SÉRIE | LES GÉNIES DU MAL : La livraison de pizza qui tourne au braquage diabolique

« Aaaaaaaaah ça faisait longtemps !« , ai-je soupiré de contentement devant le générique de l’épisode final des Génies du Mal. Parce que oui, cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas faite happer par une des docu-séries dont Netflix a le secret plutôt mal gardé car j’en parle régulièrement sur le blog.

Dans la lignée du bouleversant THE KEEPERS ou du révoltant MAKING A MURDERER, Netflix propose une nouvelle série documentaire de 4 épisodes, réalisée par Barbara Schroeder, nous plongeant une fois de plus dans une affaire aux détails non résolus aussi sombre que fascinante.

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28 août 2003, Érié, Pennsylvanie. Brian Wells, livreur de pizza sans histoire, se présente un beau matin au guichet de la banque : à son cou, une bombe montée sur un collier en métal, à la main, une canne-fusil artisanale. Calmement, il présente 9 pages d’une longue notice informant l’agent d’accueil qu’il est contraint de braquer 250 000 dollars dans cette banque afin de pouvoir poursuivre la chasse au trésor qui lui permettra de trouver les clés permettant d’ouvrir le dispositif à son cou.

La police parvient à intercepter le braqueur sur le parking de la banque et fait rapidement appel à une société de déminage pour venir le libérer de son piège. Malheureusement, ces renforts n’arrivent pas à temps. La bombe explose. Brian meurt sur le coup.

Quelques jours plus tard, un autre livreur de pizzas, collègue de Brian, est trouvé mort d’une overdose. Deux semaines après le braquage, un homme contacte la police pour informer de la présence d’un cadavre dans son congélateur.

Une mauvaise odeur et beaucoup de questions flottent dans l’air lourd de Pennsylvanie : Brian Wells est-il victime ou complice de ce braquage ? Les deux nouveaux cadavres ont-ils un lien avec l’affaire du livreur de pizza ? Hélas, avant de pouvoir répondre à ces questions, bien d’autres mystères inquiétants vont faire surface.

UNE ENQUÊTE HALETANTE

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Il n’y a pas à dire. Ces séries-documentaires savent y faire. On se fait prendre à chaque fois.

Le premier épisode s’ouvre sur le portrait de Marjorie Diehl-Armstrong : Marge est une jeune femme belle, intelligente, magnétique, mais aussi, malade mentale et aujourd’hui tristement connue pour avoir passé une partie de sa vie en prison pour le meurtre d’un petit ami, puis pour orchestration d’un braquage meurtrier. Ambivalente et inquiétante, la figure de Marjorie Diehl-Armstrong est imprimée au bout de 5 minutes dans votre esprit, tout comme l’envie irrésistible d’en savoir plus.

L’enquête sur l’affaire du braquage de Brian Wells est incroyablement dense et riche en surprises. Le documentaire retrace sur plusieurs années les divers rebondissements qui l’ont rythmée. Chaque nouvelle étape de l’enquête est marquée par l’apparition d’un nouveau suspect et de nouvelles questions sans réponses, de quoi exciter la curiosité et l’invention de théories devant son petit écran jusqu’à la dernière minute.

Construite en 4 grands chapitres  – un par épisode -, la série est solidement structurée et rythmée. Images, enregistrements audio et vidéo d’archives et interviews alimentent la narration de cette enquête et l’imaginaire du spectateur. Comme tous ces formats sensiblement similaires, la réalisation et le montage sont efficacement exécutés, de telle manière qu’il n’est pas question de décrocher sans connaître le mot de la fin.

LE OU LES GÉNIE(S) DU MAL ?

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La couleur du documentaire est donnée avec le portrait introductif de Marjorie Diehl-Armstrong. Elle est dès les premières minutes le visage à retenir, la personnalité à redouter, la personne à blâmer.

Les Génies du Mal place Marjorie dans le rôle principal de la méchante machiavélique, et articule toute sa narration autour de cette figure. Plus les épisodes passent et plus sa présence à l’écran grandit – en même temps que les soupçons de sa culpabilité -, et plus  Marjorie est présentée et filmée comme une incarnation du Mal, plus que comme une femme aux problèmes psychiques dangereux. Il est vrai que différents éléments de l’enquête dévoilent la face trouble et inquiétante de cette femme, ce qui permet d’en faire un excellent personnage faute d’être une bonne personne. Marjorie est alors semblable à une figure fictive de meurtrier iconique – un enquêteur fait d’ailleurs allusion à scène du Silence des Agneaux en évoquant sa rencontre avec celle-ci. Cette mise en scène cinématographique accroche et donne une dimension vraiment sensationnelle à cette affaire – et elle l’est – et c’est autour de Marjorie que toute la curiosité finit par se concentrer.

Mais si ce procédé de réalisation et ce parti pris sont cinématographiquement efficaces, ils laissent néanmoins un peu perplexe. Nous le savons dès le début de l’enquête : plusieurs personnes sont de toute évidence à l’origine de ce casse de banque, Brian Wells portant des notes n’étant pas écrites de sa main et une bombe qu’il ne savait pas fabriquer. Marjorie n’est donc pas seule coupable dans cette affaire, certains de ses partenaires ont mis plus d’un main à la pâte, et pourtant, leur traitement dans le documentaire est bien différent. Quand Marjorie devient une figure diabolique, ses complices demeurent seulement des hommes, le plus souvent, abusés et manipulés par un esprit supérieur. Quand Marjorie est emprisonnée et jugée, ses complices échappent totalement ou partiellement à la justice.

Ces hommes sont-ils moins coupables que Marjorie ? Difficiles à dire, mais tout semble prouver qu’ils ont pris part à un braquage meurtrier et, pour cela,  ils ne font pas meilleure figure que Marjorie. Aussi, ce parti pris semble injuste et on regrette que ces complices ne soient pas au moins autant blâmés que la femme qui les a rassemblé.


Les Génies du Mal, malgré un parti pris discutable, est une excellente série documentaire. Elle propose une plongée passionnante dans une affaire complexe et dense, dont les nombreuses parts d’ombre restantes ont de quoi alimenter l’imagination du spectateur pendant ces 4 épisodes blindés d’adrénaline.

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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