SÉRIE | BLACK MIRROR : Une 4ème saison en clair-obscur

2017, comme toute année, s’est achevée dans les cotillons et les bulles de champagne pour certains, sur Netflix et la quatrième fournée de nouveaux épisodes de Black Mirror pour d’autres. Pour moi, insensible à la soirée du jour de l’an et spectatrice assidue de la série de Charlie Brooker, ce fut un savant mélange des deux. Aussi, entre raclettes et boissons réconfortantes, je suis parvenue à regarder les six derniers épisodes entre 2017 et 2018, et ce, sans perdre le moral.

Il est toujours difficile, pour ne pas dire impossible, de parler d’une saison de Black Mirror en la traitant comme une unité cohérente, chaque épisode étant indépendant par son univers et ses personnages propres. Comme chaque fois, l’ensemble est inégal, hésitant entre coup de génie et essai peu percutant. Pour cette saison pourtant, une nouveauté avait été annoncée par ses créateurs : après des heures d’intrigues sombres et de personnages torturés, un peu de lumière a été injectée. A la manière d’un « San Junipero » (saison 3), Black Mirror saison 4 promettait donc un peu moins de désespoir, au profit d’une lueur tremblante de happy ending. Après tout, nos nouvelles technologies ne sont pas si dévastatrices et psychologiquement meurtrière que ça, hein ? HEIN ?!

Après une visualisation experte sous un plaid douillet, une tasse de thé vert à la menthe à la main et les prémices d’un mauvais rhume à la tête, je vous livre aujourd’hui le classement de mes épisodes chouchous de cette dernière saison, du plus décevant au plus réussi, à mon humble avis de petite critique de salon (le mien). Evidemment, de petits spoilers peuvent se glisser ici et là, lisez prudemment si vous n’avez pas vu la série.

Le plus décevant : CROCODILE (épisode 3)

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Mia, une jeune étudiante et son petit ami rentrent d’une soirée visiblement bien arrosée au volant d’une voiture. Le karma va se charger avec empressement de leur rappeler que conduire en état d’ébriété est une erreur. Sur le chemin, ils renversent violemment un cycliste qui meurt sur le coup. Dans la panique, ils décident de dissimuler le corps et de s’enfuir sans laisser de traces. Des années plus tard, l’étudiante est devenue mère d’une famille heureuse et la meilleure architecte de sa génération, mais lors d’une banale enquête pour les assurances, une nouvelle technologie menace de faire surgir les images du souvenir de la pire fin de soirée de sa vie.

Cet épisode censé prendre des allures de polar sombre n’est qu’un triste polar bien décevant. L’intrigue en elle-même ne brille pas par son originalité et ne se rattrape pas par ailleurs. Le suspense est en carton, rien ne nous attache vraiment à cette héroïne palote en pleine crise, ses actes semblent d’une cruauté injustifiée et d’une certaine incohérence et notre manque d’implication n’aide pas à pardonner ces défauts. La technologie, nœud des intrigues de la série, n’intervient que tardivement et de manière totalement artificielle et anecdotique, le comble pour un épisode de Black Mirror !  Je n’ai pas « pas aimé » cet épisode, pire, je m’y suis ennuyée ferme. Un des plus beaux ratés de la série, toute saison confondue.

Le moins bien exploité : ARKANGEL (épisode 2)

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Comme tout bon parent attentif, Marie, mère célibataire, s’inquiète continuellement pour la santé et la sécurité de sa fille Sara. Après l’angoisse parentale de trop, elle décide d’équiper sa progéniture d’un implant de surveillance parental de pointe, lui permettant de connaître tous ses déplacements, d’accéder à sa vision interne ou encore de censurer les images qu’elle juge inadaptées.

Je partais naïvement confiante en commençant cet épisode, son thème m’apparaissant tout à fait pertinent. Quel parent n’a pas un jour rêvé pouvoir contrôler les gestes de son enfant et les images et propos auxquels il est confronté ? La technologie d’espionnage parental présentée dans cet épisode répond ainsi à une réalité sensible et s’invite naturellement dans le climat d’angoisse de notre société, à tel point qu’on ne serait pas étonné que quelque chose de semblable existe un jour. Le concept derrière l’intrigue promettait ainsi un traitement passionnant. Et pourtant. La réalisation aussi plate qu’un coussin péteur usé n’aidant pas, le rythme est mou, les rebondissements tous prévisibles et le final peu percutant malgré l’horreur des derniers échanges des héroïnes. Je deviens peut-être insensible au fil des saisons ou peut-être que cet épisode manque de force pour nous entraîner tout entier dans ce drame familial.

Le plus inachevé : METALHEAD (épisode 5)

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Dans un monde post-apocalyptique où les machines semblent avoir pris le pouvoir et sèment la terreur et la mort parmi les humains survivants, Anthony, Clarke et Bella se lancent dans une mission suicide pour rapporter un paquet à leur groupe de survivants.

Tout juste lancé, il faut bien l’admettre, l’épisode 5 de cette saison brille par sa réalisation soignée dans un noir et blanc très esthétique. C’est beau, bien dosé, et cela offre un curieux décalage entre la technique et l’intrigue futuriste. Bref, c’est malin et joliment exécuté. Mais que reste-t-il ensuite ? Une histoire très classique, vue et revue, de survie dans un monde où les machines se sont visiblement rebellées et ont hâte de terrasser l’espèce humaine. Si l’action est malgré tout bien rythmée et le suspense prenant, l’épisode manque cruellement de fraîcheur et d’effet « Wahou ! ». Le final laisse mi-figue, mi-raisin et ne comble pas l’absence d’originalité de l’épisode. Dommage.

