Exprimez-vous !

Des voitures. Du béton. Des câbles. De l’empressement. Une fourmilière post-industrialisée à cent à l’heure que l’on regarde défiler comme un tableau en avance rapide à l’intérieur duquel nous sommes autant acteur que spectateur. Tous seuls, mais tous connectés. Magie de cette ère de communication. Tristesse de cette frénésie qui ne s’arrête jamais.

De moins en moins de temps pour penser, de moins en moins de place pour s’exprimer. Et dans tout le génie qui nous caractérise, nous n’avons cherché ni temps libre, ni richesse d’interaction mais avons préféré créer le SMS et Twitter, catalyses ironiques de ces deux aspirations qu’on finit par enterrer sous le tapis. Si j’utilise volontiers ces deux supports, je n’en constate pas moins le fléau qu’ils représentent pour la richesse de notre expression. J’ai tellement pris l’habitude de réduire une pensée à sa plus simple notion que l’exprimer en 140 caractères en devient presque un défi amusant. Cependant, lorsque la réduction de concepts flirte avec la réduction de la pensée, le jeu devient de suite plus dangereux.

Si beaucoup ont théorisé le réductionnisme philosophique avant lui, c’est bien George Orwell qui m’a le mieux transmis cette théorie à travers le phrasé du personnage de Syme dans son célèbre roman 1984, dystopie sur fond de totalitarisme plus actuelle que jamais. Syme travaille à l’élaboration de la langue du nouveau régime : le novlangue. Assis à l’une des tables en fer graisseuses de la cantine d’un ministère à l’heure de la pause déjeuner, voilà le discours qu’il tient à Winston Smith, l’un des personnages principaux.

Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées. Chaque année, de moins en moins de mots et le champ de la conscience de plus en plus restreint.

Alors moins on s’exprime, moins on utilise de concepts. Plus on oublie des concepts et plus ils s’extraient de notre conscience.

Du temps pour penser

J’ai toujours eu la désagréable sensation que le rythme effréné imposé par notre société est un petit somnifère discret mais très efficace. Du lever au coucher, le stress et l’empressement régissent nos actions : de l’énervement éprouvé lorsqu’on rate un métro à cette pile de boulot qu’on ramène chez nous lorsqu’on se sent submergé par le travail, puis les tâches quotidiennes de la maison et cette fatigue morale qui accompagne le tout. Suggestion d’une sélection de programmes TV pour nous accompagner lors de brefs moments qu’on s’accorde. Survie sociale totale, vie intérieure néante.

Mon mec m’a un jour dit : « Arrête-toi. Tu cours sans but » . Et le plus triste est qu’il avait raison. Allez savoir pourquoi j’ai oublié de prendre le temps de penser. Prendre le temps de me recentrer a été ma porte d’entrée vers la redécouverte de ma richesse intérieure : passée l’amertume de ce constat de semi-échec personnel, j’ai déterré mes envies et mes aspirations longtemps enfouies au nom de cette survie sociale que j’exècre pourtant.

J’ai pris le temps de m’arrêter pour réfléchir, pour découvrir et m’enrichir spirituellement. L’écho de mes obligations sociétales fait résonner cette parenthèse comme étant un luxe. Mon oppression intérieure me crie que c’est une nécessité.

Des manières de s’exprimer

S’exprimer n’est pas qu’une affaire de mots. Si tant est que nous sachions le déchiffrer, tout est langage autour de nous, de la signalisation routière à la partition musicale. Je conviens pourtant que nous nous sommes plutôt enfermés dans notre condition : la langue est autant un lien vers l’autre qu’une prison. Nous avons tellement pris l’habitude d’échanger par les mots que tout échange d’autre nature nous met souvent en échec.

Pourtant, si on se libère de ces chaînes, il est réconfortant de constater à quel point l’échange silencieux est riche. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est mon chien qui m’a appris à me défaire des mots. Je me suis longtemps sentie frustrée de ne pas pouvoir échanger avec lui avec de simples phrases. Je me disais souvent que « ce serait plus simple s’il me disait ce qu’il voulait » sans me rendre compte qu’il l’exprimait déjà très clairement de manière para-verbale. Et puis le temps a fait que j’ai appris à communiquer avec lui par des gestes et de l’observation. C’était simple. C’était intuitif. Peut-être même plus que les mots. Et cela m’a surtout paru plus vrai.

De même pour l’art, j’ai longtemps pensé que cette forme de langage m’était inaccessible en tant qu’amatrice parce qu’elle requerrait des clés que je ne possédais pas. Erreur. L’art fait avant tout appel aux sens, et les sens sont la porte qui relie la perception du monde à notre cerveau et notre coeur.

Exprimons-nous !

En parlant, en échangeant, en dansant, en jouant de la musique, en écrivant, en peignant, en enregistrant des vidéos, des podcasts…

Il existe énormément de moyens de s’exprimer et il ne tient qu’à nous de nous en servir. De l’instrument de musique au petit cahier acheté pour y coucher ses pensées, son vécu et ses sentiments ou aux plateformes de vidéo sur lesquelles on souhaite échanger avec le plus grand nombre, nous avons encore la chance de posséder divers moyens d’expression et d’échange.

Est-ce important ? Oui, résolument. Est-ce enrichissant ? Il ne tient qu’à vous de vous faire votre opinion là dessus. Exprimez-vous ! Nous vous recevrons avec attention.


Trois ressources que j’ai appréciées autour du sujet :

 

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