saison 1 « 15 millions de mérites » ainsi que l’épisode 1 de la saison 3 « Chute libre » m’ont beaucoup fait réfléchir sur notre société et ce qu’elle pourrait devenir si ça continue comme ça…

    Bel article en tout cas, continue comme ça Kloë ^^

    1. L’épisode spécial de Noël était vraiment percutant et très cruel. Il m’avait fait bien cogiter aussi.

      Et j’ai beaucoup aimé l’épisode « Chute libre » également, avec toute sa mise en scène Instagram-rosebonbon. La fin de l’épisode était vraiment barrée.

      Et merci, je prends le compliment ! 🙂 Merci à toi d’avoir lu et pris le temps de discuter de la série ici.

Laisser un commentaire