BILLET | Le zéro déchet, c’est pas (qu’)un problème de bobo

Les années passent et les prises de consciences n’en finissent pas de nous frapper. Voilà que ce qui nous glissait sur le corps jusqu’à maintenant finit par nous poser un sérieux cas de conscience. On se roule en boule pendant un moment et, après quelques inspirations, on se résigne à accepter de porter ce poids sur ses épaules en tentant de changer les choses.

Malgré mes prises de positions et mes changements successifs, mon dernier souci en date m’ouvre à un nouveau questionnement. C’est ma pollution. Un soir, au moment de sortir mes poubelles, ça me frappe : je pollue. Terriblement. Quelque part dans la nature gît une partie de mes déchets qui ne sera jamais bio-dégradée. Je pourris sûrement terres et mers, j’empoisonne la faune et la flore de cette planète que je prétends pourtant aimer. Du haut de mon petit confort, j’ai préféré détourner les yeux même lorsque cette réalité m’a été explicitement questionnée. En plus, question écologie, et malgré ma prise d’informations là dessus, je botte souvent en touche.

Il y a bien longtemps, j’étais tombée par hasard sur un talk TED où une dénommée Lauren Singer montrait un petit bocal en verre qui contenait « ses déchets des trois dernières années » . Sur le coup, j’avais seulement trouvé ça curieux. Mais là, son message a soudainement résonné très différemment en moi.

Qu’on se le dise : je ne fais pas partie de ceux qui se laissent convaincre que « c’est comme ça, on n’y peut rien » ou que « c’est pas nous qui polluons le plus au final, c’est la faute des usines » . Au contraire, nous sommes sept milliards d’humains sur cette planète, et cela fait presque autant d’initiatives individuelles qui, les unes ajoutées aux autres, peuvent faire changer les choses. Alors changeons-les.

DO IT

Dans ma cuisine

Les courses

J’ai pris le problème à la racine en commençant par contrôler les denrées de première nécessité que j’acquérais au moyen de transactions monétaires (mes courses, quoi). J’ai traqué emballages et sur-emballages et une partie de mon problème a été résolu lorsque je me suis décidée à enfin explorer une contrée que j’avais jusqu’ici largement boudée à grand renfort de « c’est trop cher » et de « mais de toute manière tout est cancérigène alors autant acheter mes tomates pesticidées à seulement 2€ » : les magasins bio.

J’ai brièvement songé à repartir avec tout un tas de produits que je découvrais quitte à y laisser une partie de ma fortune, mais je suis vite revenue à la raison (enfin, pour cette fois). Ce qui m’a intéressé, c’est surtout leurs produits en vrac. Vendus au poids et en libre service, la manœuvre est assez auto-explicative : vous vous servez, vous pesez, vous payez. J’ai d’ailleurs été très surprise de ma facture au final (ce qui a au passage fait tomber l’un de mes arguments à l’encontre des magasins bio) qui est certes élevée lorsqu’on ressort avec tous nos paquets, mais qui, comparée au rachat plus fréquents des mêmes produits en grandes surfaces classiques, finit par être plus rentable sur la durée.

Le bénéfice écologique s’annulerait évidemment si je fourrais tout ça dans de multiples sacs en papier, donc j’ai dû là aussi trouver une solution. J’ai opté pour des sachets en toile pour les céréales mais aussi pour les fruits et légumes, eux-mêmes mis dans un tote bag (le fameux…) en tissu. La pratique étant encore très peu répandue, je suis souvent obligée de justifier que « ce sont les miens » et que « je ne les ai pas volés » en expliquant un peu la démarche mais j’ai bon espoir qu’avec le temps cette pratique finisse par se démocratiser. Pour ceux que ça intéresserait, j’ai trouvé mes sachets ici sur Amazon (expédiés et emballés, certes, mais je ne savais pas vraiment où les trouver ailleurs), mais à la réflexion je suppose qu’il doit y en avoir en vente dans les magasins qui font du vrac.

La cuisine

J’ai dû ici aussi ruser et même exercer un peu d’autorité sur moi-même, à commencer par la cuisine de saison. Autant vous le dire : en matière de végétaux j’adore l’été et déteste littéralement le reste des saisons. Mais s’il faut faire avec, alors je joue les bonnes élèves. Je les prends frais en vrac ou plus rarement surgelés. Dans mon élan, j’ai même voulu acheter un petit appareil à compost d’appartement, mais lorsque j’ai vu le prix (une cinquantaine d’euros au bas mot) je me suis dit qu’il ne fallait pas brûler les étapes.

