BILLET | Recovery pack de ma dépression #1

Ce que je préfère dans la dépression, en dehors de la suffocation intérieure permanente et des crises d’angoisses violentes à la simple idée de devoir sortir de son lit, c’est l’errance physique et psychologique qui l’accompagne.

Face aux journées éreintantes et aux nuits oppressantes, j’ai eu besoin de m’évader. Loin. Pas pour fuir, mais pour respirer. Me voici donc de retour avec des expériences qui vous inspireront, vous feront voyager, ou –à défaut– tromperont votre ennui pendant un temps.

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ATTENTION : mon voyage m’a amenée à explorer des contrées plus explicites et la dernière découverte de cet article porte sur une oeuvre au caractère sexuel explicite. Bien que je ne mette pas cet aspect en avant, ce contenu devrait être consommé par un public adulte et averti.

DIVINITY : ORIGINAL SIN 2

DIVINITY : ORIGINAL SIN 2

Expérience : longue
Pour : voyager
Quand : le coucher ou l’errance diurne / nocturne

On y joue où ? Definitive Edition sur Steam, Xbox One, PS4 et Switch

S’il est un jeu que je n’aurais jamais pu découvrir sans un petit coup de pouce, il s’agit bien de celui-ci. Acheté à des fins de co-opération, j’avais fait le double-effort d’acquérir un titre à la fois multijoueur et C-RPG : deux caractéristiques qui repoussent l’enfant de 1990 en moi, mais j’étais manifestement dans d’excellentes dispositions psychiques ce jour là. Une session et puis l’oubli, jusqu’à ce jour où, dans l’errance, je me suis relancée en solitaire dans ce prometteur voyage.

Je ferme les yeux. Un temps pendant lequel mes poumons se gonflent puis se dégonflent lentement. Je me réveille à bord d’un bateau voguant vers Fort-Joie. Je suis prisonnière. Je suis Sebille, l’un des personnages de Divinity : Original Sin 2.

Mon entrée dans le C-RPG s’est faite à la dure avec Divinity : Original Sin 2. Pour autant, le nouveau titre de Larian sorti deux ans auparavant semblait avoir été plébiscité par la presse et le public. Je me lançais donc en terre inconnue mais recommandée, ce qui équivalait à sauter au dessus d’une jungle, mais avec un petit parachute « qui fonctionne, enfin je crois » tout de même.

Qu’on se le dise : c’est sûrement cet aspect bac à sable qui m’a toujours impressionnée. Beaucoup de menus à comprendre, de clics à effectuer, beaucoup de sorts, de crafts, de possibilités. Je peux déjà vous rassurer sur ce point : à l’instar des Dark Souls, leur réputation est plus impressionnante que l’expérience elle-même.

J’attaquai donc la dure phase d’apprentissage de ces mécaniques aussi qu’archaïques qu’évidentes, lesquelles me laissent encore pensive devant leur équilibre quasi parfait entre le daté et le pratique. Une fois que j’eus compris qu’il suffisait de ramasser une pelle dans le décor pour l’avoir dans son inventaire afin de pouvoir effectuer l’action « creuser » sur un petit tas de terre et que j’eus intégré quelques notions élémentaires de combat et d’économie, s’ouvrit à moi tout le potentiel expérientiel du titre.

Ce que j’ai aimé dans ce voyage, ce sont nos errances communes. À ma propre solitude s’appairait celle de Sebille, mon avatar aux aspirations de liberté, avec lequel j’ai ratissé chaque centimètre de map, discuté avec chaque personnage y compris les animaux et savouré chaque quête qui m’a été proposée.

Découvrir le C-RPG, c’était également découvrir la richesse d’un canevas de narration à l’enchevêtrement maîtrisé et les choix multiples à grande influence, si bien qu’un bon quart de mon temps de jeu a consisté à tester, explorer, revenir en arrière et explorer d’autres chemins pour flirter avec la culminance de la satisfaction de mon expérience narrative.

Néanmoins, mes seuls points négatifs concernent l’absence d’une option d’avancée rapide lors des combats et la possibilité de faire mourir trop simplement ses grands et petits compagnons d’aventure sans le vouloir lors des phases d’exploration. J’ai noté, dans le sens de l’avis général, la difficulté accrue des combats au fil du jeu, mais c’est le point qui m’a le moins dérangée : j’aime le challenge et j’ai eu beaucoup de temps à perdre au début de ma dépression.