Le plus romantique : HANG THE DJ (épisode 4)

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Dans une société sous contrôle, une application de rencontres décide d’une date de fabrication et d’expiration pour toutes les relations amoureuses. Frank et Amy se rencontrent grâce à ce système, se plaisent mais sont contraints de lutter pour pouvoir continuer à s’aimer au-delà de leur date de péremption.

Le concept technologique à la source de cette intrigue et la narration de cet épisode en font du Black Mirror tout craché ! Il interroge avec malice les relations amoureuses à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux et ainsi, traite de la difficulté de prendre soin de son couple et de résister aux tentations extérieures quand aujourd’hui, une simple application permet de faire la rencontre de centaines de personnes en quelques clics. Heureux de ne pas porter la responsabilité de l’engagement ou du désengagement dans la relation amoureuse, les personnages de cet épisode déchantent rapidement lorsqu’ils comprennent que la spontanéité et la passion ne sont pas compatibles avec un ordinateur pour dicter leurs relations. Toutefois, l’épisode épargne le spectateur d’une réflexion trop cruelle en nous offrant une fin en demi-teinte, assurant l’existence de la possibilité bien réelle d’un amour vrai et durable.

Le plus « Black Mirror » : BLACK MUSEUM (épisode 6)

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Nish, jeune touriste visiblement en plein road trip, profite d’une pause sur une aire d’autoroute désertique pour visiter le Black museum, mystérieux et sinistre musée se vantant de réunir des pièces criminelles rares. Chacun de ces artefacts a un lien avec une tragique histoire impliquant des nouvelles technologies ayant échappé à tout contrôle. Le clou de l’exposition se cache derrière un rideau et promet une triste découverte.

Il semblerait que l’originalité et la puissance émotionnelle absentes de certains épisodes de la saison se soient toutes retrouvées dans ce même épisode 6. « Black Museum » se présente comme une petite anthologie de Black Mirror en ne racontant pas une mais trois histoires enchâssées. On assiste à une montée progressive de l’horreur avec chaque récit, renouant ainsi avec l’essence de la série et le désespoir qui l’habite si bien. La destinée choquante de ces personnages percute et maintient en haleine, assis sur le bord de son canapé. Si je regrette le final qui en fait un peu trop, l’épisode est excellent par la mise en scène percutante de ces histoires illustrant les parts les plus obscures de la psychologie humaine.

L’épisode se démarque et fait également plaisir au spectateur assidu de la série par ses clins d’œil à d’autres épisodes, laissant entendre que les différentes intrigues ne sont pas si indépendantes les unes des autres et que tout un monde riche et cohérent a été construit autour de ces différentes tranches de vie.

La vraie claque : USS CALLISTER (épisode 1)

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Le jeu en ligne Infinity connaît un incroyable succès depuis sa création par deux partenaires dont le brillant Robert Daily. Ce jeu permet de vivre en réalité virtuelle à la première personne une aventure spatiale en réseau. Inspirant la méfiance ou au mieux l’ignorance aux employés de sa société, Robert se perd de longues heures sur sa version très privée de Infinity : une version du jeu aux couleurs de sa série rétro préférée : Space Fleet (pour ne pas dire Star Trek), dans laquelle il vit d’épiques aventures aux côtés d’un équipage coloré et enjoué. La création d’un nouveau membre virtuel dans son vaisseau va venir perturber l’harmonie apparente.

USS Callister se démarque, et de loin, des autres épisodes de cette saison tant par sa forme que son fond. La forme évidemment frappe dès les premières secondes : ambiance et codes narratifs à la Star Trek, et univers délicieusement rétro dans lequel se joue une grande aventure entre monstres extra-terrestres et astéroïdes. Ce premier épisode n’a rien à envier aux super-productions de science-fiction actuelles si ce n’est des effets spéciaux de pointe – et encore, l’épisode s’en passe très bien tant il est bon. Le rythme et la qualité de jeu des acteurs – j’ai été d’ailleurs charmée de retrouver Cristin Milioti (How I Met Your Mother) et Jimmi Simpson (Westworld) – en font un grand divertissement avec lequel on vibre pour ses personnages, on vit une aventure sans faire place une seule minute à l’ennui et dont l’esthétique rafraîchissante reste en mémoire.

Mais USS Callister ne se contente pas que d’aventures intergalactiques, il soigne également son fond en glissant des lectures multiples et des brides de réflexion pertinentes entre costumes kitschs et traversée de ceintures d’astéroïdes. L’épisode traite de façon pertinente des relations professionnelles et de la difficulté de la coexistence quotidienne sur un lieu de travail où l’on doit jongler entre collègues et impératifs professionnels. Il met en évidence les petits jeux bas qui se mettent en place dans le milieu de l’entreprise, micro-société avec ses propres codes, et qui affectent plus qu’on ne croit. Par ailleurs, l’épisode est également porteur d’un message très positif qu’on n’avait encore jamais entendu dans Black Mirror : Internet et les nouvelles technologies, si elles peuvent être des outils pour faire le « pire », peuvent également ouvrir au « meilleur ». Les personnages, d’abord malheureux dans une version fermée du jeu, hors réseau, aux couleurs d’une vieille série, renaissent littéralement en intégrant le cloud et en modernisant leurs technologies. Ce passage métaphorique à Internet, monde infini figuré par une galaxie inexplorée, est une bénédiction pour ces héros qui vont enfin pouvoir vivre une vie palpitante pleine de nouvelles aventures, découvertes et rencontres. Il faut donc être précautionneux avec notre nouvelle technologie et se méfier de certains usages abjects et malsains, pour autant, il ne faut pas se priver des petits miracles qu’elle permet aussi de réaliser.


Et vous, quel épisode de Black Mirror a gagné sa place dans votre cœur de spectateur ?

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d'horreur.

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