Je fais également pousser mes propres herbes aromatiques. Alors, dit comme ça, vous devez sûrement penser que j’entre durement dans la trentaine et que je me la joue hipster. Je vous arrête tout de suite : je ne suis pas hipster. Cependant je cuisine énormément avec des épices et autres aromates et avoir ce petit set est aussi pratique qu’économique. Je vais casser tous les clichés : j’habite actuellement en Normandie mais mes plantes vont super bien. Je n’ai pas la main verte mais elles sont en bonne santé. Vous n’avez plus d’excuse. Mon set de plantes aromatiques ressemble plus ou moins à celui-ci, néanmoins c’est un cadeau donc je n’ai pas de vraie référence à vous donner.

J’ai acheté des pots pour mes aliments en vrac. En plastique (l’erreur du débutant…), mais ils sont quand même une très bonne alternative aux emballages en carton imprimé cancérigènes (je parle vraiment comme une trentenaire, là, non ?). Je vous inviterai quand même à plutôt préférer les pots de conditionnement en verre.

Depuis quelques mois je bois de l’eau du robinet. Vivons pleinement. C’est un choix sur lequel j’ai encore du mal à me positionner tant on entend tout et son contraire sur l’eau du robinet mais également sur l’eau en bouteille. Toujours est-il que je ne jette plus de bouteille en plastique.

Enfin, j’ai remplacé les serviettes et essuie-tout par des torchons. Ça n’a l’air de rien, mais quand on réfléchit à l’utilité profonde de l’essuie-tout, c’est quand même d’être destiné à essuyer un truc une fois avant de terminer dans une poubelle. Voilà voilà.

Quand mes chats ne viennent pas sournoisement les grignoter, mes plantes aromatiques vont bien.

La salle de bains

La salle de bain est mon second poste de production de déchets ménagers. Pourtant, difficile d’imaginer que l’on peut utiliser autre chose que du gel douche et du shampoing conditionnés dans des petits récipients en plastique souple. Qu’à cela ne tienne : j’ai trouvé quelques alternatives plutôt probantes.

J’ai commencé par remplacer le gel douche par du savon. Là encore ça n’a l’air de rien, mais le pain de savon peut même ne posséder aucun emballage. Une fois dissout sur votre corps, il ne reste aucun déchet. Personnellement je les achète chez Lush, une enseigne que j’apprécie depuis une bonne dizaine d’années pour son engagement envers la cause animale. Tous leurs produits sont sans cruauté et une bonne partie est même vegan, c’est-à-dire sans aucun produit animal dedans. Ils ont des savons « à la coupe » présentés comme des fromages dans lesquels ils découpent un morceau au poids de votre choix. Mon petit chouchou est le rockstar au divin parfum de bubble gum mais le choix est très large. Il existe également des shampoings solides sur le même principe. Ça fonctionne bien, ça dure longtemps et il n’y a rien d’autre à ajouter.

Toujours chez Lush, j’ai testé le dentifrice solide. J’ai longtemps été à la fois extrêmement sceptique et extrêmement curieuse quant à ce produit. Le principe est assez simple : croquez une pastille, frottez avec votre brosse à dents et vous connaissez la suite. Je valide complètement le concept pour trois raisons : il fait très bien le job, il contient beaucoup de pastilles et il n’a qu’un emballage (la petite bouteille en plastique, contre deux pour un dentifrice classique: le tube et le carton). Il faut quand même que je vous prévienne : l’un des ingrédients principaux étant le bicarbonate de soude, ce goût est très fort avant de devenir mentholé. Personnellement je déteste ce goût, donc autant vous dire que je passe toujours la première minute et demi à arborer une légère grimace de regret.

J’ai également fini par remplacer pas mal de produits industriels par des équivalents naturels pour réduire mes déchets mais aussi par contrainte corporelle. Autant vous l’avouer : j’ai une peau nulle qui manifeste son mécontentement dès qu’un produit est un tant soit peu abrasif. Je me démaquille maintenant avec de l’huile de coco, mon gommage est un mélange d’huile de coco et de marc de café (réutilisation, vous voyez le truc), et ça me réussit plutôt bien. Ma prochaine étape est de remplacer lingettes et autres cotons jetables par des vrais cotons réutilisables.

Le fameux savon rockstar. Il sent très bon, même si je sais que vous n’en doutiez pas.

