SÉRIE | LOVE (NETFLIX)

C’est enfin le Printemps. Les premiers beaux jours qui s’allongent. Le Soleil chauffe à nouveau. Ma peau semble cuire délicieusement à basse température. Les odeurs de mon appartement, de mon quartier, de la rue se réchauffent elles-aussi ; expérience olfactive apaisante.

Je suis tombée amoureuse à l’aube d’ un Printemps et suis depuis toujours restée dans ce point de chute, dans le nid douillet d’une relation tendre et réconfortante. Le Printemps, c’ est cette saison qui réchauffe tout autour et à l’intérieur de moi. Je revis chaque année les premiers tâtonnements de ma relation, les premières hésitations mêlées à la certitude de plus en plus solide d’aimer l’autre. Les premiers fous-rires, les premiers échanges animés qui font se dire : « Il a été posé sur mon chemin pour moi ». Le plaisir hystérique de découvrir que quelqu’un dans le monde me complète et me fait du bien, que je ne me lasse pas de voir et que je voudrais pouvoir sentir contre moi à chaque instant.

LOVE, c’est l’histoire d’un Printemps.

UNE RENCONTRE CLICHÉE ENTRE CEUX QUE TOUT OPPOSE

Créee par Judd Apatow, Paul Rust et Lesley Arfin, LOVE propose du bonheur en sachet de dix épisodes sur Netflix depuis Février 2016. Sa suite en douze épisodes fait vibrer le cœur des bingewatchers depuis Mars dernier. Déjà 22 épisodes d’amour, alors, que penser de ces noces de bronze ?

LOVE, c’est l’histoire d’un garçon et d’une fille qui se rencontrent. Point. C’est une histoire d’amour qui, comme toutes les histoires d’amour, se suffit à elle-même : passion, émerveillement, suspense, coups de théâtre et coups de gueule, comédie et drame ; tout y est ! Pourquoi vouloir surcharger le paysage scénaristique ? LOVE, c’est le parti pris de la simplicité de l’histoire d’amour dans toute sa complexité et ses subtilités.

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Mickey et Gus viennent de mettre fin, chacun de leur côté, à une relation amoureuse toxique puisqu’elle ne comprenait plus le paramètre de l’amour. A l’occasion d’un triste passage à la supérette du quartier, Gus dépanne quelques centimes à Mickey et c’est là que tout commence mal – oui, faire l’amour pour dix centimes amène rarement à une relation très saine. Ces deux-là continuent , envers et contre tout, à se fréquenter, attirés l’un à l’autre par une curieuse alchimie. Malgré leurs efforts pour s’offrir une relation épanouissante, cet obstacle qu’est la vie leur barre par maintes fois la route.

Mickey, interprétée par la sublime Gillian Jacobs, affiche une moue triste, une garde-robe ultra pointue et un caractère impulsif gouverné par des émotions instables en toutes circonstances. Elle ne supporte pas l’ennui qu’elle tente d’assassiner à coups de soirées arrosées, de poudre blanche et de nuit de sexe sans lendemain. Dépendante affective, elle est toxique pour elle-même et pour les autres mais dégage néanmoins une sensibilité, une légèreté et un désir de vivre pleinement qui séduisent et attirent autour d’elle tout un tas de personnes dont elle souhaiterait pouvoir se passer : Gus, son ex, son patron ou sa nouvelle colocataire en font les frais. Ironiquement, elle travaille sur une émission de psychologie pour une webradio. Mickey, c’est une fureur de vivre qui ne trouve pas son bonheur.

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Gus, sous les sympathiques traits de Paul Rust, est ce mec gentil que tu connais sans doute. Impopulaire depuis le collège, il compense avec un naturel jovial et souriant, tâche toujours d’avoir un mot gentil et glisse une petite blague de tonton à l’occasion. Jamais contrariant, il dit « oui » à tout et tout le monde l’aime mais tout le monde l’oublie aussitôt. Bref, Gus, c’est ce type sympa que personne ne remarque. Professeur personnel pour la jeune actrice vedette de la série Witchita, il aspire à faire profiter de ses talents de narrateur en devenant scénariste. Face aux échecs, il se réfugie dans les histoires, les films, les séries, la musique et les petits comités d’amis.

