SÉRIE | Legion (FX)

Volontairement ou non, je crois que chacun ayant un petit faible pour l’univers des comics a assisté au lent naufrage des X-men dirigés par Bryan Singer. Oui oui, souvenez-vous, les costumes kitsches, les effets-spéciaux d’un autre temps, les muscles poilus de Hugh Jackman, les personnages mal exploités, et la deuxième trilogie qui ne parvient pas plus que la première à fidéliser le spectateur et trouver de la puissance (et Omar Sy – putain – les gars !). Si une forte odeur de madeleine chaude de Proust sort des films de 2000 et 2003 que j’ai vu et revu du haut de mon jeune âge, j’ai bien dû me résoudre à avouer que cette franchise était une épine dans le cœur pour tout X-men’s lover.

Et puis, comme on ne se le disait plus : « Non, mais la prochaine réalisation X-men pourrait être une bonne surprise.« 

Et nous avions tort.

Dans l’ univers des comics, Legion, c’est David Haller, fils de Charles-Xavier, chez qui cohabitent mutation et personnalités multiples. Ici, Legion, c’est un Dan Stevens ultra inspiré dont le visage est actuellement tout de numérique vêtu dans le remake de La Belle et la Bête de Disney. A ses côtés, une mystérieuse Rachel Keller et une pétillante Aubrey Plaza (aperçue dans le plaisant Scott Pilgrim) crèvent l’écran sous la coupe de Noah Hawley qui a aussi développé l’excellente série Fargo pour FX.

La série s’ouvre sur un David shooté au Prozac sans sucre en plein interrogatoire par des forces de l’ordre un peu douteuses. Dans l’ hôpital psychiatrique où il séjourne – et où la couleur orange constitue l’uniforme obligatoire – un accident, qui l’implique visiblement, a eu lieu. Hagard et peu disposé à rassembler ses idées, nous parvenons tout de même à suivre le fil de son témoignage qui nous transporte dans ses journées sans fin d’internement. Cette triste torpeur ne tarde pas à être illuminée par l’arrivée de Sydney, une jeune femme qui ne supporte pas le contact humain. Cette dernière, en plus de réveiller son cœur ralentit par les médicaments, aide David à s’échapper de l’hôpital afin de rencontrer Mélanie Bird, une mutante qui rassemble autour d’elle et protège ses semblables. David comprend alors qu’il n’est pas fou – du moins, pas que. Les autorités elles, n’auront de cesse de le poursuivre afin d’avoir sous leur contrôle celui qui semble être le mutant le plus puissant jamais recensé.

Malgré un synopsis qui semble promettre de la bagarre et des effets spéciaux à gogo, oubliez, il n’en est rien. Ce fil rouge amorcé dans les deux premiers épisodes de cette première saison n’aura de cesse de s’effacer, de se reculer dans un arrière-plan discret pour laisser place à une intrigue plus expérimentale.

UNE SÉRIE-ESSAI : EXPLORER LES FINS FONDS DE LA FOLIE

David est visiblement doué de pouvoirs télépathiques et télékinétiques, doublés d’une sérieuse, très sérieuse schizophrénie. Le fil de l’intrigue est à l’image de son esprit : trouble, sans linéarité. La série avance par tâtonnements et nous propose d’explorer en compagnie de David lui-même, les tréfonds de son cerveau malade qu’il tente de remettre en ordre, où les monstres refoulés pullulent et les souvenirs imaginaires se matérialisent. Plus la série avance, plus l’action se déroule dans la tête du héros, plus l’intrigue se métaphorise. On se perd avec plaisir dans le labyrinthe des fractions de souvenirs de David. Nous assistons à ses délires, ses visions qui entraînent à la fois le spectateur mais aussi, les autres personnages. Ingénieuse, la série sait nous perdre puis nous lancer de nouveaux petits cailloux blancs pour retrouver notre chemin, mais jamais pour bien longtemps; le tout, dans un équilibre parfait entre « Je comprends pas » et le « Ah mais ouais !« . Elle a le chic de ne jamais sombrer dans l’opacité d’une oeuvre artistique contemporaine proposant une bouillie d’idées sans lien. Malgré les détours, le spectateur ne se perd pas et prend même plaisir à prendre le chemin le plus long.

