TELEREALITE | TERRACE HOUSE : boys & girls in the city (NETFLIX)

Ceux qui me fréquentent trop ne sont pas sans connaître ma fascination quasi-morbide pour la télé réalité française, de ses Princes de l’amour à ses Marseillais en passant par l’inévitable Secret Story de l’été, j’avoue sans rougir connaître quelques Julien, Jessica et Kévin du petit écran et prendre un malin plaisir à suivre les aventures sans rebondissements de ces jeunes adultes obsédés par leur propre image, aux aspirations déconcertantes et à l’esprit tristement creux ; tout en m’insurgeant et grommelant face à mon écran les critiques les plus banales formulées à l’encontre de ces formats depuis leur naissance. Conservant mon cerveau branché pour l’expérience, je me sens une âme d’ethnologue face à ces programmes, chargée d’un travail de recherche parfaitement inutile pour en arriver à la conclusion : « ... ». Alors oui, quelque chose m’attire fatalement dans la télé réalité mais me frustre à la fois. Si mes pulsions voyeuristes sont satisfaites de l’observation de l’absurdité humaine en milieu semi clos dans une ambiance becketienne discount, elles trouvent aussi rapidement leur limite et tombent sur un os, qui est aussi celui que j’aime ronger : l’absurde, tout cela n’est qu’absurde.

C’est au détour d’un moment d’errance sur Netflix, faisant défiler le catalogue à la recherche d’un programme pour mon plat de pâtes du Dimanche et moi-même que m’apparaît pour la première fois le titre TERRACE HOUSE sous lequel je peux lire en diagonale ces trois mots séduisants : « télé-réalité-japonaise ». Mon sang n’a fait qu’un tour, mon cerveau a soupiré « et c’est reparti… » et une porte s’est ouverte sur une agréable surprise.

TERRACE HOUSE ?

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TERRACE HOUSE est un programme de télé réalité japonais qui a vu le jour en Octobre 2012 sur Fuji Television sous le titre « Terrace House : boys & girls next door ». Il s’est étendu sur huit saisons jusqu’en Septembre 2014 avant de donner suite à un final sous la forme d’un long métrage : « Terrace House : Closing door ». En 2015, Netflix et Fuji Television s’associent et co-produisent « Terrace House : boys and girls in the city ». Une autre saison se déroulant à Hawaï est également co-produite en 2016 sous le nom de « Terrace House : Aloha State ». Chaque épisode dure une trentaine de minutes et alterne des séquences d’images tournées au cœur de la résidence des participants et des séquences de commentaires par une bande de commentateurs de l’émission.

Le but premier du programme, comme pour nos émissions françaises, est de réunir plusieurs jeunes personnes qui ne se connaissent pas au même endroit. Ici, trois garçons et trois filles, tous célibataires, se retrouvent dans une immense maison de Tokyo comprenant le pack modernité-piscine-confort et bénéficient même d’un 4×4 pour leurs déplacements. Mais tout l’intérêt de la télé réalité japonaise repose sur cette ligne de concept : Terrace House n’est qu’un lieu d’habitation, placée sous caméras, pour ses habitants. En effet, les participants se réunissent, mangent, dorment au même endroit mais continuent à vivre leur vie normalement. Ils sortent à l’extérieur, avec leurs amis, leurs familles ou leurs nouveaux colocataires, revoient leurs exs, commentent l’émission diffusée en différée avec leurs proches ; ils vont étudier et travailler selon leurs horaires habituels, passent leurs examens et des entretiens d’embauche sérieux. Rien n’est scénarisé, tout est authentique. Plus que des candidats, les participants sont avant tout des personnes et les mêmes personnes qu’à l’extérieur de leur vie médiatique. De plus, la maison est ouverte en continue pendant un an, aussi, les candidats décident de quitter la maison quand bon leur semble, quand ils estiment avoir fait le tour de leur expérience pour laisser la place à de nouveaux arrivants. Il arrive donc qu’on ne voit que très peu certaines personnalités. On est donc sur de la télé réalité augmentée, offrant une grande marge de liberté aux participants.

Parallèlement aux images filmées dans la maison ou lors des sorties des habitants, on retrouve dans un salon une équipe de présentateurs-commentateurs, également spectateurs de l’émission, qui partagent dans la bonne humeur leurs impressions sur le vif. Là encore, c’est une touche originale comparé à nos programmes français. Cette petite bande joue le rôle du spectateur qui réagit face à son écran : certains jouent les mauvaises langues tandis que les autres temporisent et commentent avec plus de tendresse les images. L’ambiance y est bonne enfant, les personnalités sont sympathiques et apportent un vrai plus au programme.