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La série nous offre à voir la découverte de ces deux parfaits inconnus. Elle fait la part belle aux situations cocasses, à la magie d’un moment comme au terre à terre du quotidien, aux engueulades. Elle cherche à être vraie et à souligner la comédie et le drame du tissage de la relation entre deux personnes qui peinent à se comprendre et à se mêler malgré une attirance réelle. Mickey et Gus tentent tout pour être ensemble mais leurs différences empêchent une fusion passionnelle et facile espérée par le spectateur et c’est cette résistance qui fait l’âme de cette histoire. On prend plaisir à prendre tantôt le parti de Gus, tantôt celui de Mickey. La série n’hésite pas à unir et séparer à maintes reprises les deux personnages que nous suivons aussi individuellement, chacun de leur côté, rendant les retrouvailles entre les deux encore plus attendues et plus explosives.

MAIS PAS TOTALEMENT.

La série ne serait pas la réussite qu’elle est si elle ne faisait qu’exposer bien proprement le cliché du geek coincé qui parvient, malgré quelques accrochages, à séduire la nymphomane barrée. Gus et Mickey se ressemblent finalement plus qu’ils n’en ont l’air : trentenaires désabusés, ils repoussent la réalité chacun à leur façon. Tout deux insatisfaits d’une existence proposant peu de rêve à saisir, ensemble, ils forment les deux parenthèses nécessaires pour s’enfermer dans une autre réalité à deux où la complicité, l’absence de temporalité claire et la tendresse gouvernent. L’un trouve chez l’autre la petite folie et l’apaisement impossible à dénicher dans un arrière-plan professionnel et un quotidien objets de contrariétés. Évidemment, cet oasis de tendresse n’est pas toujours facile à accepter et à préserver mais il reste la meilleure solution à un mal de vivre. Malgré les difficultés, l’alchimie entre ces deux-là est indiscutable.

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Aussi, la série peut donner l’impression qu’il ne se passe pas grand chose. Et c’est vrai. Elle se pose en toute simplicité, respectant presque le rythme des jours bercés par l’attente d’un signe de l’autre, d’un prochain rendez-vous. La tendresse incroyable des premières longues discussions, des premières étreintes, des premières journées passer ensemble est transmise avec une douceur et une émotion très agréable à recevoir. Le spectateur, touché, tient avec plaisir la chandelle entre Mickey et Gus.

UN CACHET ANTI-DÉPRIME POUR BOBO TRENTENAIRE (ET AUTRES)

LOVE est un concentré de Feel good, qui parlera notamment à une génération de trentenaires dont Mickey et Gus sont des échantillons. Ultra référencée, la série fera mouche chez les enfants qui ont vu naître Internet à travers les références pointues de Gus en matière de films d’actions des années 80 et 90, son amour pour Friends ou les saga fantastiques. La bande-son frappée d’une étiquette « Musique Indé » ne sera pas sans déplaire elle aussi et participe à l’envoûtement général.

Par ailleurs, les mésaventures de Gus et Mickey rappelleront sans nulle doute des expériences passées ou présentes à ceux qui se reconnaissent en eux. La série expose sans broderie la difficulté d’être et de vivre à trente ans, ballotté entre la jeunesse fougueuse et l’âge de raison; la frustration de ne pas accéder à ses rêves comme on l’avait espérer: la sensation de n’avoir encore rien construit, rien réussit; l’ ennui d’une vie active subie, la complexité d’être un être social parfait. Mais elle n’ oublie pas pour autant de sublimer les petits bonheurs du quotidien : la magie d’une rencontre, le plaisir d’être entouré de ses amis, le besoin de l’art et des loisirs pour s’évader.


Un coup de Spleen ? Par sa musique, son essence nourrie de pop-culture et la simplicité de ce qu’elle raconte, la série de Judd Appatow est ce qu’il vous faut. Je ne peux que vous conseiller de prendre une pilule de LOVE, garantie sans effets secondaires indésirables mais pas sans dépendance.

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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