J’ai adoré avoir été transportée dans cet univers visuel et sonore qui nous sert tantôt de l’épique, tantôt de l’exploration contemplative dans ce monde magique en proie à une opposition divine dont vous êtes l’élément perturbateur. L’OST n’est jamais entêtante mais a élégamment accompagné mes pérégrinations au gré des différents environnements. Les décors sont soignés, truffés de détails qui vont ouvrir le champ des possibles dans notre exploration. Chaque nouveau niveau est une découverte qui promet une expérience longue et riche, pour peu que votre personnage ait une perception bien aiguisée.

Divinity : Original Sin 2 est à mon sens une aventure longue qui se consomme d’abord en solo. Avec notre avatar pour seul compagnon, ce voyage initiatique fait du bien à l’esprit et aux sens en nous emportant dans un univers riche, maîtrisé et onirique.

ANIMALS

ANIMALS

Expérience : courte
Pour : rire, réfléchir
Quand : n’importe quand

On regarde où ? Sur OCS

Animals est une série d’animation en 3 saisons créée en 2016 par Mike Luciano et Phil Matarese mettant en scène –comme son titre l’indique– des animaux. Je l’ai découverte par hasard sur OCS durant l’une de mes longues nuits d’insomnie et elle est agréablement venue complimenter mon sentiment de désabus général.
« Ah, encore un truc anthropomorphique satyrique » Je vous vois déjà venir — et vous avez raison. Si le concept n’a rien de révolutionnaire, il reste maîtrisé pour nous proposer un court moment d’humour corrosif et de réflexion à chaque épisode (de 20 minutes).

D’emblée, le trait dérange : si l’aspect visuel d’Animals est résolument stylisé, on sent également dès le début qu’il met mal à l’aise. Les détails du décors crasse contrastent avec l’inexpression maussade des personnages. Les contours sont grossiers mais le détail du remplissage veut flirter avec le réaliste. Le message est clair : ici, on dépeint du réel et de la brutalité voire de la grossièreté.

Puis vient le moment de basculement. Celui qui donne le ton. Ce moment où la série s’accomplit dans sa forme finale : celle d’une peinture brutale et crade de la vie perso de toi et moi, celle du pion sur un échiquier qui le dépasse.
La vie pourrie moyenne, celle dans laquelle tu n’es pas vraiment heureux, mais tu cherches des remèdes ; celle dans laquelle aucune relation n’est simple, mais tu cours après ; celle dans laquelle tu essayes de briller socialement, mais tu sais que tu n’y arriveras jamais.

Ne me méprenez pas : si Phil et Mike dépeignent la réalité violente de la vie personnelle, interpersonnelle et sociale, leur satyre se fait sous couvert d’une série drôle à en pleurer.
Si vous n’aimez pas l’humour vitriolé, passez votre chemin, car il s’agit bien ici d’un humour noir et corrosif seulement troublé par quelques fulgurances de scènes teintées de tolérance et de positivité.

Animals est donc une série qui est venue flatter mon désarroi tout en m’invitant paradoxalement à le remettre en question. Je la recommande si vous appréciez le genre, mais je ne la recommanderais néanmoins pas à une personne qui ne saurait bien tolérer la brutalité visuelle et verbale car certaines scènes sont d’une brutalité psychologique importante.

CHILLEDCOW

Expérience : longue / courte
Pour : se détendre
Quand : n’importe quand / le coucher
On écoute où ? La radio youTube ChilledCow

Ah, ChilledCow… Si la fameuse radio « lofi hip hop » fait partie intégrante de mon recovery pack, je mentirais en ne vous avouant pas que je l’écoute depuis bien plus longtemps.

La radio a rythmé mes journées d’errance et maintenant mes journées de travail grâce à une sélection d’artistes dont le roster change cycliquement.

C’est doux. C’est reposant. Vous devriez donner une chance à cette petite radio. Il n’y a rien de plus à en dire.

PEEPOODO AND THE SUPER F**K FRIENDS

Expérience : courte
Pour : rire, réfléchir
Quand : n’importe quand mais pas au bureau

On regarde où ? En accès libre sur le site web Peepoodoo

Si vous suivez mon travail depuis plus ou moins longtemps, vous serez sûrement surpris ou surprise de trouver Peepoodo and the Super F**k Friends dans une de mes listes de recommandations. Et pourtant ! C’est peut-être l’une de mes meilleures découvertes de l’année.

Qu’on se le dise ouvertement : Peepoodo est un contenu à caractère sexuel. C’est sans tabou, très illustré, souvent bas du front et ponctué de moult appareils génitaux et autres orifices dilatés dessinés avec soin.

Soyez-en averti car c’est l’essence même du projet créé par Balak que l’on avait déjà vu s’illustrer avec Les Kassos. Ici le concept est radicalement différent : Peepoodo est une parodie des dessins animés pour jeunes enfants destinée aux adultes. Un grand classique de la rule 34, finalement.