UNE TÉLÉ RÉALITÉ INTELLIGENTE ?

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Mais alors, qu’est-ce qui rend Uchi, Minori ou Yuki plus attachants que Hillary, Fidji ou Gabano ? (Admirez mes références). Et bien nos équivalents japonais sont des gens « normaux », et j’entends par « normal », des personnes respectueuses, polies, gentilles, à l’écoute de l’autre et un minimum cultivées. Ainsi, au début de la saison cohabitent un coiffeur ambitieux, une étudiante en médecine, un danseur et professeur de claquettes ou une serveuse et employée de bureau. Bref, des personnes comme vous et moi, avec qui l’on pourrait sympathiser si on les rencontrait. Aussi, les rapports entre les différents participants sont intelligents, les conversations posées et l’expression des émotions subtile. La maison est habitée par un grand calme pour ne pas parler de silence. On oublie vite les cris et les insultes des Anges et on s’en passe au profit de rapports humains sains. Il est d’ailleurs surprenant, même pour nous européens bien élevés, de voir comme un grand conflit, selon les candidats et commentateurs, ne paraît être qu’un petit accroc maladroit pour nous tant tout se passe en souplesse et se règle par une confrontation et une conversation réfléchie et mature. Le programme ne s’adresse donc pas à notre fainéantise ou à notre passivité cérébrale, seulement à notre curiosité. On prend un réel plaisir à suivre l’évolution des habitants, dans leur vie personnelle, professionnelle et affective, et à voir se tisser des liens d’amitié, et plus, entre certains. Si les conflits sont quasi absents, l’émission ne nous laisse pas en reste puisqu’elle rassemble tout de même une bande de jeunes célibataires dans l’espoir que des histoires amoureuses naissent. C’est avec beaucoup de tendresse que l’on assiste aux premiers rapprochements et à l’expression sincère et touchante de sentiments nouveaux.

L’équipe de spectateurs-commentateurs n’est pas en reste. Ces séquences apportent une dimension méta au programme puisque l’on voit un public réagir « en direct » à un épisode, tout comme nous le faisons nous-même au moment du visionnage. Les échanges sont drôles, moqueurs mais jamais méchants, et cherchent à analyser les comportements des candidats, en soulignant les qualités et les défauts. Cette alternance entre les images des candidats et ce moment de pause-bilan apporte du rythme au programme et en accentue la dimension divertissante.

Enfin, il faut souligner la qualité de la réalisation et des images de l’émission : les couleurs et les lumières sont belles, les plans sont travaillés ; on ne retrouve rien de tel dans nos programmes français, Netflix n’y est sans doute pas pour rien. C’est un plaisir à regarder.

Au vu de ces qualités, Terrace House se suit comme une série sauf que les personnages ne sont pas fictionnels et permettent sans doute un attachement et un plaisir par procuration différents.

UNE AUTRE FAÇON DE DÉCOUVRIR LE JAPON

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La télé réalité Terrace House ayant lieu au Japon, réunissant des japonais dans un Tokyo, et ses environs, laissé à la liberté des candidats offre aux spectateurs étrangers un autre intérêt que le pur divertissement : la possibilité de découvrir un peu plus le Japon, ou du moins, de prendre plaisir à évoluer avec les candidats à travers celui-ci. Sur le plan géographique, on visite Tokyo par fragments, on traverse de petites rues, s’arrêtent dans des restaurants. On profite également des hauteurs japonaises lors de rendez-vous amoureux plus proches de la nature. Sur le plan culturel, on lit des habitudes et des traditions dans les gestes et les mots des candidats entre eux : la pudeur, la réserve, la valeur du travail et de l’effort, la volonté de ne pas blesser son interlocuteur… On salive également beaucoup et envie les assiettes pleines de spécialités japonaises que mangent les participants. L’émission permet donc une immersion dans ce pays et sa culture et revêt de ce fait une dimension presque documentaire, pour mon plus grand plaisir et peut-être le vôtre.


TERRACE HOUSE est bien plus qu’une télé réalité en comparaison à nos programmes français : joliment produite, l’émission est à mi-chemin entre la série et le documentaire et nous offre de grands moments de beauté à partager, autant par ces paysages que par la douceur des relations entre ces jeunes colocataires japonais, venus chercher l’amour ou tout simplement, vivre une expérience unique.

Littéraire pas ratée, aquarelliste débutante et consommatrice boulimique de films d’horreur.

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