BILLET | Pourquoi j’ai décidé de ne pas nourrir mon chat comme une poule.

La rumeur a été suffisamment nourrie par mes soins pour que la Terre entière soit au courant : je suis depuis trois mois, l’heureuse propriétaire de WINONA (oui comme l’actrice), petite chatte calico de deux ans, sauvée de la rue par l’association PATACHA et adoptée dans la plus grande excitation par mon copain et moi-même. J’ai toujours vécu avec des animaux chez mes parents : chiens, chats, poissons et rats. Depuis, je ne me suis jamais sentie de vivre sans eux et pourtant il a bien fallu. J’ai déménagé et habité un peu plus de deux ans dans un studio de 30m carrés dont le charme de la pierre ancienne, des poutres apparentes et de la cheminée entre quatre murs si rapprochés n’aurait pas pu rendre un animal heureux. J’ai donc ravalé mes pulsions BrigitteBardotiennes et j’ai attendu le moment opportun pour fonder ma propre famille à poils. Moment apparu il y a trois mois : emménagement à deux dans un appartement plus grand, craquage sur les photos de chats d’une association et adoption en règle !

C’était le bonheur, c’était le soulagement de plus avoir de maison vide, c’était tout, mais seulement voilà, j’avais toujours vécu avec des animaux mais je n’avais jamais été vraiment LA maîtresse d’un poilu dont je choisis et achète la nourriture, dont je paye les soins vétérinaires, dont j’ai la totale responsabilité. Fraîchement vêtue de ma peau de Maman Chat, je me suis empressée de me ronger le sang pour le bien-être Winona et de m’intéresser à ce que j’allais servir dans sa gamelle. Quelques clics sur Internet plus tard et les choses ont dégénéré.

J’ai touché du doigt le sujet sensible de l’alimentation animale.

Sur les forums traitant de l’alimentation féline, c’est une guerre sanglante invisible du grand public qui se joue. Comme dans Games of Thrones, plusieurs familles s’ opposent : la famille RoyalCanin qui ne jure que par l’alimentation conseillée par les vétérinaires, la famille Ohbahmeschatsonttousvécu20ans qui n’a jamais vraiment prêté attention à la nourriture donnée à leurs animaux ; la famille Sanscéréales qui bannit toutes les céréales ; la famille Pâtéec’estmieux et la famille Viandecruec’estencoremieux, elles, tendent à trouver un terrain d’entente. Ce sont des pages de débats passionnés sur la qualité des pâtées ; des décortications scientifiques de compositions analytiques de croquettes ; des thèses Doctissimossiennes sur l’impact physiologique et psychologique de la viande crue sur nos compagnons. Bref, c’est un terrain miné où idées préconçues et idées novatrices se rencontrent et s’affrontent avec la même violence que des commentaires sous une vidéo Youtube : « Pourquoi je suis devenu(e) vegan ? ».

Qui croire ? Que choisir ? Je vous propose une rapide visite guidée autour de l’alimentation féline.

DEJA : C’ EST QUOI CE SCANDALE ?

giphy (3)

Pour l’expliquer de la manière la plus simple et claire : 90% de l’alimentation animale industrielle distribuée dans les grandes surfaces est au mieux du fast-food pour minet ou au pire, du poison. Depuis la fin des années 2000, des vétérinaires nutritionnistes, autres spécialistes et intéressés ont remis le nez dans la composition des aliments donnés à nos animaux depuis des années sans une once de méfiance tant le marketing est bon, et se sont vites rendus compte que tout était à revoir. Les croquettes et les pâtées de grande distribution ne sont pas adaptées à nos chats et à nos chiens, et pire encore, elles sont bourrées de produits très néfastes pour leur santé. En voici le palmarès :