L’univers des X-men n’en est pas moins absent. Des clins d’œil se glissent habilement dans la narration et des personnages connus des fans pointent à point nommé le bout de leur nez de mutant.

LE (SUPER) POUVOIR DE L’AMOUR

Aux côtés de David se tiennent des personnages d’une fragilité et d’une profondeur qui forcent l’attachement: Mélanie, la télépathe en deuil, Sydney, la fille qu’on ne peut toucher, Ptonomy, l’homme du souvenir ou Cary et Kerry, l’homme et la femme qui cohabitent comme une seule et même personne. Là où les films faisaient l’erreur d’additionner au casting une liste de mutants-figurants, la série se concentre sur un petit groupe de personnages et leur offre une psychologie digne de vrais personnages de premier plan qui leur donne la force suffisante pour porter une intrigue plus profonde.

Profondeur qui fera la place belle aux beaux sentiments et à la tendresse malgré la noirceur ambiante. S’il est un chemin universel qui peut à la fois semer le chaos et rétablir l’ordre dans l’esprit, c’est bien celui de l’amour. La série met en scène des relations où l’alchimie amoureuse tend le fil qui les relie avec une sensibilité qui ne tombe pas dans la niaiserie bas de gamme. Couples, amoureux séparés ou inséparables et relations fraternelles sont pris au piège dans les pensées disparates du héros et apportent aux mutants l’humanité que les hommes voudraient leur refuser.

LA TOUCHE SURRÉALISTE INATTENDUE

L’autre énorme point fort de la série est sa réalisation. Si les moyens ne sont pas illimités, la liberté, elle, l’est. La série fonctionne en roue-libre, tout est autorisé, tout est possible. La lumière, la couleur et la bande-son font preuve d’excellence. C’est beau, ça colle à l’œil. L’ensemble rend crédible cette autre réalité atemporelle aux couleurs des années 70. La réalisation prend des risques : nous éblouit soudainement d’une lumière rouge, puis d’une bleue en passant par le noir et blanc expressionniste; nous contorsionne dans des angles improbables pour finalement laisser la musique l’emporter dans des séquences aux allures de clips. De véritables moments de poésie et de folie douce, savamment chorégraphiés, s’invitent pour marquer des pauses dans le rythme calme mais jamais à la traîne de la série. On aime se laisser surprendre par ces instants défouloirs qui apportent une touche de légèreté très appréciable. Bien sûr, ces procédés ne sont pas révolutionnaires, mais s’il y a quelque chose qu’on n’attend pas dans une série de super-héros, c’est un parti pris aussi original que risqué. On aime ou on n’aime pas, mais personne ne pourra nier qu’un premier épisode de Iron Fist semble terne et froid à côté de n’importe quel épisode de Legion.


Plus qu’une série de super-héros, Legion s’impose, à mon sens, comme une métaphore de huit épisodes sur la maladie mentale sur fond de fantastique-super-héroïque. Grâce a enfin été rendue aux X-men dont finalement, l’intérêt repose moins sur les super-pouvoirs que sur les problématiques posées par leur condition de mutant : Comment vivre avec des pouvoirs dans un monde ordinaire  ? Comment ne pas se penser fou ? Comment ne pas le devenir ? Comment s’aimer et aimer l’autre avec sa différence ? Et dans le cas de Legion : comment défaire la maladie de la mutation afin de contenir des pouvoirs susceptibles de détruire tout un univers ?

 

J’ai eu une révélation inespérée devant cette série à la réalisation aussi folle que son sujet, qui tente, qui ose et qui réussit. C’est un voyage intérieur formidablement riche, qui ne se lasse pas d’être beau et de captiver par sa narration et sa mise en scène déchaînées.

Je ne peux m’empêcher de vous laisser avec quelques images de l’énigmatique épisode 6  (garanties sans spoilers) qui sauront dire mieux que des mots combien j’aime passer mes soirées avec Legion :

6 commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.