SERIE | Master of None (NETFLIX)

Si vous connaissez Aziz Ansari, vous avez sans doute déjà frappé dans vos mains devant l’un de ses stand-up ou vous avez peut-être ressenti un petit quelque chose à la fin d’un épisode de Master of None. Pour les non-initiés, je vous propose d’en savoir un peu plus en vous touchant deux mots – en réalité plus – sur un artiste franchement sympathique et sa série d’une qualité frappante et d’une beauté qui ne laisse pas indifférent.

Aziz Ansari, c’est d’abord un acteur de comédie, puis un humoriste et plus récemment, un producteur, réalisateur et écrivain américain d’origine indienne. Il se fait connaître grâce à la sitcom Parks and Recreations entre 2009 et 2013. Suite à ce succès, il se lance dans le stand-up avec talent : dans les spectacles Buried Alive (2013) et Live at the Madison Garden (2015), il pose un regard piquant mais tendre qui fait son charme sur la société occidentale actuelle ; il se confie avec humour sur les petites choses de son quotidien (et du nôtre), ses relations et ses grandes questions existentielles. L’amour et sa double culture sont au centre de ses préoccupations et opèrent un duo gagnant. Les deux spectacles sont disponibles sur Netflix et je vous encourage chaudement à passer un après-midi ou une soirée avec Aziz, il est de bonne compagnie.

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En 2015, il créé avec Alan Young la série semi-autobiographique Master of None, signifiant littéralement « Maître de rien » et expression faisant référence à quelqu’un ayant de multiples compétences mais sans réel talent pour aucune – on sera nombreux à se reconnaître. En 2016, la deuxième saison fait son apparition sur Netflix. Dans ces vingt épisodes, on suit à travers les rues de New-York, les bars et restaurants chics et des appartements à faire baver d’envie, les aventures d’Azi…Dev, comédien d’origine indienne à la recherche de grands rôles pour le cinéma mais aussi et surtout, trentenaire à la recherche de l’amour. Ses amis et parents – interprétés par les vrais parents de l’acteur – l’accompagnent et le conseillent au mieux dans ces deux quêtes.

MASTER OF NONE SAISON 1 

UNE CONFISERIE COMIQUE A DÉCORS BOURGEOIS

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Cette première saison s’ouvre sur un accident de préservatif entre Dev et une jeune femme fraîchement rencontrée avec qui le courant est visiblement bien passé, Rachel. Finalement sans incidence, cet épisode fait résonner la voix de Jacques Dutronc entonnant « Il est cinq heures, Paris s’éveille » et nous introduit dans la vie de Dev, jeune américain qui malgré une médiocre carrière d’acteur évolue dans les sphères bobo de New-York. On rencontre sa bande d’amis colorée et hétérogène dont Arnold, un grand type déjanté ou Denise, une amie d’enfance homosexuelle au fort caractère, avec qui il coule une vie plutôt douce. Son quotidien est bouleversé par l’arrivée fracassante du charme agissant de Rachel qu’il n’a finalement pas mise enceinte. Avec elle, il va entreprendre le voyage de la séduction et d’une vie à deux peut-être pour la vie…

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Dès les premières minutes, la série se montre sous son premier visage : la comédie. L’humour est au cœur de l’action et des réflexions amorcées, et il est bien vif. Les répliques de Dev et de ses camarades font mouche à un rythme effréné proche du débit de parole d’Aziz Ansari. La série est donc bavarde et pas avare en bonnes réparties, petites pointes bien senties et en discussions riches et joviales qui ne s’essoufflent jamais. Les situations cocasses du quotidien sont également mises en scène pour en souligner l’absurde, la beauté ou en dénoncer l’anormalité. Aussi, plus la série avance, plus elle dévoile un second visage : une regard grand ouvert sur notre société et la volonté de partager ce regard. Le projet d’Aziz Ansari est clairement de tenter de « toucher à tout », de représenter un maximum d’individualités, de sujets de préoccupations à échelle humaine. Il donne à voir les difficultés que rencontrent les femmes quotidiennement, celles des personnes issues de cultures différentes, celles des jeunes parents ou des jeunes couples. Toujours piquante mais jamais acide, la série, bien que clairement inscrite dans une veine feelgood, ne se cache pas derrière un masque d’idéalisme et offre une vision réaliste sur les gens et la vie que l’on prend plaisir à recevoir. La réalisation léchée confère aussi une finesse supplémentaire à ces réflexions en plus de rendre l’ensemble plaisant à suivre. La musique, très présente et éclectique – on passe de la chanson française, au hip-hop sans oublier le rock ou l’électro – participe à construire une ambiance à la fois animée et intimiste dans laquelle s’épanouissent les personnages et les thèmes abordés.

Cette première saison est donc teintée à la fois de légèreté et de profondeur dans un format très travaillé, lumineux et coloré qui permet de passer un très agréable moment après une longue journée.

MASTER OF NONE SAISON 2

LA MATURITÉ SUR UN AIR D’ITALO DISCO

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Pour des raisons que vous comprendrez en regardant assidûment la saison 1, la deuxième saison de Master of None s’ouvre sur une Italie en noir et blanc dans laquelle Dev a trouvé refuge pour faire une pause avec la vie new yorkaise et mener une véritable dolce vita, entre terrasses entre amis et pâtes fraîches. Très vite, il prend conscience qu’il ne peut pas fuir éternellement et retourne sur le grand continent sur lequel il sera bien vite occupé entre sa nouvelle carrière de présentateur d’émissions culinaires et une nouvelle histoire d’amour…

La recette de cette deuxième saison repose sur l’alliance des qualités de la première – humour, réflexions et réalisation – auxquelles on a conféré une plus grande qualité encore. Plus profonde, plus fine, plus pertinente, plus émotionnelle, Master of None saison 2, c’est Master of None en mieux. Les ingrédients de la recette ont gagné la maturité nécessaire pour faire passer la série du côté des « bonnes séries » à celui des « excellentes séries ». Les thèmes au cœur de la saison sont sensiblement les mêmes qu’auparavant : l’amour, la différence culturelle, la vie ; mais on en fait une expérience bien plus marquante. L’intrigue amoureuse se fait plus complexe, plus subtile, et de ce fait, plus dramatique. La diversité culturelle n’est plus représentée à travers le seul personnage de Dev qui sait maintenant s’effacer pour conférer le rôle principal à des inconnus de tous les jours : un groom noir, une caissière sourde ou un chauffeur de taxi, noir lui aussi. Un épisode entier (superbe) est consacré à Denise et à la découverte de sa propre homosexualité et à l’impact de l’aveu de celle-ci à sa mère. Et même si le ton se veut plus sérieux, celui-ci se fait aussi toujours le plus joyeux possible; l’humour ne pouvant s’effacer totalement face aux caprices de la vie. Il s’agit toujours d’une comédie mais une comédie franchement émouvante. La réalisation, toujours frappée d’une excellente ambiance musicale colorée de sonorités italiennes, est elle aussi plus aboutie et intelligente. Elle est belle et se contemple à certains moments de grâce (il faut voir la fin de cet épisode 5 !).


Vous l’aurez compris, ce serait une erreur que de se priver du bonheur de faire la rencontre d’ Aziz Ansari et de sa série. A l’image du comédien, la série est pleine de bonne humeur et de bons sentiments qui ne tournent pas à la mièvrerie. Ce rayonnement positif vous garantit un excellent moment, promis.

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