LES CÉRÉALES. Croquettes et pâtées sont riches en céréales et notamment en maïs et en blé ; elles en sont même souvent l’ingrédient premier. Peu coûteuse, la céréale permet de produire en grandes quantités et de caler le bidon de minou. Si la céréale est bonne pour nous, elle pose deux problèmes pour les animaux. Tout d’abord, le chat est un carnivore strict. Dans la nature, il se nourrit exclusivement de proies (souris, oiseau, insecte) et mange éventuellement quelques plantes ou fruits. La céréale ne fait donc pas absolument pas partie de son régime. Aussi, ingérée en grandes quantités, elle est mal digérée et mal valorisée par l’organisme entraînant parfois des problèmes digestifs et faisant le plus souvent grossir. Elle est très certainement à l’origine de nombreux problèmes de santé de plus en plus fréquents chez le chat domestique tels que l’obésité, le diabète, les maladies urinaires et rénales. Certaines études mettent même en lumière le possible lien entre l’agressivité de certains animaux et le manque d’apport en protéines animales dans leur nourriture. Par ailleurs, les céréales comme le maïs et le blé contiennent des mycotoxines, sortes de champignons dont il est impossible de se débarrasser complètement lors de la production des aliments et qui sont responsables de cancers, de problèmes de fertilité et de croissance, de maladies cérébrales et auto-immunes.

LES VIANDES ET SOUS-PRODUITS ANIMAUX. Lorsqu’une croquette ou une pâtée évoque dans sa composition des « sous-produits animaux », il faut entendre « tout ce qui est impropre à la consommation humaine » et Dieu sait qu’on nous fait déjà avaler pas mal de trucs dont on ne veut même pas connaître la provenance. En somme, lorsqu’un animal est abattu, on récupère les meilleures pièces de viandes pour la consommation humaine et on revend le reste aux producteurs de croquettes. Si parmi les restes on trouve quelques abats de qualité comme le cœur ou le foie, on retrouve aussi et essentiellement des carcasses (peaux, sabots, plumes, becs, viscères), soit des déchets. Pas de vraie viande donc pas de vraie nourriture.

AUTRES PRODUITS TOXIQUES. Une croquette ou une pâtée, c’est aussi des conservateurs artificiels potentiellement dangereux pour la santé et des substances chimiques tout aussi douteuses pour donner de l’appétence aux aliments et dissimuler tout ce qui ne l’est pas. C’est souvent ces dernières qui expliquent que les chats peinent à réguler leur alimentation et réclament sans cesse. Pas besoin de m’appesantir, vous avez compris.

pet-fooled-1

Le documentaire PET FOO(LE)D réalisé par Kohl Harrington et disponible sur NETFLIX, expose avec une grande clarté et une diversité de témoignages les scandales qui ont éclaboussé les producteurs de croquettes ces dernières années.

MAIS ALORS DANS TOUT CA, JE DONNE QUOI MOI A MON CHAT ?

giphy (2)

Et bien ce qu’il y a de moins pire car moins pire ça existe aussi sur le marché. Lorsqu’on se renseigne sur le sujet, on retrouve très souvent ce classement qualitatif des différentes alternatives :

Médaille de chocolat – L’alimentation de supermarché

Comme vous l’aurez compris en filigrane plus haut, dans la mesure du possible, il est préférable d’éviter totalement la nourriture vendue en supermarché : elle est composée essentiellement de céréales et de sous-produits animaux ; elle est grasse et riche en glucides et leur teneur en minéraux peut être dangereuse pour les reins et l’urètre d’un chat. Elle est peu onéreuse mais lorsque l’on sait lire les étiquettes, on comprend vite pourquoi.

Médaille de bronze – L’alimentation « Premium », recommandée et vendue par les vétérinaires et les animaleries

