SÉRIE | The Defenders (NETFLIX)

J’aime les samedis soirs car ils me transportent. Mais ce que je préfère dans les samedis soirs, c’est lorsque je ne sais pas —encore— qu’ils vont me transporter. Qu’on se le dise : je ne suis pas le public des œuvres de super-héros. Quelques comics de Batman se disputent une visibilité dans ma bibliothèque, j’ai mis des années à comprendre qui était chez Marvel et qui était chez DC, et la multiplication des séries télévisées débarquées sur TF1 a achevé de forger mon incompréhension de ces univers connectés qui me dépassent.

J’ai lâché Daredevil, ignoré Luke Cage et fui Iron Fist. Seule la série Jessica Jones m’a fait vibrer : je suis littéralement tombée sous le charme de Krysten Ritter prêtant ses traits à une anti-héroïne névrosée en pleine spirale auto-destructrice dans une première saison tout en jeu psychologique face à un David Tennant plus solaire que jamais. Mon impatience grandissante vis-à-vis de cette deuxième saison qui tarde à arriver est peut-être le seul argument qui m’a poussée à choisir de regarder The Defenders. Autant vous dire que la série n’avait rien pour me séduire d’emblée, mais, samedi soir, j’étais à New York.

Dans cette mini-série pensée en amont comme un one shot, Matt Murdock « Daredevil », Luke Cage, Danny Rand « Iron Fist » et Jessica Jones vont être amenés à former l’équipe des Defenders pour sauver New York des méchants. Le but : donner envie de connaître la suite des aventures des quatre héros. Le contrat est-il rempli ? Mon expérience globale m’amènerait finalement à répondre par la positive. À mon tour, maintenant, de vous donner envie de passer votre samedi à New York.

 

 

La série ouvre sur une remise en contexte des situations de chaque personnage. Si, pour beaucoup, elle n’a pas franchement changé depuis le dernier épisode de leurs séries individuelles respectives (puisque la série s’inscrit dans cette temporalité précise), j’ai trouvé le procédé de présentation élégant. Par ailleurs, il m’a pas mal déculpabilisée de ne pas avoir suivi toutes les séries individuelles assidûment et permet à un spectateur novice de rapidement saisir qui est qui et qui fait quoi. Ainsi les personnages principaux sont rapidement de nouveau présentés, de même que les personnages secondaires gravitant autour d’eux. Les motivations des méchants en titre, l’organisation de la « Main » déjà connue dans Daredevil et Iron Fist, sont elles aussi mises sur la table.

Au final, Matt, Luke, Jessica et Danny vivent leur vie et ne semblent pas prêts de se croiser. J’ai trouvé ce parti pris intéressant car Marco Ramirez, le showrunner, semble avoir préféré une approche réaliste loin du caricatural qui se serait inscrit en faux par rapport à cette esthétique réaliste globale qui transparaît tout au long des épisodes. Ce contre-pied alimente une douce frustration qui vient trouver sa libération lors de la rencontre tant attendue et donne également le ton d’une volonté de narrer ces quatre personnages au but commun sans les réduire à un simple groupe.

Point fort de l’intrigue : elle est basée sur du mysticisme et on se laisse facilement entraîner dans l’histoire. Cette touche de magie contraste de manière agréable avec l’intention générale plus pragmatique. Point faible : elle place Iron Fist en son centre, quand bien même il reste selon moi le personnage le moins charismatique et –surtout– le plus agaçant. La réduction du nombre d’épisodes à huit oblige le rythme à monter crescendo et je n’ai pas ressenti de moment creux venant casser cette accélération à un quelconque moment.

 

 

La série se pare d’une réalisation léchée. Le parti pris d’une esthétique simple fonctionne : l’absence d’effets spéciaux spectaculaires atténue le côté caricatural des super-héros et rend la production très réaliste à l’instar de ses prédécesseures en plus de mettre en lumière les quelques effets spéciaux présents tel que le poing d’Iron Fist, par exemple. L’accent est mis sur le propos et sur l’action de ces héros pas si extraordinaires.

Le ton est sombre comme les rues nocturnes d’un New York qui s’apprête à s’écrouler. Mais qui dit esthétique simple ne veut pas dire esthétique inexistante, au contraire. J’ai beaucoup apprécié la multitude de détails qui confèrent une lecture sémiologique très claire des éléments à l’écran. Cela n’a échappé à personne : la promotion de la série s’est appuyée sur un code couleur donné à chaque personnage (le rouge pour Daredevil, le bleu pour Jessica Jones, le jaune pour Luke Cage et le vert pour Iron Fist) et j’ai été agréablement surprise de constater que ce n’était pas qu’un simple élément de promotion mais un fil rouge de la série. En clair, ce code couleur des personnages est partout : dans les jeux de lumières, les éléments d’arrière plan, les vêtements. Le décor fourmille d’images et d’accessoires donnant du sens aux scènes : photos, images, lieux…

Mon seul point négatif se situerait au niveau d’une bande son que j’ai trouvée fade, à la limite de l’inexistence, alors qu’elle aurait pu ajouter plus de caractère à l’ensemble. Ne méprenez pas mon propos : même une bande son discrète peut avoir beaucoup de force. Il ne s’agit pas ici de la discrétion des pistes musicales mais bien de leur composition. Aucune piste, même celle des combats, ne m’a paru avoir d’intensité significative.