Les habitudes

En matière de cuisine j’opte maintenant pour ce que les YouTubeuses fitgirl de la YouTubosphère mondiale appellent le « meal prep« , c’est-à-dire l’idée de préparer à l’avance tous ses repas de la semaine. N’allez pas vous faire des idées : je le fais principalement par flemme. Le seul inconvénient est de savoir que l’on va manger peu ou prou les quelques mêmes repas pendant plusieurs jours d’affilée. En ce moment, une bonne dose de riz et de dahl font mon bonheur et je n’ai plus qu’à y rajouter des légumes avant de servir.

J’ai également appris à ne plus être dans la sur-consommation. Je n’achète plus ce qui s’apparente à du plaisir occasionnel pour me concentrer vraiment sur des repas plus qualitatifs. Au final, ces plaisirs occasionnels ne me manquent pas. Je préfère faire des courses plus restreintes mais plus régulières pour toutes les denrées périssables.

J’ai la chance de pouvoir maîtriser ma création de déchets pour tout ce qui concerne les autres aspects de mon quotidien. Niveau vêtements, notamment, je suis loin d’être une acheteuse compulsive et je prends soin de ce que je porte. J’ai toujours vu mes figures parentales donner des vêtements au lieu de les jeter et je m’astreins avec plaisir à reproduire ce geste lorsque c’est possible ; ce point là me faisant irrémédiablement réfléchir sur ma manière d’acheter mes vêtements, les enseignes chez qui je vais et leur éthique plus que douteuse, mais c’est un autre sujet.

Question écologie de manière générale, j’ai aussi pris l’habitude de me déplacer à pied lorsque c’est possible. J’ai également équipé mon appart de plusieurs ampoules Philips Hue il y a quelques années et ce produit domotique a complètement révolutionné ma manière de gérer l’éclairage de mon appartement. Plus une pièce n’est allumée sans que je l’aie voulu et plus que le temps nécessaire. Par défaut, tout est toujours éteint et je ne gère que les pièces dans lesquelles je me trouve, le tout à portée d’index depuis mon téléphone. Soyons honnêtes : les ampoules sont très chères et l’investissement pique un peu mais il devient assez vite un vrai money saver en terme d’énergie consommée.

Alors, c’est bon, tu ne pollues plus ?

A vrai dire, si j’arrive à maintenant contrôler mes déchets, j’ai eu la grande surprise de voir que certains déposaient les leurs chez moi. Ils sont arrivés gentiment dans ma boîte aux lettres et voilà tous les prospectus que j’ai collectés pendant un mois. À noter que durant ce mois, mon mot demandant à ne pas avoir de pub collé sur ma boîte aux lettres a été gentiment décollé, comme pour pas mal de mes voisins. Bref, Carrefour, Aldi, Leclerc, Intermarché, Action et autres Intersport (entre autres, la liste est très longue) sont fermement décidés à bruteforce ma poubelle avec une tonne de prospectus que je ne lirai jamais. Je n’apprécie pas l’idée qu’on m’impose quelque chose que je ne veux pas et qu’en plus on se permette de me laisser m’occuper du nettoyage derrière. C’est sûrement là un témoignage assez criant du désintérêt général de ces enseignes pour l’éthique et je ne devrais malheureusement même pas m’en étonner au final.

La pile de la honte. Quatre semaines de prospectus. 12cm de haut.

Au final, je me suis et vous ai démontré qu’essayer de vivre en ayant moins d’impact sur l’environnement n’est pas plus coûteux ni plus contraignant au niveau du quotidien. Je suis toujours en recherche et toujours en transition concernant mes habitudes. Je vous parlais en début d’article du talk de Lauren Singer sur le sujet, voici la vidéo en question.

Si je vous parle de tout ça aujourd’hui, c’est pour vous partager mon expérience et peut-être arriver à vous convaincre de faire un geste à votre tour. Sauf si vous souhaitez tenter l’expérience, vous n’êtes évidemment pas obligé de changer vos habitudes radicalement. Mais si l’envie vous en prenait, un geste de temps en temps, celui qui a le plus de sens pour vous, suffirait à faire une différence.

Ne vous méprenez pas : la question « le réchauffement climatique est-il réel ? » n’a pas lieu d’être concernant ce sujet. Nous n’empruntons pas la Terre : nous la prenons en otage. Sur près de 8 millions d’espèce la peuplant, nous sommes résolument les seuls à la saccager avec une telle ampleur sans même s’en sentir coupable. Je ne cherche évidemment pas culpabiliser mais simplement à poser des faits même s’ils sont peu reluisants pour nous. Mais gardez toujours ceci en tête : nous sommes sept milliards d’humains sur cette planète, et cela fait presque autant d’initiatives individuelles qui, les unes ajoutées aux autres, peuvent faire changer les choses.

 

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