C’est certainement là que naît le plus gros sentiment de trahison : « Quoi ?! Mon véto me vend ça ? Mais… » Mais oui c’est un spécialiste, mais oui la composition des croquettes de vétérinaire ressemble malheureusement le plus souvent à une composition de croquettes de supermarché. Même chose pour les pâtées. Les céréales y sont encore bien trop présentes, les glucides avec, pendant que les protéines animales jouent les grandes absentes. Les taux de minéraux sont davantage surveillés mais c’est tout. De plus, cette gamme d’alimentation est le fruit de puissantes stratégies marketings qui tendent à facilement nous faire croire que nous achetons le meilleur et le plus adapté pour notre animal. Les appellations « chaton », « chat stérilisé », « chat senior », « chat qui sort », « chat qui sort pas », « chat de race », « chat qui dégueule ses poils », « chat qui a mal aux dents », « chat qui pue », « chat qui pète » ne sont que du marketing pur. Tout chat devrait manger la même chose, à quelques variantes près, ces appellations ne sont là que pour justifier le gonflement des prix. Pour autant, ne diabolisons pas (tous) les vétérinaires revendeurs de ces marques. Il faut savoir que les cours de nutrition des écoles vétérinaires sont donnés par des spécialistes qui travaillent pour les grands producteurs de croquettes. Aussi, si votre vétérinaire vous dit qu’il vous vend des croquettes de qualité, le plus souvent, il le pense vraiment. De plus, dans le cas de certaines maladies, il est préférable de suivre l’alimentation médicalisée conseillée par ce dernier. Il existe aussi des vétérinaires passionnés et/ou spécialisés en nutrition qui s’intéressent à des nouveaux produits.

Médaille d’argent – L’alimentation « Super ou Ultra Premium » 

Très en vogue sur Internet, cette alimentation est représentée par des marques inconnues du grand public mais que toutes les personnes en quête du meilleur pour leur chat ont à la bouche. Ces marques cherchent à proposer des recettes plus adaptées en prenant en compte les avancées faites en terme de nutrition animale. Parmi ces gammes, on retrouve donc beaucoup d’aliments formulés sans céréales. Néanmoins, il convient d’être attentif à la composition globale car un aliment sans céréales n’est pas forcément meilleur qu’un aliment qui en contient (un peu). De fait, les céréales sont remplacées par des légumineuses qui ne sont pas toujours mieux digérées par les chats; de plus, la mention « sans céréales » ne garantie pas la qualité et l’importance des sources de protéines animales. Il vaut mieux des croquettes avec un peu de céréales (comme le riz qui est la plus digeste pour nos animaux) et plus de viande. Mais même s’il y encore du tri à effectuer parmi ces gammes qui ne sont pas toutes d’une qualité équivalente, on se rapproche du « meilleur ». Il est également très intéressant de souligner que cette alimentation n’est pas plus chère que l’alimentation vétérinaire, au contraire pour plusieurs marques de bonne qualité.

Médaille d’or  – La ration ménagère ou RAW Feeding ou BARF ou Whole prey

Par ration ménagère, on entend : une alimentation à cuisiner et doser soi-même, à base de viande, de légumes et de compléments alimentaires. Elle suppose une grande connaissance sur la nutrition animale sous peine de provoquer des carences avec des rations mal équilibrées, et une certaine organisation. Pourtant, le choix d’une alimentation faite maison commence à séduire de plus en plus car elle est considérée comme la plus naturelle. Des sites comme Cuisine à Crocs proposent des recettes personnalisées à réaliser pour chats et chiens.

Quelque soit le choix vers lequel on se tourne, comme pour nous humains, l’alimentation parfaite n’existe pas. L’essentiel est de faire au mieux, selon ses moyens, en consommateur éclairé.

Finalement, qu’est-ce que je dois trouver dans la nourriture pour mon chat ?

giphy

  • Un fort taux de protéines animales. La viande doit être le(s) premier(s) ingrédient(s) de la liste de la composition, et de préférence, déshydratée (cela veut dire que le taux de viande indiqué est celui qu’on retrouve bien sur le produit final). Pour un chat, on visera – au minimum – un aliment à plus de 35% de protéines animales sur croquettes et aux alentours de 10% sur pâtées.
  • Des matières grasses. Ces dernières ne sont pas la cause essentielle de la prise de poids de votre animal et elles sont, comme pour l’homme, essentielles. Si votre chat a facilement tendance à l’embonpoint, choisissez simplement un aliment moins gras. Le taux doit être compris entre 12% et 20% sur croquettes et aux alentours de 5-6% sur pâtées.
  • Des taux de cendres et de minéraux corrects : ils sont indispensables mais, en trop forte teneur, à l’origine de maladies urinaires et rénales surtout chez le chat dont les reins sont le talon d’Achille. Le taux de cendre ne devrait idéalement pas dépasser les 7% sur croquettes et 2.5% sur pâtée; les taux de calcium et de phosphore, de manière générale, ne doivent pas dépasser les 1% sur croquettes et 0.2% sur pâtée.
  • Un taux de glucides le plus faible possible, au moins en dessous de 30%, idéalement proche de zéro. Ce dernier n’est jamais indiqué, pour cela, un calcul très simple est à réaliser : 100 – taux de protéines – taux de matières grasses – taux de cellulose – taux de cendres – taux d’humidité = taux de glucides
  • Pas de sous-produits animaux, pas de conservateurs artificiels, pas d’additifs, pas de maïs, pas de blé.

