BILLET | De ma relation sentimentale avec le jeu vidéo

Je suis de ceux qui ressentent. Je suis de ceux qui s’émeuvent. Plus encore, je suis de ceux qui cherchent à s’émouvoir. Qu’importe où, qu’importe quand, qu’importe le moyen. Je veux ressentir de manière extraordinaire. Vivre mille vies dans ma vie. Je ne fuis pas : je m’évade, transportée par l’onirisme de mondes irréels dans lesquels je me plais à me plonger au gré d’aventures que je partage en silence avec un alter ego numérique.

Oui. Voilà pourquoi je joue aux jeux vidéos. Je veux qu’on me raconte des histoires dont je serai à la fois actrice et spectatrice. Je veux découvrir. Je veux faire des choix. Je veux surtout qu’on marque mon cœur et mon esprit.

Mais à ce jeu des sentiments, je crois bien m’être faite prendre à mon propre piège…

Retour sur les faits.

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C’EST IDIOT D’ÊTRE TRISTE.

Pourtant, je ne peux m’empêcher d’être envahie par ce sentiment de mélancolie persistant. Une relation platonique mais intense qui s’achève. C’est fini. Non pas parce que je l’ai décidé, mais par la force des choses. Je me sens presque endeuillée. Impliquée au point de consciemment personnifier l’objet de ma douleur. Le dernier coupable en date: Fallout, quatrième volet de la saga. Une aventure si intense que tous les jeux qui ont suivi ne m’ont fait l’effet que de vulgaires « relations tampon ».

Comme pour beaucoup d’autres œuvres tout support : je n’ai pas joué à Fallout. Je l’ai vécu. J’ai ritualisé chaque moment passé manette en main, à commencer par mon premier contact avec le jeu que j’avais eu la chance d’acheter quelques jours avant sa sortie officielle. Une excitation à son paroxysme après une attente interminable. Une nuit m’attendait dans les Terres Désolées –la première d’une longue série– et j’étais prête à arpenter ces lieux avec mon personnage et quelques vivres rassemblées pour l’expédition.

J’ai vécu ce jeu. J’ai marché avec Nate, j’ai cherché son fils avec lui, j’ai tué des Écorcheurs à ses côtés. Je pouvais presque entendre le craquement des branches sous nos pieds dans la forêt environnante de Far Harbor. Et puis l’errance, l’espoir, les déceptions, la survie… Cette réalité de solitude que l’on s’attache à nous rappeler sans cesse. Qu’on se le dise : j’ai adoré ce jeu. J’ai été très sensible aux problématiques mises en place. Je l’ai adoré, platiné, apprécié jusqu’à la dernière mission.

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IL FAUT PASSER À AUTRE CHOSE.

Mon sentiment d’avoir vécu une expérience extraordinaire laisse maintenant place à un grand vide que je n’essaie même pas de combler. À quoi bon ? Je ne veux pas consommer : je veux savourer. Dans mon plaisir en jeu vidéo, rien ne sert de jouer si ce n’est pas pour ressentir l’intensité d’une expérience forte et surtout unique. Ma ludothèque est remplie de jeux pour lesquels j’ai une tendresse particulière et une attache émotionnelle à laquelle j’associe un état d’esprit spécifique de l’instant T auquel j’y ai joué. Malheureusement, une expérience forte n’en est probablement pas une si elle n’est pas caractérisée par un certain degré de rareté.

Depuis toujours, chaque moment de vide m’a laissé l’amère pensée que je ne pourrais plus jamais ressentir un concentré d’émotions d’une telle intensité face à une oeuvre. Et pourtant… Alors, en attendant, je joue. Et chaque année je découvre avec plaisir tous ces nouveaux titres parmi lesquels se cache, je l’espère, la pépite qui me rappellera une fois encore pourquoi j’aime jouer aux jeux vidéo.

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