 

 

Je ne vous l’ai pas caché : mon principal et seul attrait pour la série était la sublime Jessica Jones, et ma plus grande satisfaction est sans doute d’avoir vu les individualités des personnages totalement respectées. En clair, aucun des quatre héros ne se détache pour venir phagocyter l’importance des trois autres. Cet équilibre est en partie dû au fait qu’on les voit rarement tous réunis : le réalisateur a préféré jongler avec les duos et les trios. Jessica Jones/Daredevil, Luke Cage/Iron Fist, Jessica Jones/Luke Cage, Daredevil/Iron Fist… Les personnalités se révèlent, les phrasés s’entrechoquent et les opposés finissent tout de même par s’attirer tout en évitant l’effet squad gang.

Les personnages secondaires sont également mis en lumière et se voient accordée une place importante dans l’intrigue. Il est par ailleurs assez jouissif de tous les voir commuter dans cette histoire qui les réunit finalement, certains ayant déjà posé quelques bases dans les séries précédentes. Sur ce terrain, les scénaristes n’ont d’ailleurs pas été avares en interactions, tissant minutieusement la toile de cet univers partagé que j’espère continuer de retrouver par petites touches par la suite.

De manière générale, je ne ferai qu’affirmer des évidences en relevant que le casting est très bon, exception faite, peut-être, de Danny Super Filsderiche dont la propension à la victimisation et à l’inconscience m’a parue terriblement agaçante mais la faute incombe sûrement plus à l’écriture du personnage qu’à l’acteur. La présence de Sigourney Weaver et même l’apparition de Carrie-Anne Moss donnent des accents très classes mais n’éclipsent pas pour autant le reste du cast qui s’harmonise.

 

 

Au final j’ai sincèrement apprécié cette série au point de regarder les huit épisodes en une soirée (pas de jugement, s’il vous plaît, nous avons tous nos faiblesses), peut-être parce que je me suis préservée de regarder l’entièreté des séries individuelles avant de commencer celle-ci et que je n’ai, de fait, pas eu le ras le bol et cette impression de lenteur que d’autres spectateurs ont ressentie.

L’histoire tient debout, les personnages sont crédibles et s’interconnectent de manière intéressante et la réalisation simple est efficace. La série se regarde bien et je l’ai dégustée comme un apéritif servi avant la suite des festivités. Le final invite clairement à continuer de suivre les aventures des quatre héros et la magie a opéré sur moi (à l’exception d’Iron Fist, faut pas déconner). Je trouve même dommage que la série ait été pensée comme un one-shot et ne prévoie pas de seconde saison pour le moment car l’alchimie de ces quatre personnalités fonctionne bien et le clivage est réellement satisfaisant. Reste à espérer que l’idée refera surface une fois les secondes saisons des séries individuelles achevées.

Crédit photo Sarah Shatz/Netflix

2 Commentaires

  1. Merci pour cet avis qui donne envie !

  2. Personnellement, j’ai trouvé que l’intrigue a été mal amené. A aucun moment de la saison, on sent la présence de l’antagoniste ou de ses actions. Ils ont rien fait de réellement malveillant envers la population, qui ferait que le spectateur puisse juger de la cause juste des héros (comme on a pu avoir avec Kingpin ou Kilgrave). Mais tout ce qu’on a, c’est de les entendre nous rabâcher à chaque épisode « Oulala, ils sont très méchants. Il faut les arrêter. » ou « Il faut sauver New York. ». Et on a la même chose de l’autre côté, avec le personnage de Sigourney Weaver qui va dire à qui veut l’entendre « On a notre arme ultime, elle va nous sauver » qui va être décrédibilisé en moins de deux secondes à plusieurs moments.

    Après ça, les personnages et leurs rencontres ont été relativement bien mis en scène. Elles se font assez rapidement, et on ressent très peu de raccourcis scénaristiques. Par contre, les relations inter-personnelles par la suite sont totalement oubliées, éclipsées par des scènes d’action sans réel enjeu. On en arrive donc à avoir des choses étranges, comme la scène où Daredevil dit le chose la plus niaise à l’oreille d’Ironfist (et qu’on cache au spectateur pour au final le dire 10min plus tard) comme si ils étaient deux grands amis.

    Je rejoins sur la bande son, elle est quasiment inexistante et la seule fois où on la remarque, elle est inapproprié (durant le combat final).

    Si je devais donner une note sur la série, elle serait mitigé. Les séries individuelles étaient mieux réussi à mon sens.

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