Au fait, une dernière question : plutôt croquette ou pâtée ?

Et bien plutôt pâtée. La réponse pourra paraître surprenante en raison des « on dit » très répandus sur l’alimentation humide : « ça ne nourrit pas, c’est que de l’eau », « ça fait grossir », « c’est vraiment juste une gourmandise ». La seule vérité, c’est qu’effectivement, une pâtée pour chat est constituée à 80% d’eau en moyenne mais c’est justement pour cela qu’elle est bien plus intéressante que la croquette. De par son humidité, la pâtée ressemble davantage à l’alimentation naturelle du chat qui mange de petites proies, elles-mêmes essentiellement constituées d’eau. Le chat est un petit buveur, l’alimentation humide permet donc une meilleure hydratation et donc une meilleure protection de l’appareil urinaire. C’est la meilleure prévention contre les maladies rénales et cystites. De plus, les pâtées de qualité sont riches en viande, souvent sans céréales et très pauvres en glucides. Des études récentes conseillent l’alimentation mixte : 50% croquettes , 50% pâtées ; et si on le peut 100%  pâtées. C’est un peu moins économique (pour un chat de 4kg, il faut compter environ 200g de pâtée par jour contre 50/60g de croquettes) mais sur le long terme, cela fait ses preuves.

ET WINONA ALORS, ELLE MANGE QUOI ?

IMG_3134

Winona mange TOUT et pète tous les clichés sur les chats difficiles. Mais comme je surveille quand même, elle ne mange que des pâtées complètes sans céréales, plus aptes à réguler son immense appétit et à protéger ses reins fragiles ; des croquettes uniquement en cas de longue absence de notre part et des friandises 100% viande ou poisson. Voici à quoi ressemble mes commandes Zooplus et Wanimo :


J’ai fait le choix de rédiger un tel article car c’est un sujet sur lequel je me suis énormément renseignée depuis que je nourris le projet sérieux d’accueillir un chat chez moi et de lui offrir le meilleur. Pour autant, cet article est loin d’être complet pour la simple et bonne raison que ce sujet est très vaste, suscite de nombreux débats d’idées et que je me suis appuyée sur des textes de recherches de spécialistes et des travaux de vulgarisation menées par des passionnées sur Internet pour écrire. Aussi, j’ai souhaité participer à cette diffusion et vulgarisation de ces informations que je trouve primordiales lorsque l’on se passionne pour les animaux sans pour autant chercher à plagier ou copier-coller mes sources. A la place, je préfère vous laisser, si vous le souhaitez, vous réorientez vers ces dernières.

  • Les groupes Facebook « Croquettes : Comment Choisir ? » et « Chats : Alimentation naturelle (Raw feeding et Whole prey) » sont ULTRA riches en fichiers très détaillés, très clairs et très sérieux, basés sur des textes de recherches en nutrition animale, expliquant tout ce qu’il y a savoir pour bien nourrir son chien ou son chat. Les modérateurs des groupes dispensent également des conseils personnalisés pour les animaux des membres inscrits.
  • L’ouvrage de Jutta Ziegler est une référence aussi connue qu’intéressante : TOXIC CROQUETTES

En espérant vous avoir appris un truc ou deux si vous avez eu le courage de tout lire !

11 commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.