Si vous suivez mon travail depuis plus ou moins longtemps, vous le savez également : j’aime les twists, les subtilités, les accents, les électrons libres. Vous vous douterez donc que le projet Peepoodo se révèle être plus profond qu’il n’y paraît [un temps pendant lequel je vous laisse apprécier le jeu de mots].

Peepoodo, c’est donc tout d’abord une parodie : c’est drôle et cru, souvent absurde. Les comédiens sont des voix connues du doublage français (Brigitte Lecordier incarne Peepoodo) et confèrent à la série un niveau de parodie supplémentaire délicieux (et un peu dérangeant aussi).
Les épisodes gagnent en caractère au fil de leur avancée et explorent différentes identités visuelles et sonores de la radio libre antenne à l’enquête policière.

C’est également une ode à la sexualité libérée : celle qui s’épanouit dans le respect et le consentement de chacun. Dans la série, Balak et ses acolytes explorent les thématiques liées aux pratiques mais également à l’aspect interpersonnel social et biologique autour de la sexualité, de l’amour et de l’identité.

Ce qui m’a fait aimer Peepoodo, c’est la bienveillance dans laquelle elle s’ancre. Si la légèreté des épisodes est variable, chacun porte en lui une morale, une anecdote ou un message qui met fin au visionnage avec un goût de réflexion.
Les personnages sont archétypaux mais jamais moqueurs ni moqués et portent en eux des problématiques personnelles. Je me sens encore très émue de la simplicité avec laquelle le personnage Kévin devient Evelyn, annonce ponctuée par un seul « ELLE EST MAGNIFIQUE ! » de Grocosto, le Taureau bourru de la bande.

Avec Peepoodo, le sexe et l’amour deviennent positifs, ludiques et respectueux. La série nous offre une réalité alternative dans laquelle les choses sont dites et écoutées avec la même simplicité déconcertante mais terriblement feel good.
Je vois Peepoodo comme le vœu pieu qu’un jour ces champs thématiques soient abordés et compris avec la même tolérance et sensibilité.

Pour conclure, je terminerai cet article en vous rappelant que le sexe, seul ou avec un ou des partenaires consentants, fait partie du top 3 des activités les plus libératrices d’endorphines et que vous pouvez encore participer pendant 24 heures au financement participatif de la saison 2 de Peepoodo (thématique : SF !) sur leur page Kickstarter.

6 commentaires

  1. Merci Merry pour c’est découvertes ou redécouvertes. La dépression, ça me connais, comme trop de personne, c’est devenue une amie un peut malsaine, mais familière, au point que quand j’ai eu l’occasion d’au moins essayer de la faire sortir de ma vie, j’ai fait machine arrière et je continue de vivre avec, un peut mieux chaque année. La solitude aussi j’apprend a la connaitre et surtout a l’aimer. C’est drôle les contradictions humaines, nous sommes si seul et en même temps si entouré. Quand au dernier article, je suis totalement déchiré sur ce sujet: j’ai essayé très fort de comprendre et d’accepter « l’amour libre »… sans sucés. Je n’ai sans doute pas rencontré les bonne personnes, mais a chaque fois j’en suis sorte avec le sentiment que c’est surtout une excuse pour faire ce que l’on veux, et je n’y ai trouvé aucun respect d’autrui… Ça existe sans doute, j’espère le voir un jours… mais pour le moment je reste tréééés loin de tout ça, les souffrances sont encore vivent. Je vais quand même essayer de regarder, après tout on n’évolue pas sans efforts^^ Voilà pour ce petit témoignage, encore merci, prend bien soin de toi.

    • Louvian, merci pour ton retour sur l’article et ton témoignage. Je te souhaite de prendre soin de toi et d’être entouré dans les moments plus difficiles.

  2. Qu’est-ce que t’écris bien. J’avais remarqué sur un autre article que tu prenais vraiment le temps de soigner ton écriture (si tu fais ça au premier jet t’es une génie (a priori on dit « un » génie mais f*** le sexisme du francais)), presque à l’excès dans une introduction. Ici c’est un régal à lire de bout en bout. Tout donne envie.

  3. Merci beaucoup pour m’avoir fait découvrir « Peepoodo » ! Voir ces sujets abordés de manière aussi décomplexée et bienveillante fait un bien fou ! D’autant que les doubleurs français font des merveilles !

    • Je suis ravie que des recommandations plus adultes soient bien accueillies car, pour ne prendre l’exemple que de Peepoodo, il y a de l’artistique et du cool même là où on ne l’attendrait pas.

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